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Méditation de la Semaine Sainte

Avec le Sacré-Coeur de Jésus...






Retable de la Passion de Champdeuil

Anonyme

XVIème siècle, Bois doré et sculpté, panneaux peints, 2000 x 4780 cm

Déplacé de l’église de Champdeuil vers le Musée de Cluny

Musée National du Moyen-Âge, Paris (France)


Le retable

L'ancienne église comportait jusqu'en 1861 un retable en bois sculpté, peint, doré et garni de volets peints dont la municipalité se dessaisit au profit du musée de Cluny, à Paris. Ce retable, qui remontait sans doute au XVe siècle, est attribué à des artistes flamands. La municipalité souhaitait à l'époque acquérir en échange de nouveaux tableaux pour l'ornementation de l'église. Elle eut reçu, en effet, quelques copies de sujets religieux.


Jeudi Saint


Jésus :

Vous voilà, mes enfants, à vivre les dernières heures avec moi. Heures de gloire et de souffrance. Vous ne savez plus quoi dire ? Vous ne comprenez pas tout ce qui arrive, tout ce qui se déroule sous vos yeux. Comment pourrais-je vous le reprocher ? Ce soir, je ne vous ai jamais senti autant que comme mes enfants. Et je vais devoir vous quitter… Je souffre pour vous et avec vous de ce départ. Je prie le Père de vous laisser la mémoire de ces heures et des longs échanges que nous avons eu entre nous ces trois années. Car vous voilà seuls maintenant. D’enfants, je vous appelle à devenir adultes. Je vous fais confiance. Je vous donne ma confiance, la foi et je vous serai fidèle.

Comprenez bien. Prenez en vos cœurs ces mots. Nous venons de partager le pain de la vie. Nos pères le font depuis la sortie du pays d’esclavage. C’est la Pâque de la liberté. C’est la Pâque de la vérité. Mon Père vous a demandé d’en faire mémoire. Moi aussi, ce soir, je vous demande d’en faire mémoire. Mais une double mémoire. Souvenez-vous que ce repas est celui où je me donne au monde ; je me donne pour enlever le péché des hommes ; je me donne en victime pour vous, pour eux, pour tous les hommes, justes et injustes, venus et à venir. Faites mémoire de cela. Mais faîtes aussi mémoire de ce sacrifice en ma chair. Car, je vais être livré, corps et âme à la folie des hommes. Seul mon sang peut les sauver. Ils ne savent pas ce qu’ils font. Faîtes, vous aussi, mémoire de cela en vos cœurs. Le chemin sera dur, je le sais. Chemin harassant, chemin de croix, chemin de souffrance, chemin de sang. Plus tard, à ma suite, prenez ce chemin. Tu étais prêt à me suivre, Pierre. Vous tous aussi. Je ne sais si vous le pourrez aujourd’hui… Mais demain, par l’Esprit, si vous le voulez…

Apôtres :

Mais comment devons-nous faire, Maître ? Quel est ce chemin ? Explique-nous.

Jésus :

Je vous ai tout donné, je vous ai tout dit, je vous ai tout montré. Apprenez à relire ces événements. Rappelez-vous mes paroles. Sur le chemin de cette vie, durant ce pèlerinage, prenez la tenue de service. Service des autres. Donnez tout vous-même. Ne gardez rien. C’est en se dépouillant qu’on s’enrichit. N’ayez pas peur de l’autre, du différent de vous, du pauvre. Il a aussi peur que vous, il attend votre réconfort, votre main. Nul n’est au dessus des autres. Je vous établis comme les homes du service. Servez vos frères. Aimez votre prochain. Aimez-le comme vous même. Car, vous devez vous aimer. Non pas comme étant des êtres parfaits, mais comme ceux qui trouvent la richesse de Dieu au sein de leur faiblesse, de leur pauvreté. Aimez ce que l’Esprit va faire en vous, va faire de vous. Alors, vous pourrez aimer Dieu. Vous pourrez servir Dieu. Le servir en faisant mémoire de ce qu’il a fait au milieu de vous. En faisant mémoire par vos paroles ; par vos vies ; par vos gestes. Je vous appelle à devenir, moi qui pars rejoindre mon Père et votre Père ; je vous appelle à devenir de nouveaux Christ. Soyez l’homme en route sur les chemins pour annoncer que le désespoir ne tuera jamais l’espérance. Soyez des êtres d’amour, transfigurés par l’Esprit, pour n’être que charité. Soyez des êtres solides, sans compromis avec le Mal, des êtres emplis de la foi qui déplace les montagnes. Cela vous rendra heureux, bienheureux. Mais je vous l’ai dit, ce chemin de bonheur est empli d’embûches, de croix à porter. Celles de l’indifférence, du découragement, de vos faiblesses, de votre indignité, de votre péché, de la contradiction, de la persécution. Ne vous désespérez pas. C’est sur l’amour que je regarderai vos vies à leur soir.

