Lundi, 7e semaine du T.O. — année paire

Persévérance -



Saint François d’Assise,

Bonaventura Berlinghieri (Lucques, 1210 - Lucques, 1287),

Tempera sur bois, 160 x 123 cm, 1235,

Église Saint-François, Pescia (Italie)


Lecture de la lettre de saint Jacques (Jc 3, 13-18)

Bien-aimés, quelqu’un, parmi vous, a-t-il la sagesse et le savoir ? Qu’il montre par sa vie exemplaire que la douceur de la sagesse inspire ses actes. Mais si vous avez dans le cœur la jalousie amère et l’esprit de rivalité, ne vous en vantez pas, ne mentez pas, n’allez pas contre la vérité. Cette prétendue sagesse ne vient pas d’en haut ; au contraire, elle est terrestre, purement humaine, démoniaque. Car la jalousie et les rivalités mènent au désordre et à toutes sortes d’actions malfaisantes. Au contraire, la sagesse qui vient d’en haut est d’abord pure, puis pacifique, bienveillante, conciliante, pleine de miséricorde et féconde en bons fruits, sans parti pris, sans hypocrisie. C’est dans la paix qu’est semée la justice, qui donne son fruit aux artisans de la paix.


Méditation

Ce superbe panneau peint nous montre un François d’Assise hiératique, longiligne et entouré de deux anges, pour nous un modèle qui partage déjà le Coeur de Dieu. Les scènes qui entourent le saint illustrent quelques épisodes marquants de son hagiographie comme les stigmates, les miracles qu’il accomplit ou le début de la vie cénobitique à la Portioncule. Et s’il est pour nous aujourd’hui un saint exemplaire, comme il le fut de son temps (rappelons qu’il tient le record de rapidité de canonisation !), c’est parce que, dans une Église tourmentée, il fut un artisan de paix.


François a du certainement méditer le texte de saint Jacques que nous venons de lire. Aucun de ses actes ne fut violent, même s’ils furent radicaux, comme lorsqu’il se dénude devant son père pour montrer sa vocation à la pauvreté. Ce fut le choix d’une douceur radicale c’est-à-dire à la racine de sa vie ; non pas un simple vernis, mais une conversion qui prend place jusqu’au plus profond de son être, corps, esprit et âme. Et sa sagesse, il l’a reçue dans la contemplation de Dieu (pensons à sa vision du Crucifié) et de Dame Nature. Si nous lisons ses Fioretti, on est touché par cette douceur emplie de sagesse. En cela, il est une réalisation concrète de cette description de l’apôtre Jacques.


Et pour nous ? La sainteté, nous en parlons, pas d’erreur ! Mais notre intelligence la voit comme une belle vocation, mais extraordinaire ; une vocation qui ne nous concerne pas vraiment puisqu’elle paraît réservé à des êtres exceptionnels, que ce soient des « héros » aux capacités physiques rares, ou à des « intellectuels » qui savent parler de Dieu avec brio, ou encore à des mystiques qui semblent bien loin de nos soucis quotidiens. Bref, c’est beau mais… ce n’est pas pour moi !


Ma première réaction est de repenser à ce qu’écrivait Joseph Malègue dans son livre Pierres noires : Les Classes moyennes du Salut, publié 18 ans après sa mort en 1958. Notre auteur parle des « classes moyennes du Salut », c’est-à-dire de ceux qui ne font partie ni des pauvres du Seigneur (les anawim) sauvés de par leur statut (Heureux les pauvres), ni des riches en spiritualité (les mystiques, par exemple). Au milieu existe cette innombrable « classe moyenne » (comme dans la société) qui n’est ni riche de grâces, ni pauvre de fait. Un entre-deux qui n’est pas facile à vivre, et encore moins enthousiasmant pour se lancer dans l’aventure de la sainteté. Étymologiquement, c’est la classe des médiocres. Le dictionnaire précise : « Qui se situe dans la moyenne, peu important ». Ainsi, nous sommes souvent les médiocres de la sainteté. Est-ce pour autant que nous en sommes écartés ? Certainement pas ! Bien au contraire. La moitié du chemin est faite. Il est vrai qu’à la moitié du chemin, on a envie de s’arrêter, de se contenter du parcours déjà fait. La sainteté des médiocres est de se relever et de tenter de parcourir le reste du chemin. Notre devise devrait être, non pas « vaincre » dans un élan d’héroïsme, mais plutôt « tenir et durer » ! La sainteté de la classe moyenne du Salut est de choisir de ne pas rester assis au bord de la route, mais envers et contre tout, de tenir et durer et de continuer à avancer, si difficile soit le chemin, si importante soient la fatigue et la lassitude. En fait, la sainteté du médiocre se résume en un mot : persévérance.


