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Lundi de Pentecôte : Marie, Mère de l’Église

Theotokos



La Mère de Dieu en Majesté

Anonyme

Mosaïque, vers 526, registre inférieur du mur gauche de la nef centrale

Sant’Apollinare Nuovo, Ravenna (Italie)

Lecture du livre de la Genèse (Gn 3, 9-15.20)

Le Seigneur Dieu appela l’homme et lui dit : « Où es-tu donc ? » Il répondit : « J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché. » Le Seigneur reprit : « Qui donc t’a dit que tu étais nu ? Aurais-tu mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger ? » L’homme répondit : « La femme que tu m’as donnée, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. » Le Seigneur Dieu dit à la femme : « Qu’as-tu fait là ? » La femme répondit : « Le serpent m’a trompée, et j’ai mangé. » Alors le Seigneur Dieu dit au serpent : « Parce que tu as fait cela, tu seras maudit parmi tous les animaux et toutes les bêtes des champs. Tu ramperas sur le ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. » L’homme appela sa femme Ève (c’est-à-dire : la vivante), parce qu’elle fut la mère de tous les vivants.


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 19, 25-34)

En ce temps-là, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : « J’ai soif. » Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. » Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit. Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l’autre homme crucifié avec Jésus. Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau.


Un peu d’histoire


Extrait du site : itinéraires iconographiques


I. Les débats pré-conciliaires.

Au IVe siècle, les deux conciles de Nicée et de Constantinople avaient solennellement proclamé et la divinité et l’humanité du Christ en une seule personne.

Les ariens qui ne reconnaissaient pas la première, ni les gnostiques la seconde, étaient désormais officiellement des hérétiques et ne faisaient plus partie de l’Eglise…

Les débats n’en avaient pas moins continué à se poursuivre sur la distinction entre les deux natures, humaine et divine, de la personne du Christ.

Un théologien de l’Ecole d’Antioche, Nestorius, devenu évêque, poussera si loin cette distinction qu’il ira jusqu’à conclure que le Verbe de Dieu n’avait pas pu se faire vraiment chair et, par voie de conséquence, que si Marie avait bien enfanté l’homme Jésus, elle ne pouvait pas pour autant être dite la mère de Dieu.

Il est facile d’imaginer l’émotion qui s’était alors emparée de beaucoup de chrétiens dont la foi était étroitement liée à leur attachement à Marie, mère de Jésus-Christ, lui-même fils de Dieu.

II. La portée des décisions d’Éphèse.

En condamnant Nestorius, le concile d’Éphèse, en 431, réaffirmera que Jésus-Christ était bien une seule personne en deux natures et, sur l’insistance de l’évêque Cyrille d’Alexandrie, en accord avec l’évêque de Rome, il proclamera solennellement que Marie peut et doit bien être dite la Mère de Dieu… la Théotokos.

Je cite ici quelques lignes de la très belle conclusion qu’Egon Sendler, s.j. donne à son ouvrage sur Les icônes byzantines de la Mère de Dieu. (DDB. Bellarmin. 1992. E.S. p. 269-271) : « On sait qu’une leçon essentielle de ce concile est de lier de façon infrangible la Christologie et la Mariologie : une juste compréhension du Christ est liée à une juste compréhension du rôle de Marie, Mère de Dieu… Une expression prodigieuse et mystérieuse, chargée de conséquences pour la vie de l’Eglise… sans laquelle on ne peut s’imaginer le foisonnement des icônes d’Orient ni des images de l’Occident chrétien. N’est-ce pas l’inscription de ce titre sur chaque icône qui affirme la dimension transcendantale de cette femme représentée avec son enfant ? … Et dans ce mystère, la joie de toute mère reçoit une nouvelle noblesse… »


Méditation

Pour commenter cette fête, je voudrais m’appuyer, pour une fois, sur le texte de la nouvelle préface qui fut rédigée à cette occasion, plutôt que sur les lectures :