Apôtres :

Reste avec nous, Seigneur. Le soir tombe dans nos vies.

Jésus :

Vous pourriez penser que je vous abandonne. Non, je serai avec vous jusqu’à la fin du monde. De fait, mon Esprit vous guidera et vous défendra. Confiez-vous à lui, cherchez-le et écoutez-le. Prenez le temps de découvrir sa trace dans les événements de vos vies. Cet Esprit consacrera certains d’entre-vous. Il s seront les signes visibles de ma présence. Si vous êtes les Christ agissant dans le monde, ils seront les prêtres, les serviteurs de ma Parole, de mon Corps. Ils vous rappelleront ma Bonne Nouvelle. Ils vous donneront mon Corps, force sur votre route. Ils seront vos pasteurs, vos guides. Ils agiront en mon Nom.

Ce soir, je vous le redis. Ayez confiance. Vous avez tout pour avancer en signes de Dieu au milieu des hommes. Je vous rends libres, je vous donne ma vérité, je vous montre le chemin, je vous donne ma vie. Sur ce chemin, certains hésiteront, feront demi-tour, me quitteront momentanément. C’est le péché qui vous lie. Ce n’est pas cela que je regarderai. Qu’importent vos détours si vous voulez atteindre, au fond de vos cœurs, le but, la vie éternelle. Venez, allons, suivez-moi. Ayez foi en moi, gardez l’espérance, appuyez-vous sur la charité.

Apôtres :

Seigneur, nous avons peur. Rassure-nous. Fais-nous sentir ta présence. Aide-nous à croire en toi, et en nous. Donne-nous ta confiance, ton amour fidèle.

Jésus :

Je serai avec vous chaque jour.

Apôtres :

Fais de nous tes serviteurs de joie et de paix. Fais de nous de courageux soldats de l’amour. Oui, Seigneur, nous allons essayer de te suivre. Et nous croyons en ta miséricorde, même si la peur nous fait fuir. En route.


Vendredi Saint


Jésus :

Dans quelques heures, mes fils, tout s’éclairera. Tout s’éclairera dans le monde et dans vos cœurs. Mais vous ne pouvez éviter cette heure des ténèbres. Je sais que beaucoup ont peur ; que beaucoup se sont éloignés. Et pourtant, je sais aussi que je suis en vos cœurs, en vos pleurs. Le feu n’est pas éteint. Il couve sous le bois. Les cendres renaîtront. Le souffle de l’Esprit Saint ranimera la vie, vous embrasera. Vous me regardez de loin, sur cette Croix. La terreur vous envahit, la peur vous fige. Descendez au fond de vous même. Rappelez-vous. Rappelez-vous le passage de la Mer Rouge. Rappelez-vous le jardin d’Eden. Rappelez-vous mon entrée acclamée à Jérusalem. Rappelez-vous ce qu’ont dit les prophètes. Que tout cela soit lumière au sein de la ténèbre. Ce bois, cette croix, s’embrasera pour le monde. Cette Croix sera votre repos. Vous y reposerez comme moi j’ai reposé au fond de la barque. Elle deviendra nuée lumineuse. Elle deviendra rameau vivant. Elle deviendra arbre de vie.

Mais pour que le printemps arrive, pour que les moissons soient fécondes, il nous faut l’enfouissement de la graine, l’automne et sa tristesse, l’hiver et ses rigueurs. Il faut que le grain de blé tombe en terre…

Apôtres :

…et meurt… Pourquoi nous faut-il passer par la mort, Seigneur ?

Jésus :

Cette mort n’est pas la fin de tout. Elle est un passage. Bien sûr, elle nous demande des efforts. Bien sûr, ce passage fait peur. Mais il nous fera grandir en vie éternelle. Cette mort est définitivement vaincue. Elle n’est plus un mur, elle est une porte. Une porte en forme de Croix. Une porte qui nous fait passer de la Jérusalem terrestre à la Jérusalem céleste. Mais comme tout passage, comme toute étape, il nous faut nous purifier. Il faut vous libérer de votre péché et de vos contraintes. Et cela vous fait souffrir… et cela me fait souffrir…

Apôtres :

Et pourquoi cette Croix, Seigneur ?

