Lundi, 3e semaine de Pâques

Ton bâton me guide et me rassure


Au fil de la Parole de Dieu


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 6, 22-29)

Jésus avait rassasié cinq mille hommes, et ses disciples l’avaient vu marcher sur la mer. Le lendemain, la foule restée sur l’autre rive se rendit compte qu’il n’y avait eu là qu’une seule barque, et que Jésus n’y était pas monté avec ses disciples, qui étaient partis sans lui. Cependant, d’autres barques, venant de Tibériade, étaient arrivées près de l’endroit où l’on avait mangé le pain après que le Seigneur eut rendu grâce. Quand la foule vit que Jésus n’était pas là, ni ses disciples, les gens montèrent dans les barques et se dirigèrent vers Capharnaüm à la recherche de Jésus. L’ayant trouvé sur l’autre rive, ils lui dirent : « Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? » Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés. Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, lui que Dieu, le Père, a marqué de son sceau. » Ils lui dirent alors : « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » Jésus leur répondit : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. »



Jésus au bord du lac de Tibériade

Vasily Polenov (Saint-Pétersbourg, 1844 - Polenovo, 1927)

Huile sur toile, 79,7 x 159 cm, 1888

Galerie Tretyakov, Moscou (Russie)


L’artiste

Peintre russe. Il entreprend une étude systématique du dessin en 1856, d’abord avec le peintre paysagiste Pavel Tcherkasov (1834-1900), puis de 1859 à 1861 avec Pavel Chistyakov (1832-1919), qu’il considère comme son plus important professeur, en 1871 et au début de 1872, après avoir terminé son cours académique. De 1863 à 1871, Polenov étudie à l’Académie d’art de Saint-Pétersbourg — où il rencontre des membres de l’aile progressiste de l’intelligentsia artistique russe — et occasionnellement à la faculté de droit de l’Université de Saint-Pétersbourg.


La formation classique qu’il a reçue à ses débuts, sa formation académique et les leçons avec Chistyakov conduisent Polenov vers une exaltation de la peinture d’histoire, bien qu’il ait été très attiré par la peinture de paysages. L’ensemble de sa carrière a été largement occupé par des œuvres historiques : à partir de compositions académiques, par exemple la Résurrection de la fille de Jaïre (1871, Pskov, Musée d’histoire), pour lequel il a reçu la Grande Médaille d’or et une bourse de voyage (en Allemagne et en Italie, 1872-1873, et en France, 1873-1876), ou encore avec de nombreux tableaux et croquis sur des sujets de l’Antiquité et de l’histoire médiévale, exécutés en France sous l’influence perceptible de Paul Delaroche (par exemple, La Droite du Maître, 1874, Moscou, Galerie Tretyakov). Dans le même temps, il réalise ses premières œuvres indépendantes, dans les années 1860 et au début des années 1870 : paysages dans les environs du domaine d’Imochentsy en Carélie (Montagnes, 1870, Galerie Tretyakov), études de paysages et tableaux réalisés à partir de la nature en Normandie en 1874 (Bateau de pêche à Étretat, GalerieTretyakov).


En 1876, il est devenu académicien. En 1882-95, il a été professeur de peinture de paysage à l’École d’art de Moscou. Il s’est intéressé aux représentations du Christ et aux questions philosophiques et religieuses. En 1905, il quitta le corps enseignant de l’Académie pour protester contre le massacre de Saint-Pétersbourg. En 1910-18, il dirigea le premier théâtre populaire de Moscou et s’occupa activement du développement du théâtre de village.


Ce que je vois

La vue est désertique ! Sous un ciel blafard, un lac aux eaux turquoises, avec au loin, une sorte de brume qui en sort et couvre le bas des montagnes, alors qu’au premier plan émergent quelques gros rochers basaltiques. Des collines rocheuses, à peine couvertes d’une herbe rase et rare. Au premier plan, sur un étroit chemin entouré d’herbe et de cailloux gris, marche un homme. Sa tunique blanche est serrée à la taille par une ceinture de cuir. Il est couvert d’un manteau brun, peut-être en cuir animal. Sur sa tête, un petite toque blanche le protège de l’ardeur des rayons du soleil. À sa main gauche, un bâton de bois clair, et aux pieds, des babouches de cuir clair. L’homme a le teint hâlé. Ses cheveux châtains paraissent retenus par la toque. La barbe courte, et la tête penchée, il semble méditer, tel un pèlerin sur le chemin de la solitude.