Ma deuxième réaction est de me dire que nous ne sommes pas si mauvais que nous ne le pensons. « La sagesse qui vient d’en haut est d’abord pure, puis pacifique, bienveillante, conciliante, pleine de miséricorde et féconde en bons fruits, sans parti pris, sans hypocrisie. » Honnêtement, nous ne sommes pas toujours en guerre, nous pouvons être conciliants et bienveillants, parfois miséricordieux et porter du fruit, et même éviter l’hypocrisie ! Le tout est de bien comprendre que cette attitude ne vient pas seulement de nos propres forces mais de la grâce que Dieu nous a déjà faite. Notre mission à nous est de ne pas la gâcher, mais surtout de la faire fructifier. La sainteté est à portée de main (et même demain), le tout est de faire preuve de persévérance.

Ma troisième réflexion est justement sur ce mot « persévérance ». Il vient du latin et signifie « constance », « persistance ». Une constante reste au milieu, sans trop osciller, comme… le médiocre. Mais une constante est persistante : elle ne s’arrête pas… comme la sainteté du médiocre : tenir et durer !


Enfin, cette « classe moyenne du salut » se demande parfois comment prendre, à sa mesure, le chemin de la sainteté. Et c’est là que saint Jacques nous donne la réponse. Il ne nous indique pas en premier ce que nous devons faire (c’est peut-être réservé aux héros), mais ce que nous ne devons pas faire : « ne vous vantez pas, ne mentez pas, n’allez pas contre la vérité ». Honnêtement, si déjà nous évitions cela chaque jour, nous serions presque des saints ! Et une fois que nous aurons pris l’habitude de cette première étape, nous pourrons passer à la suivante : « la sagesse qui vient d’en haut est d’abord pure, puis pacifique, bienveillante, conciliante, pleine de miséricorde et féconde en bons fruits, sans parti pris, sans hypocrisie. »


Si nous sommes persévérants, la recette ne semble pas bien compliquée, et je suis sûr que nous deviendrons des saints ; de la classe moyenne peut-être, mais comme le disait César : « J'aimerais mieux être le premier dans mon village, que le second à Rome. » Soyons les premiers dans la classe moyenne si nous ne sommes pas faits pour la upper class !


Même si notre vie peut paraître celle de Sisyphe, l’important est de faire notre devoir d’état de chrétien : devenir des saints car « si Dieu s’est fait homme, c’est pour que l’homme devienne Dieu » ! (Irénée de Lyon)



Sisyphe

Franz von Stuck (Tettenweid, 1863 - Munich, 1928)

Huile sur toile, 103 x 89 cm, 1920

Galerie Ritthaler, Munich (Allemagne)


Pape François - 19 novembre 2014, audience générale


Chers frères et sœurs, bonjour.


Un grand don du concile Vatican II est d’avoir retrouvé une vision d’Église fondée sur la communion, et d’avoir inclus également le principe de l’autorité et de la hiérarchie dans cette perspective. Cela nous a aidés à mieux comprendre que tous les chrétiens, en tant que baptisés, ont une dignité égale devant le Seigneur et qu’ils sont liés par la même vocation, qui est celle à la sainteté (cf. Const. Lumen gentium, 39-42). À présent, nous nous demandons : en quoi consiste cette vocation universelle à être saint ? Et comment pouvons-nous la réaliser ?


Avant tout, nous devons avoir bien à l’esprit que la sainteté n’est pas quelque chose que nous nous procurons, que nous obtenons par nos qualités et nos capacités. La sainteté est un don, c’est le don que nous fait le Seigneur Jésus, lorsqu’il nous prend avec lui et qu’il nous revêt de lui-même, il nous rend comme lui. Dans la Lettre aux Éphésiens, l’apôtre Paul affirme que « le Christ a aimé l’Église et s’est donné lui-même pour elle, pour la rendre sainte » (Ep 5, 25-26). Voilà, la sainteté est véritablement le visage le plus beau de l’Église, le visage le plus beau : c’est se redécouvrir en communion avec Dieu, dans la plénitude de sa vie et de son amour. On comprend alors que la sainteté n’est pas une prérogative uniquement de certains : la sainteté est un don qui est offert à tous, sans exclure personne, et qui constitue ainsi le caractère distinctif de chaque chrétien.


Tous appelés à devenir saints !


Tout cela nous fait comprendre que pour être saint, il ne faut pas nécessairement être évêque, prêtre ou religieux : non, nous sommes tous appelés à devenir saints ! Tant de fois également, nous sommes tentés de penser que la sainteté est réservée uniquement à ceux qui ont la possibilité de se détacher des affaires ordinaires, pour se consacrer exclusivement à la prière. Mais il n’en est pas ainsi ! Certains pensent que la sainteté signifie fermer les yeux et prendre l’expression des images pieuses. Non ! Cela n’est pas la sainteté ! La sainteté est quelque chose de plus grand, de plus profond, que nous donne Dieu. Au contraire, c’est en vivant avec amour et en offrant son témoignage chrétien dans les tâches quotidiennes que nous sommes appelés à devenir saints. Et chacun dans les conditions et dans l’état de vie dans lequel il se trouve.


