Lundi, 5e semaine de Pâques

La soif d’avoir des idoles -



Saint Paul et saint Barnabé refusant les honneurs divins à Lystres,

Michel Corneille I, dit aussi , Le Père (Orléans, 1603 - Paris, 1664),

Huile sur toile, 340 x 260 cm, 1644,

Musée des Beaux-Arts, Arras (France)


Lecture du livre des Actes des Apôtres. (Ac 14, 5-18)

En ces jours-là, à Iconium, il y eut un mouvement chez les non-Juifs et chez les Juifs, avec leurs chefs, pour recourir à la violence et lapider Paul et Barnabé. Lorsque ceux-ci s’en aperçurent, ils se réfugièrent en Lycaonie dans les cités de Lystres et de Derbé et dans leurs territoires environnants. Là encore, ils annonçaient la Bonne Nouvelle. Or, à Lystres, il y avait un homme qui était assis, incapable de se tenir sur ses pieds. Infirme de naissance, il n’avait jamais pu marcher. Cet homme écoutait les paroles de Paul. Celui-ci le fixa du regard et vit qu’il avait la foi pour être sauvé. Alors il lui dit d’une voix forte : « Lève-toi, tiens-toi droit sur tes pieds. » L’homme se dressa d’un bond : il marchait. En voyant ce que Paul venait de faire, les foules s’écrièrent en lycaonien : « Les dieux se sont faits pareils aux hommes, et ils sont descendus chez nous ! » Ils donnaient à Barnabé le nom de Zeus, et à Paul celui d’Hermès, puisque c’était lui le porte-parole. Le prêtre du temple de Zeus, situé hors de la ville, fit amener aux portes de celle-ci des taureaux et des guirlandes. Il voulait offrir un sacrifice avec les foules. Informés de cela, les Apôtres Barnabé et Paul déchirèrent leurs vêtements et se précipitèrent dans la foule en criant : « Pourquoi faites-vous cela ? Nous aussi, nous sommes des hommes pareils à vous, et nous annonçons la Bonne Nouvelle : détournez-vous de ces vaines pratiques, et tournez-vous vers le Dieu vivant, lui qui a fait le ciel, la terre, la mer, et tout ce qu’ils contiennent. Dans les générations passées, il a laissé toutes les nations suivre leurs chemins. Pourtant, il n’a pas manqué de donner le témoignage de ses bienfaits, puisqu’il vous a envoyé du ciel la pluie et des saisons fertiles pour vous combler de nourriture et de bien-être. » En parlant ainsi, ils empêchèrent, mais non sans peine, la foule de leur offrir un sacrifice.


Méditation

C’est à la fois curieux, et tellement habituel : on demande des miracles, et quand ils adviennent, on se tourne vers le magique pour les expliquer. Ce fut le cas de cet homme guéri par Dieu — car Lui seul guérit, Paul n’est que le médiateur (comme quand le roi guérissait des écrouelles disant : « Le roi te touche, Dieu te guérit ») — qui lance cet acharnement de la foule à y voir l’intervention de dieux grecs, dieux de bois et de pierre. Mais n’en est-il pas de même aujourd’hui ? N’en fut-il pas de même quand Naaman le Syrien voulait être guéri de sa lèpre et refusait de simplement se baigner dans le Jourdain puisqu’il s’attendait à des choses extraordinaires ?


Si l’on nous disait que pour obtenir un miracle, il fallait faire le tour de la Place Saint-Pierre de Rome sur un seule jambe, nous le ferions. Si nous avions entendu dire qu’en mangeant des racines les nuits de pleine lune les deux fesses dans une décoction de queues de cerises pour obtenir notre guérison, nous le ferions. Et si l’on nous dit tout simplement : « Faites pénitence, priez le Seigneur et rendez-lui grâce », nous répondons un timide « oui » et nous cherchons, une fois la porte passée, un marabout, une idole pour obtenir satisfaction.


C’est curieux ce besoin d’avoir plus confiance en je ne sais quelle idole, quel marabout, ou quel charlatan plus qu’en Dieu ?! Quand comprendrons-nous que Dieu est la simplicité par excellence, qu’il ne nous demande rien d’héroïque, ni d’offrandes pécuniaires, ni de pèlerinages impossibles, et encore moins d’ingurgiter quelque décoction que ce soit. Il ne nous demande qu’une chose : notre cœur. Un cœur confiant, fidèle et abandonné à son amour. Et là, il nous exaucera à la hauteur de notre foi, mais surtout de nos besoins réels que lui seul est capable d’évaluer ! Peut-être même a-t-il déjà exaucé notre demande, mais nous, trop attentifs à chercher l’exceptionnel, le merveilleux, nous n’avons pas vu ce qu’il avait réalisé en nos vies…


Peut-être que si notre coeur, comme notre prière, changeait pour devenir simple et accueillant, nous serions surpris de Dieu. Prions simplement,, modestement, mais avec foi, ferveur et ténacité ! Telle la prière simple de saint François d’Assise :

« Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix, Là où est la haine, que je mette l’amour.

Là où est l’offense, que je mette le pardon.

Là où est la discorde, que je mette l’union.

Là où est l’erreur, que je mette la vérité.

Là où est le doute, que je mette la foi.

Là où est le désespoir, que je mette l’espérance. Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière. Là où est la tristesse, que je mette la joie.

O Seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler,

à être compris qu’à comprendre,

à être aimé qu’à aimer.

Car c’est en se donnant qu’on reçoit,

c’est en s’oubliant qu’on se retrouve,

c’est en pardonnant qu’on est pardonné,

c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie. »