Au fil de mes pensées


Polenov nous donne ici une vision du Christ bien différente des représentations habituelles, même si le titre du tableau ne précise pas que c’est Jésus (Sur la mer de Tibériade). Mais comment ne pas y voir Jésus marchant seul au bord du lac ? Aucune mention iconographique de la foule qui le cherche, ni des barques des apôtres, ni même du village de Capharnaüm. Non, simplement Jésus. Jésus seul, parti méditer, prier son Père.


J’ai une prédilection particulière pour la peinture russe de la fin du XIXe siècle. Elle respire la mélancolie, la simplicité, le retour à l’essentiel. N’est-ce pas le cas avec cette toile de Polenov ? Le format allongé de l’œuvre accentue ce climat. Une vue désertique, dépouillée avec comme seul interruption cet homme qui marche tête baissée. L’horizontalité de notre vie peut paraître monotone, triste, voire dépressive. Une brume monte dans les cœurs et nous empêche de distinguer le clair du trouble. Peu de fruits, mais beaucoup de cailloux sur lesquels nous butons, volontairement ou pas. Une eau calme qui évoque plutôt les eaux de la mort que la fraîcheur de la source baptismale... Pas un bruit ni d’oiseaux, ni de vent dans les branches, ni même de clapotis. Un soleil aux rayons harassants parvient à transpercer le ciel laiteux et brûle le corps. À la forme de l’ombre, il doit être proche du milieu du jour.


En regardant cette toile, ce lac sans mouvement, ces montagnes pelées, ces rochers gris, je repense à une page de Georges Bernanos dans Monsieur Ouine. Guillaume, l’enfant malade et Philippe échange sur la mort et la paix. Pour l’un la paix est à l’image d’un étang au soleil couchant, avec son saule pleureur retombant sur les eaux calmes, sans un bruit, sans un mouvement. Et l’autre lui rétorque que ce n’est pas l’image de la paix, ni même de la vie, mais plutôt celle de la mort. Car la vie est mouvement et harmonie, la paix est communion de diversité et non uniformité.


Hé bien, ici, le paysage est à l’image de la mort. Cette mort qui semble même rire, se moquer de nous dans le gros rocher qui émerge des eaux à gauche, ou même ces pierres de lave au bord du chemin qui ressemblent à des crânes morts. Paysage lunaire, sans vie. Vision de désespoir... Ne nous arrive-t-il pas d’avoir ce désespoir en nos âmes, cet appel de la mort, et que même la tristesse qui envahit nos cœurs semble rire de nous ? Tout paraît mener à la mort, à une fin éternelle. Et en tapant ces lignes, j’écoute la Messe de Requiem de Patrick Kassidy (musicien britannique contemporain) qui emplit l’âme d’un parfum de lamentations... Vendredi saint, chant de mort, pleurs et cris de détresse... « Mon âme est triste à en mourir » (Mt 26, 38).


Et pourtant, au milieu de cette terre de désolation, un homme se dresse. Voilà le signe qu’auraient dû rechercher les hommes qui poursuivent Jésus pour ses miracles « économiques ». Le vrai signe se dresse dans le ciel blafard : c’est lui. Signe du serpent d’airain qui guérit ceux, blessés, qui le regardent. Signe de la Croix dressée dans le ciel. Signe de cet homme debout qui veut nous sortir de nos enfers, comme il le fît pour Adam et Ève. Signe de cet enfant prodigue qui se relève, se met debout, pour retourner voir son Père. Un signe dressé dans le ciel : signe de Jésus, signe d’espérance, signe de salut, échelle pour rejoindre le Père. Jésus lui-même n’a-t-il pas dit qu’il était le chemin, la vérité et la vie ? Laissons nos yeux le regarder, se détacher du paysage morne. Il est là, debout, coupant de sa présence cette terre de détresse, cette vallée de larmes. Sa présence droite, sur l’étroit chemin de la vie (elle est étroite la voie qui mène au Père) voit refleurir le monde, l’herbe y pousse. Elle se glisse avec lui au milieu des embûches, les évitant, les contournant.