Jésus :

Cette Croix est votre signe, signe de la victoire sur la mort et sur le péché. Elle marque chacun d’entre nous. Elle est mon signe, elle est votre signe. Plantée en terre, comme signe de votre nature terrestre, glaiseuse, adamique, lourde. Une terre de mort, terre où nous retournons, terre d’enfouissement. Mais aussi, terre de vie, terre qui donne la vie. Cette vie qui jaillit de la terre, comme la Croix. Cette vie qui ne tend qu’à rejoindre le ciel, qu’à rejoindre son Créateur. Un signe, le seul signe qui unit le ciel et la terre, le seul signe qui unit la création et le Créateur. Le signe de la résurrection. Et cet arbre de la Croix étend ses branches vers les hommes, vers le monde. Ce sont les bras de Dieu qui s’étendent vers vous. Ce sont les mains de Dieu qui se posent sur vous. Ce sont les paumes des mains de Dieu qui vous envoient l’Esprit Saint. Un signe qui embrasse le monde pour que vous vous embrasiez, tel un bois, de son Esprit. Voilà ce qu’est cette Croix dressée de vos yeux. Ceux qui la regarderont seront guéris, comme furent guéris ceux qui étaient mordus par les serpents. Il me faut la prendre malgré la douleur qui étreint mon Corps. Mais plus dure est celle qui prend mon Cœur…

Apôtres :

Qui torture ainsi ton cœur, Seigneur ?

Jésus :

Mon Cœur souffre l’éternité. Mon Cœur aimant souffre du passé, du présent et de l’avenir. Ce Cœur vous demande votre amour, comme lui-même vous aime…


Jésus :

Mon cœur, blessé par ceux que je voulais sauver…

Apôtres :

Nous t’adorons.

Jésus :

Mon Cœur de Christ, abandonné par mes amis…

Apôtres :

Nous t’adorons.

Jésus :

Mon Cœur de Christ, broyé à cause de vos péchés…

Apôtres :

Nous t’adorons.

Jésus :

Mon Cœur de Christ, agonisant jusqu’à la sueur de sang…

Apôtres :

Nous t’adorons.

Jésus :

Mon Cœur de Christ, obéissant jusqu’à la mort…

Apôtres :

Nous t’adorons.

Jésus :

Mon Cœur de Christ, dont le sacrifice vous sauve…

Apôtres :

Nous t’adorons.

Jésus :

Mon Cœur de Christ, ouvert par la lance…

Apôtres :

Nous t’adorons.

Jésus :

Mon Cœur de Christ, dont l’Esprit d’amour se répand sur vous…

Apôtres :

Nous t’adorons.

Jésus :

Ce Cœur, je vous le donne. Ce Cœur, il est à vous. Ce Cœur, qu’il devienne le vôtre. Vôtre Cœur, qu’il soit à l’image de mon Cœur qui a tant aimé le monde.

Apôtres :

Et inclinant la tête, il nous remit son Esprit…


Samedi Saint


Jésus :

Le soleil de la vie se lève sur les hommes. Ils ne sont pas encore conscients de ce qui vient de se passer. Et mes apôtres dorment encore, du sommeil de la peur, du sommeil de l’incompréhension. Les événements de ces jours passés les ont épuisés. Ils se sentent vidés d’eux-mêmes, comme ma propre kénose de ce vendredi. Je fus anéanti jusqu’à la mort. Ils sont encore anéantis de ma mort en Croix, de mon ensevelissement. Anéantis devant cette pierre roulée devant le tombeau. Anéantis sous les ténèbres qui ont couverts le monde. Ils sont vidés d’eux-mêmes, pour que je puisse les emplir de ma présence de Ressuscité. Ils ne voient pas encore la lumière qui commence à poindre. Ils ne voient pas le feu qui renaît de dessous les cendres. Éveille-toi, ô-toi qui dors…

Apôtres :

Tout est fini ? Mais qu’est-ce que cette lumière qui apparaît au fond de nos cœurs. Pourquoi avons-nous le cœur tout brûlant ?

Jésus :

Car je suis là, au milieu de vous, avec vous. Car je suis le Vivant. Car je suis le Ressuscité. Ne vous l’avais-je pas promis ? Aujourd’hui, toute vie peut-être changée. Aujourd’hui, même s’il peut y avoir des situations désespérées, l’espérance sera la plus forte. Aujourd’hui, la vie ne renaît pas, elle atteint son achèvement, elle devient vie éternelle. Et cette vie éternelle, dès aujourd’hui, c’est la vôtre.