Vraiment, il est juste et bon, pour ta gloire et notre salut, que nous te rendions grâce, toujours et en tout lieu, Seigneur, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant.
Quand nous célébrons la Vierge Marie, c’est à toi que s’adressent nos louanges. En accueillant ton Verbe dans un cœur immaculé, elle a mérité de le concevoir dans son sein virginal. En donnant le jour à son Créateur, elle veillait déjà sur les débuts de l’Église. En recevant au pied de la croix le testament du Dieu d’amour, elle accueillait comme ses fils tous les hommes, que la mort du Christ a fait naître à la vie divine. Quand les Apôtres attendaient l’Esprit que tu avais promis, elle a joint sa supplication à celle des disciples, devenant ainsi le modèle de l’Église en prière. Élevée dans la gloire du ciel, elle accompagne et protège de son amour maternel l’Église en marche vers la patrie jusqu’au jour où le Seigneur viendra dans sa gloire.
C’est pourquoi, avec les saints et tous les anges, nous te louons et sans fin nous proclamons : Saint !…

Reprenons phrase par phrase cette préface.


Quand nous célébrons la Vierge Marie, c’est à toi que s’adressent nos louanges.


Rappelons-nous d’abord que toute la Prière eucharistique, comme les oraisons et les préfaces, s’adressent à Dieu le Père. Ainsi, nous ne pouvons pas prier ni célébrer la Vierge Marie sans nous référer au Père. De fait, dans de nombreuses icônes (appelées Hodigitria, du grec ancien οδηγεώ /odigeô : je conduis, je guide), la Vierge désigne Jésus de sa main ou de son regard. Elle nous montre le Fils. Comme le disait saint Louis-Marie Grignon de Montfort : « Par Marie, à Jésus ». Et Jésus dira de lui-même, répondant à Philippe (Jn 14, 8-9) :

Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. » Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père” ?

De Marie, nous allons à Jésus, et dans le visage de Jésus, nous voyons le Père. Quand nos louanges s’adressent à Marie, elles rejoignent le Père par la voix du Fils.


En accueillant ton Verbe dans un cœur immaculé, elle a mérité de le concevoir dans son sein virginal.


On parle assez peu du cœur immaculé de Marie, même si sa dévotion s’est développé voici quelques années. Pourtant cette dévotion est assez ancienne. Saint Bernard de Clairvaux écrivit beaucoup sur la Vierge Marie, mettant en exergue sa pureté surnaturelle, théologie qui sera consacrée par le dogme de l’Immaculée Conception. Puis, les apparitions de Paray-le-Monial mirent en avant la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus. C’est saint François de Sales qui joignit cette double dévotion en parlant d’un même cœur pour Jésus et Marie. Mais, en 1917, lors des apparitions de Fàtima, la Vierge déclara aux petits bergers :

« [Jésus] veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. À qui embrassera cette dévotion, je promets le salut ; ces âmes seront chéries de Dieu, comme des fleurs placées par moi pour orner son trône. »

Les deux dévotions s’entremêlent dans une sorte de lien d’amour.


Iconographiquement, il ne faut pas les confondre avec le cœur vendéen qui est l’union « amoureuse » du cœur de Dieu et du Roi.


C’est donc cette pureté de Marie, pureté due à son Immaculée Conception, qui lui permit d’accueillir le Verbe, le Logos. Ainsi, elle donnait à Jésus un corps d’homme sans lui transmettre le péché originel. C’est surtout ce « Fiat » qu’elle prononça à la demande l’ange Gabriel qui signifie cet accueil en son sein du Verbe et qui montre sa totale obéissance à Dieu et à son dessein.


En donnant le jour à son Créateur, elle veillait déjà sur les débuts de l’Église.


On peut être surpris par le terme de « Créateur ». Mais rappelons-nous que le Verbe est de tout temps, et comme le dit le Credo :

Engendré, non pas créé, consubstantiel au Père, et par Lui tout a été fait.