Mais sur quoi se porte son regard ? En regardant de près le tableau (vous avez une bonne photo et pourrez le constater par vous-même), plusieurs éléments m’ont surpris. Oh, bien sûr, je ne sais pas si c’est volontaire de la part du peintre, ou si c’est ma propre vision, mais qu’importe ! Pour répondre de suite à une remarque qui m’est parfois faite (« Ne fais-tu pas dire à l’artiste des choses qu’il n’a peut-être pas voulu y mettre ? »), je répondrai modestement en plusieurs points :

  • Quand une œuvre est devenue publique, l’auteur n’en est plus le « propriétaire ». Libre à celui qui regarde, écoute ou lit d’y voir ce qu’il veut, à la condition qu’il puisse argumenter son interprétation.

  • À mon avis, le propre de l’art est de rendre présent, visible l’invisible. Il est à la croisée de ces deux chemins. Il tente d’exprimer l’inexprimable. Et nous le savons, notre propre inexprimable intérieur est plus facilement perçu et appréhendé, voire décrit, par ceux qui nous aiment et nous connaissent que par nous-même. Dans toutes ces œuvres que j’aime et commente, peut-être que je ressens quelque chose, bien humblement, de ce que cherche à exprimer l’artiste ?

  • Enfin, rares sont les œuvres d’art qui sont accompagnées d’explications de l’artiste ou du commanditaire. Et même lorsqu’il y en a (je pense par exemple aux lettres de Van Gogh à son frère), l’artiste y donne plus un sentiment qu’une explication. Ne suis-je pas capable de partager ce sentiment et d’essayer de l’exprimer à mon tour ? Combien de pages de Bernanos ou de Dostoievsky disent mieux que moi, avec plus de lyrisme et de poésie ce que je n’arrive pas à exprimer ! L’art n’est pas de l’ordre de la raison didactique, explicative, mais est une poésie.

  • Pour finir, ce mot de poésie est pour moi celui qui a le plus de sens. Rappelez-vous qu’il vient en grec du mot poiein (ποιεῖν) qui veut dire fabriquer, rendre présent. La poésie rend présent le parfum d’un sentiment sans pour autant ni le décrire cliniquement, ni s’étendre en de multiples didascalies. La poésie est un art, l’art est une poésie. Qui peut m’interdire de percevoir les effluves de ses parfums ?!

J’en reviens donc à mon tableau ! Comme je le disais, en regardant attentivement l’œuvre, je fus attiré par deux rochers : le gros au premier plan et un autre plus petit et plus clair à sa gauche. Sur le premier, j’y vis une double croix sur le dessus, comme la croix orthodoxe avec ses deux branches. Jésus marcherait-il sur le chemin des hommes vers sa destinée, le Golgotha ? Puis, un peu plus loin, sur l’autre pierre, un curieux dessin. Un calice, ou une colombe ? Le calice du sacrifice eucharistique, force sur la route ? Ou la colombe de l’Esprit ? Cet Esprit consolateur que Jésus exsuffla sur la croix ? N’est-ce pas sur ces deux pierres que se porte son regard ?


Vous pouvez contester et me rétorquer que je tire la couverture à moi : libre à vous ! Mais vous ne pourrez me retirer que ce que je vois me fait vivre, et vivre en Christ.


Sur le chemin si difficile de ma vie, empli de cailloux durs et tranchants sur lesquels je tombe si souvent, un homme, le Fils de Dieu, est à mes côtés. Il marche avec moi, et comme le dit le psaume, son bâton me guide et me rassure... psaume 22 :


01 Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien.