Tu es consacré, tu es consacrée ? Sois saint en vivant avec joie ton don et ton ministère. Tu es marié ? Sois saint en aimant et en prenant soin de ton mari, de ta femme, comme le Christ l’a fait avec l’Église. Tu es baptisé et pas marié ? Sois saint en accomplissant avec honnêteté et compétence ton travail et en offrant du temps au service de tes frères. « Mais père, je travaille dans une usine ; je suis comptable, toujours entouré de chiffres, là, on ne peut pas être saint… ». « Si, si, on peut ! Là où tu travailles, tu peux devenir saint. Dieu te donne la grâce de devenir saint. Dieu se communique à toi ». On peut devenir saint toujours et en tout lieu, c’est-à-dire que l’on peut s’ouvrir à cette grâce qui œuvre en nous et nous conduit à la sainteté. Tu es parent ou grand-parent ? Sois saint en enseignant avec passion aux enfants ou aux petits-enfants à reconnaître et à suivre Jésus. Et il faut beaucoup de patience pour cela, pour être un bon parent, un bon grand-père, une bonne mère, une bonne grand-mère, il faut beaucoup de patience et dans cette patience, vient la sainteté : en exerçant la patience. Tu es catéchiste, éducateur ou volontaire ? Sois saint en devenant un signe visible de l’amour de Dieu et de sa présence à nos côtés. Voilà : chaque état de vie conduit à la sainteté, toujours ! Chez toi, dans la rue, au travail, dans l’Église, à ce moment et dans ton état de vie a été ouverte la voie vers la sainteté. Ne vous découragez pas et allez sur cette voie. C’est vraiment Dieu qui nous donne la grâce. Le Seigneur ne demande que cela : que nous soyons en communion avec Lui et au service de nos frères.


Le Seigneur nous invite à partager sa joie


Dès lors, chacun de nous peut faire un petit examen de conscience ; à présent, nous pouvons le faire, que chacun réponde à soi-même, en silence : comment avons-nous répondu jusqu’à présent à l’appel du Seigneur à la sainteté ? Ai-je envie de devenir un peu meilleur, d’être plus chrétien, plus chrétienne ? Telle est la voie de la sainteté. Lorsque le Seigneur nous invite à devenir saint, il ne nous appelle pas à quelque chose de lourd, de triste… Au contraire ! C’est l’invitation à partager sa joie, à vivre et à offrir avec joie chaque moment de notre vie, en le faisant devenir dans le même temps un don d’amour pour les personnes qui sont à nos côtés. Si nous comprenons cela, tout change et acquiert un sens nouveau, un beau sens, un sens qui commence par les petites choses de chaque jour. Un exemple. Une dame va au marché faire les courses et rencontre une voisine et elles commencent à parler, puis arrivent les commérages et cette dame dit : « Non, non, moi, je ne dirai du mal de personne ». Cela est un pas vers la sainteté, cela nous aide à devenir plus saint. Puis, à la maison, ton enfant te demande de parler un peu avec lui : « oh non, je suis si fatigué, j’ai beaucoup travaillé aujourd’hui… » – « Installe-toi et écoute ton enfant, qui en a besoin ! ». Et on s’installe, on écoute avec patience : cela est un pas vers la sainteté. Puis finit la journée, nous sommes tous fatigués, mais il y a la prière. Faisons la prière : cela aussi est un pas vers la sainteté. Puis arrive le dimanche et nous allons à la Messe, nous faisons la communion, parfois précédée d’une belle confession qui nous purifie un peu. Cela est un pas vers la sainteté. Puis, nous pensons à la Vierge, si bonne, si belle, et nous prenons le chapelet et nous la prions. Cela est un pas vers la sainteté. Puis je vais dans la rue, je vois un pauvre, quelqu’un dans le besoin, je m’arrête, je l’interroge, je lui donne quelque chose : cela est un pas vers la sainteté. Ce sont de petites choses, mais tant de petits pas vers la sainteté. Chaque pas vers la sainteté fera de nous des personnes meilleures, libérées de l’égoïsme et de la fermeture sur soi, et ouvertes aux frères et à leurs nécessités.

Soutenons-nous les uns les autres

Chers amis, dans la première Lettre de saint Pierre nous est adressée cette exhortation : « Chacun selon la grâce reçue, mettez-vous au service les uns des autres, comme de bons intendants d’une multiple grâce de Dieu. Si quelqu’un parle, que ce soit comme les paroles de Dieu ; si quelqu’un assure le service, que ce soit comme par un mandat reçu de Dieu, afin qu’en tout Dieu soit glorifié par Jésus-Christ » (4, 10-11). Voici l’invitation à la sainteté ! Accueillons-la avec joie, et soutenons-nous les uns les autres, afin que le chemin vers la sainteté ne se parcoure pas seul, chacun pour soi, mais se parcoure ensemble, dans l’unique corps qui est l’Église, bien-aimée et rendue sainte par le Seigneur Jésus-Christ. Allons de l’avant avec courage, sur ce chemin de la sainteté.