Par Lui, tout a été fait : il est le créateur avec le Père, en tant que Verbe de Dieu.

En quoi veillait-elle aux débuts de l’Église ? L’ Église, Corps du Christ, est l’instrument qui continue la Rédemption opérée par le Christ ressuscité. Le monde avait chuté dans le péché par la faute d’Adam et Ève. Marie devient la nouvelle Ève (cf. la première lecture), figure de l’Église qui nous rachètera du péché originel par son Fils. En veillant, ne pourrait-on pas l’appeler la Mère de l’épiscopat (épiscope veut dire « veiller sur ») ?


En recevant au pied de la croix le testament du Dieu d’amour, elle accueillait comme ses fils tous les hommes, que la mort du Christ a fait naître à la vie divine.


Marie était avec Jean au pied de La Croix (cf. Évangile). Lorsque le côté du Christ fut transpercé de la lance, il en jaillit de l’eau et du sang, préfiguration des sacrements de l’Église, instruments de notre naissance à la vie divine. Et c’est Jésus qui confiât (son testament d’amour) quelques instants auparavant Jean, c’est-à-dire le peuple de Dieu à Marie, comme étant la Mère de ce peuple, Mère de l’Église. Elle devient la Mère qui nous désigne le Christ comme Rédempteur par les sacrements.


Quand les Apôtres attendaient l’Esprit que tu avais promis, elle a joint sa supplication à celle des disciples, devenant ainsi le modèle de l’Église en prière.


De fait, on présente toujours Marie avec les apôtres (particulièrement en art) lors de cette fête de la Pentecôte où ils reçurent les langues de feu de l’Esprit. Pourtant, le texte des Actes n’est pas aussi clair et ne mentionne pas explicitement la présence de Marie ce jour-là. La dernière mention est en Ac 1, 14, quelques jours après l’Ascension du Christ lorsqu’ils attendent l’Esprit promis :

Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères.

Peut-être était-elle présente, peut-être pas. Qu’importe ! L’essentiel est cette figure de Marie qui prie avec les apôtres, qui soutient l’Église naissante de son ardente prière. Il me semble qu’avec Joseph, Marie est la figure de la prière silencieuse, prière de l’Église par excellence. Prière de supplication, prière de louange, prière de contemplation, prière pure de l’attente.


Élevée dans la gloire du ciel, elle accompagne et protège de son amour maternel l’Église en marche vers la patrie jusqu’au jour où le Seigneur viendra dans sa gloire.


Depuis son Assomption (sa vie terrestre fut assumée au ciel), Marie continue de veiller sur les hommes en intercédant auprès de son Fils. Elle est notre avocate comme le chante le Salve Regina. Et c’est cet amour qu’elle voue aux hommes, ayant partagée notre condition humaine (hormis le péché - Bernanos dira que Marie était stupéfaite, dans l’incompréhension devant le péché) qui en fait notre Mère à nous qui sommes l’Église.


Mère de Dieu ou maman du ciel ?

J’ai toujours été agacé, je dois le confesser, devant un vocabulaire quelque peu mielleux, au sujet de Marie. Beaucoup en parlent comme notre maman du ciel. Pourtant, j’ai déjà une maman sur terre ; et elle me va très bien ! En découvrant un peu mieux la théologie et la spiritualité orthodoxes, j’apprécie la présentation de la Vierge Marie comme Theotokos, Mère de Dieu. Jamais un orthodoxe ne désignera Marie comme « maman du ciel » ! Leur vision est beaucoup plus « virile » si vous me passez le terme. Marie a une mission maternelle, celle de l’engendrement, mais non une attitude sirupeuse et teintée d’un sentimentalisme échevelé (je sais que je vais en choquer certains). Si j’ai une maman sur terre, au ciel, j’ai une Mère ! Je préfèrerai que nous, catholiques, plutôt que l’appeler « maman du ciel », nous en revenions au terme moyenâgeux, mais ô combien juste : Notre-Dame !

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