02 Sur des prés d'herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles

03 et me fait revivre ; il me conduit par le juste chemin pour l'honneur de son nom.

04 Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure.

05 Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ; tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante.

06 Grâce et bonheur m'accompagnent tous les jours de ma vie ; j'habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.


J’en ai suffisamment dit : relisez simplement ce psaume (ou plutôt : priez-le) en contemplant ce tableau : tout y est !


Peut-être pensez-vous que je me suis trop éloigné de mon point de départ : l’évangile du jour. Peut-être ! Mais, « en même temps » comme dit Macron, tout cela — Parole de Dieu, sentiments intérieurs, expériences de la vie, poésie, liturgie, prière,... — tout cela donc n’est-il pas l’immense tricot de la vie en Dieu ? Et quand je tire un fil, tout vient... Ce que j’ai écrit est ma pauvre réponse aux derniers versets de l’évangile de ce jour : « Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, lui que Dieu, le Père, a marqué de son sceau. » Ils lui dirent alors : « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » Jésus leur répondit : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. »


Au fil de la liturgie


Je radote, je le sais, c’est l’âge ! Et il arrive souvent que je revienne sur des choses déjà écrites. En ce temps pascal, je repensais aux trois jours saints que j’ai vécu avec simplicité et intensité auprès de mon frère José. J’ai parfois l’impression que certains les distinguent trop sans en voir leur unité.


Et en voyant cette croix sur la pierre, dans ce paysage désolé, je me suis souvenu de ce que j’avais écrit pour le XIIIe dimanche du temps ordinaire (année A) :


Si je devais user d’une image, je dirais que l’on passe souvent du jeudi soir au samedi soir en oubliant ce vendredi que l’on a du mal à appréhender !


La Semaine Sainte

Car tout est une question de Semaine Sainte ! Trois jours pour la Rédemption, trois jours de salut, trois jours qui sont inséparables, au risque de vider notre foi de sa substantifique moelle.

  • Le jeudi de la Grâce, celle de l’Eucharistie, de la confiance faite aux disciples par le Christ. Le Jeudi de la Charité et de la Tempérance.

  • Le vendredi de l’abandon, de la solitude. Christ est en croix et nous invite à la Force et à la Foi. Il continue sur la croix l’offrande de son Corps qu’il avait déjà offert la veille lors de la dernière Cène.

  • Le samedi du silence et de l’attente. Ce jour où nous espérons contre toute espérance (Rm 4, 18). le jour de la patience.

  • Et le Dimanche, celui de la Résurrection. Celui où la justice est enfin proclamée.


Comment pourrions-nous baser notre foi sur un seul jour ? Ou sauter celui qui nous gêne ? Comment pourrions-nous atteindre la résurrection du Dimanche sans passer par le vendredi de la croix ? Comment pourrions-nous porter notre croix le vendredi sans trouver la force nécessaire dans la grâce de la Cène du Jeudi ? Notre véritable profil spirituel ne peut se faire que sur les quatre jours, sans en manquer un !


Bien sûr, nous aimerions sauter à pieds joints du jeudi soir au samedi soir (qui n’est autre que le Dimanche de la Résurrection) ! Ce serait tellement plus simple d’éviter la croix et ses souffrances… Mais avons-nous suffisamment de force spirituelle pour rater une marche ? Je ne crois pas ! Saint Paul avait prévenu (1 Cor 3, 1-3) :

Frères, quand je me suis adressé à vous, je n’ai pas pu vous parler comme à des spirituels, mais comme à des êtres seulement charnels, comme à des petits enfants dans le Christ. C’est du lait que je vous ai donné, et non de la nourriture solide ; vous n’auriez pas pu en manger, et encore maintenant vous ne le pouvez pas, car vous êtes encore des êtres charnels. Puisqu’il y a entre vous des jalousies et des rivalités, n’êtes-vous pas toujours des êtres charnels, et n’avez-vous pas une conduite tout humaine ?

Nous n’en sommes qu’au lait ! Mais profitons de notre « jeunesse » spirituelle pour changer notre regard, pour voir autrement. Regardons cette croix, non comme un poids mais comme un ressort, la souffrance non comme une douleur à éviter mais comme un chemin de rédemption.