Apôtres :

Mais Seigneur, nous ne sommes pas encore morts. Nous ne pouvons pas encore savoir ce qu’est la Résurrection !

Jésus :

Oh si ! Cette Résurrection est déjà pleinement en chacune de vos vies. Elle est, comme la flammèche, cachée sous la cendre ; comme la lumière sous le boisseau. Elle ne demande qu’à prendre son ampleur. Même avant de connaître la résurrection des morts, vous pouvez connaître la Résurrection de votre vie. Elle vous semblait parfois un peu triste, ou monotone, ou même sans but. A cette heure, tout vous est rendue. Comme le Fils prodigue revenu vers le Père, recevez, par ma Résurrection, la tunique immaculée de votre baptême. Retrouvez, par la joie de Pâque, la pureté d’une nouvelle naissance. Recevez, par ma Résurrection, les sandales de la liberté. Libérez-vous de l’esclavage du péché. Choisissez la vie ! Recevez, par ma Résurrection, l’anneau qui scelle notre amour. Choisissez de vous laissez aimer par votre Dieu. Votre dette est payée. Et même plus que vous ne pourriez l’imaginer ! Vous ne devez plus rien, sauf le devoir de vivre, et de vivre de la vie éternelle. Venez, festoyons, mangeons l’agneau de Dieu, l’agneau de Pâque, l’agneau du Royaume des Cieux, l’agneau sans péché, offert pour vous ; l’agneau de l’Eucharistie. Vivez en enfants de lumière, vivez de la vie éternelle.

Apôtres :

Seigneur, aide-nous à comprendre comment vivre de cette vie, maintenant que tu pars rejoindre ton Père. Aide-nous à transfigurer nos vies de mortels en vies éternelles.

Jésus :

Mes enfants. Aux yeux des hommes, rien ne changera, si ce n’est leur calendrier. Aux yeux du cœur, aux yeux de Dieu, tout peut être transformé. Regardez votre vie avec ces yeux-là. N’y a-t-il pas de place pour la joie, même si tant de choses vous préoccupent ou vous attristent ? L’harmonie n’est-elle pas possible ? Et si vous ne savez pas jouer de cette partition qui enfante une si belle musique, la musique des anges, alors apprenez simplement les notes qui vibreront dans votre vie. Ces notes qui chanteront la gloire de Dieu. Ces notes écrites dans ma Bonne Nouvelle. Ces notes qui s’appellent charité, foi, espérance, patience, simplicité, amour, pardon, confiance, prière, communion, fidélité, humilité. Accordez-les à chaque instant de votre vie et la musique naîtra. Elles sont l’essentielles. Elles sont même l’essence de toute vie. Rien de miraculeux. Rien d’exceptionnel. Tout n’est que persévérance pour remettre en ordre un puzzle, celui de votre vie faite à l’image et à la ressemblance de Dieu. Cette vie qui, par le péché, fut recouverte d’un masque de laideur. Aujourd’hui, en ce huitième jour, je viens donner, à ceux qui le veulent la plénitude de la vie, la Gloire de Dieu. Cette Gloire a du poids, elle est dense, lourde, pleine. Donnez du poids à vos vies. Donnez leur la densité de l’amour et du pardon. Rendez glorieux tous vos actes, toutes vos paroles, toutes vos pensées, toutes vos prières. Rendez glorieux, rendez à Dieu, la moindre chose, que ce soit d’éplucher des pommes de terre, ou de bâtir des cathédrales. Préparez vos vies à ce Royaume où coule l’amour dont vous avez tellement soif. Oui, aujourd’hui, le mot « impossible » est mort. Ma grande Térésa le disait :

Une Sœur :

Que rien ne te trouble. Que rien ne t’épouvante. Tout passe. Dieu seul demeure. La patience tout obtient. Qui possède Dieu, rien ne lui manque. Dieu seul suffit.

Jésus :

Aujourd’hui, par ma Résurrection, je me donne à vous. Possédez-moi. Prenez-moi en vos cœurs et vous ressusciterez ; et vos vies seront glorieuses et lumineuses. Plongez dans ma vie ; plongez dans mon Cœur, ce Cœur qui aime tant le monde, qui aime tant les hommes…


Jésus :

Mon cœur de Christ, ressuscité et source de vie…

Apôtres :

Nous t’adorons.