L’aurore

Je vais tout de suite m’expliquer sur le deuxième point qui peut choquer. Qui a envie de souffrir ? Personne ! Et rendons grâce au milieu médical et à la recherche qui fait tout pour nous éviter de souffrir. Redisons-le clairement, la souffrance n’est jamais rédemptrice ! Nullement question de chercher à souffrir. Nullement question de chercher le martyr (je n’ose pas vous parler du Dialogue des Carmélites de Bernanos…) Mais pourrons-nous toute notre vie éviter les croix et les souffrances ? Je n’en suis pas sûr… Alors, si la souffrance recherchée n’est pas rédemptrice, qu’est-ce qui l’est ? Peut-être la souffrance acceptée, transcendée, offerte ?


Je vous l’ai déjà souvent dit : je crois beaucoup à la « communion des saints ». Cet article de notre foi qui nous rappelle que nous sommes mystiquement liés au ciel, mais aussi les uns aux autres. Si j’accepte d’offrir pour les autres, pour le monde, pour les hommes, pour Dieu, les souffrances que je ne peux déjouer, alors cela devient rédempteur pour moi et ceux qui sont l’objet de mon offrande. Ce n’est plus la souffrance qui sera rédemptrice, mais son acceptation offerte. N’est-ce pas ce que nous répondrons dans quelques instants… Prions ensemble au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Église ? C’est-à-dire notre sacrifice, car nous sommes l’Église. Et d’un seul cœur vous répondrez : Pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Vous allez vous offrir, et offrir vos souffrances et difficultés acceptées, pour tous les hommes et pour Dieu.


En fait, la souffrance acceptée et offerte est une porte sur une nouvelle aurore. La croix devient une porte sur un nouveau monde : celui du sacrifice héroïque pour sauver ceux que l’on aime. Ne vous leurrez pas, notre foi n’est pas qu’amour de l’autre… Je connais des tas d’athées qui font mieux que nous ! Nous « n’avons pas le monopole du cœur »… Mais nous, nous le faisons pour eux et pour Dieu, ou plus exactement pour eux et par Dieu, au nom de Dieu, voire pour Dieu et par eux.


Épée, béquille… et horloge !

Et même cette porte qu’est la croix peut se voir aussi sous un autre angle : celui de sa forme… En effet, la croix a une forme que l’on retrouve en deux objets : la béquille et l’épée. Car la croix du Christ est notre épée pour combattre le Mal. Le Père Sevin écrivait ainsi dans sa Prière des Chevaliers :

Car nous voulons gagner notre paradis
Non pas en commerçants, mais à la pointe de l’épée,
Laquelle se termine en croix, et ce n’est pas pour rien.

Mais aussi une béquille. La croix peut devenir la béquille qui nous permet, malgré nos difficultés, malgré notre manque de foi en Dieu et en nous-même, de prendre le Chemin, de vivre en Vérité et de trouver la Vie.


Oui, il faut prendre notre croix. Et elle est moins lourde qu’il n’y paraît (Mt 11, 28-30) :

« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »

Car la croix peut-être un poids mais aussi un ressort. Permettez-moi de conclure sur cette petite histoire de la vie de Bernadette de Lourdes. Malade, à la fin de sa vie, la Prieure de son monastère à Nevers lui reprochait d’être un poids pour la communauté. Et Bernadette de répondre :

Mais ma Mère, pour qu’une horloge fonctionne, il faut des ressorts, mais aussi des poids !

Prenez à pleines mains vos poids humains pour devenir des ressorts de Dieu !

Au fil de mes lectures


Je viens de commencer le dernier livre du Père Pierre DESCOUVEMONT : Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau aux éditions Artège. Ce qu’en dit le site de La Procure : « Un court traité pour montrer comment le chrétien, en s'appuyant sur Dieu et en lui confiant ses peines, peut surmonter les épreuves de la vie, y compris les plus lourdes. » Je vous en parlerai !

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