Jésus :

Mon Cœur de Christ, qui vous communique l’Esprit de vie…

Apôtres :

Nous t’adorons.

Jésus :

Mon Cœur de Christ, source de lumière et de tout amour…

Apôtres :

Nous t’adorons.

Jésus :

Mon Cœur de Christ, en qui tous les cœurs se rencontrent…

Apôtres :

Nous t’adorons.

Jésus :

Mon Cœur de Christ, bienveillant pour ceux qui l’invoquent…

Apôtres :

Nous t’adorons.

Jésus :

Mon Cœur de Christ, salut de ceux qui espèrent en lui…

Apôtres :

Nous t’adorons.

Jésus :

Oui, je suis ressuscité, je suis le Ressuscité. JE SUIS ! Laissez-moi ressusciter vos vies. Communiez à moi, pour que je vous communique ma vie.


Dimanche de Pâques


Jésus :

Ils viennent de trouver mon tombeau vide. Jean, mon disciple bien-aimé, a compris. Il a compris ce que je lui avais dit du haut de la Croix : « Voici ta Mère. » Il a compris ce linge affaissé. Il a compris ce tombeau vide. Il vit et il crut. Il avait écouté mon Cœur, il avait reposé sur mon sein. Il a entendu ce Cœur battre d’amour pour les hommes. Il a compris ce que ce Cœur confiant aux hommes. Quand il m’entendit sur la Croix, il décidé de prendre chez lui ma Mère. Il mettait déjà en œuvre ce que je voulais pour les hommes. En leur donnant l’Esprit, je leur confiais tout mon Corps, je leur confiais le Corps du Christ, l’Eglise, ma Mère. Tu fus ma Mère, Marie ; tu seras la Mère de l’Eglise.

Marie :

Oui, Mère de ton Corps terrestre, Mère de ton Corps céleste.

Jésus :

Un Corps qui est l’ecclésia, le rassemblement de tous les hommes. Un Corps qui vit, un Corps où coule le sang de la vie, le sang de l’Esprit. Un Corps, rassemblement de tous les Adams de l’humanité, mais Adam pardonné, Adam, transfiguré. Mon Corps. Un Corps uni. Un Corps de communion. Tous, en ce Corps, sont appelés à devenir des Saints. Tous sont appelés à vivre de la Communion des Saints. C’est cette communion qui sera le signe de sa vie. Une communion partagée entre les membres vivants de mon Corps, partagée avec ceux qui contemplent déjà ma gloire, partagée avec ceux qui sont offerts comme guides pour les hommes. Un Corps innombrable. Un Corps qui prie, célèbre et agit. Un Corps qui prend naissance tant sur la Croix qu’au tombeau. Et toi, Jean, mon disciple bien-aimé, tu l’avais compris.

Jean :

Oui, Seigneur. Déjà quand j’ai vu couler l’eau et le sang de ton côté ouvert. Puis quand j’ai vu la pierre retirée de devant ton tombeau. Et encore plus, quand j’ai vu ton suaire affaissé, reposant sur lui-même.

Jésus :

Cette eau annonçait ma Résurrection en chaque homme, par le sacrement du baptême. Ce sang préfigurait celui qui abreuverait le monde assoiffé dans l’Eucharistie. Ce tombeau vide est la première pierre de l’Eglise. Une pierre, non plus d’achoppement, mais d’édification. « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise », avais-je dit à mon apôtre Simon. Je l’avais choisi avec sa force, sa détermination, mais aussi ses défauts et ses erreurs, avec son humanité. C’est aussi ce qui fait la beauté de son visage que ces cicatrices acquises au cours des combats. Combats contre le péché, contre l’abandon. Visage marqué parfois par l’incrédulité, l’interrogation, ou l’audace irréfléchie. Mais visage lavé par les larmes du repentir. Visage purifié par le pardon de Dieu. Visage éclairé par la Parole. Visage buriné par les voyages missionnaires. Mais visage rayonnant de ma présence. Luis aussi avait vu ce linge. Mais il comprit moins vite que toi. Il s’attachait à la pierre nue, sans voir le signe posé dessus. Le signe de ce linge blanc. Blanc comme la nappe de toutes les célébrations. Blanc comme la robe baptismale. Blanc comme la pureté. Blanc comme la Transfiguration, celle qui viendra pour tous ceux qui verront le Ressuscité dans leur vie ; pour tous ceux qui communieront à la table de l’amour. Le comprends-tu aujourd’hui, Pierre ?

Pierre :

Oh oui, Maître. Tu as les Paroles de la vie éternelle.

Jésus :

Cette vie, je vous la confie. Les hommes ont soif. Et seul moi, comme pour la Samaritaine, pourrait les apaiser. Amenez-les au puits de l’Eglise. Ne les forcez pas à boire… Montrez-leur seulement les fruits de cette eau. Elle apaise, elle réjouit, elle transforme, elle rayonne. Pendant que j’étais au milieu de vous, j’étais le chemin, la vérité et la vie. Mais si vous vivez aujourd’hui, par moi, avec moi et en moi, alors je vivrai dans mon Eglise, par vous, avec vous et en vous. Alors, par vous, avec vous et en vous sera annoncée la Parole, donnés les sacrements, guidés les hommes vers la vraie vie, celle que j’ai voulu leur donner en abondance. Alors, par vous, avec vous et en vous, le chemin de l’Evangile de la Paix sera découvert. Alors par vous, avec vous et en vous, par mon Corps, sera donnée la Vie. Alors, par vous, avec vous et en vous, la vérité éclatera aux yeux des hommes et les illuminera. Pour cela, gardez-moi avec vous.

Apôtres :

Mais, comment, Seigneur ?

Jésus :

En me cherchant chaque jour dans les Ecritures. En me priant dans vos cœurs. En servant les hommes, car, à chaque fois que vous faites cela à un petit, c’est à moi que vous le faites. En célébrant ma mort et ma résurrection, pour la rémission des péchés. En vivant dans la communion. Que l’on dise en vous voyant, en me voyant, Corps du Christ : « Voyez comme ils s’aiment ! » Faites tout cela en mémoire de moi. Faites-le, unis à tous les hommes pour qui j’ai donné ma vie, à qui je veux donner encore et toujours ma vie.


Unis à ceux qui ne me connaissent pas…

Apôtres :

Nous te prions.

Jésus :

Unis à ceux qui me cherchent avec droiture…

Apôtres :

Nous te prions.

Jésus :

Unis à ceux qui ont perdu confiance en moi…

Apôtres :

Nous te prions.

Jésus :

Unis à ceux que la souffrance a éloignés de moi…

Apôtres :

Nous te prions.

Jésus :

Unis à tous les peuples de la terre…

Apôtres :

Nous te prions.

Jésus :

Avec le Pape, les Evêques, les Prêtres, les Consacrés et tous les Chrétiens…

Apôtres :

Nous te prions.


Jeudi saint


Homélie de Sévérien de Gabala (+ vers 400), Homélie sur le lavement des pieds, publiée par A. Wenger, dans Revue des Études byzantines, 1967, pp. 227-229.

Le monde visible proclame la bonté de Dieu, mais rien ne la proclame aussi clairement que la venue de Dieu parmi les hommes. Ainsi, celui qui était dans la condition de Dieu a pris la condition de serviteur. Il n'a pas rabaissé sa dignité, mais magnifié son amour pour les hommes. Et le mystère redoutable qui s'accomplit aujourd'hui nous fait voir les conséquences de cet abaissement. Mais de quel événement faisons-nous mémoire aujourd’hui ? Le Sauveur a lavé les pieds de ses disciples. <>


Vraiment, en assumant tous les traits de notre humanité, le Maître de l'univers a revêtu la condition de serviteur, et il l'a fait d'une manière très caractéristique de l'action de Dieu dans l'Incarnation, lorsqu'il se leva de table (cf. Jn 13,4). Celui qui pourvoit à la subsistance de tous les êtres sous le ciel était assis à table parmi ses Apôtres, le Maître parmi les esclaves, la source de la sagesse parmi les ignorants, le Verbe parmi des hommes sans instruction, l'auteur de la sagesse parmi des illettrés. Celui qui donne à tous leur nourriture prenait sa nourriture à la même table que ses disciples, et celui qui procure la subsistance à l'univers recevait lui-même sa subsistance.


Et il ne se contenta pas de faire à ses serviteurs l'immense faveur de se mettre à table avec eux. Pierre, Matthieu et Philippe, hommes de cette terre, étaient à table avec lui: Michel, Gabriel et toute l'armée des anges se tenaient à ses côtés. Combien cela est admirable ! Les anges se tenaient près de lui avec crainte, les disciples étaient à table avec lui dans la plus grande familiarité.


Et cette merveille ne lui suffit pas, mais, dit l'évangile, il se leva de table. Celui qui est drapé du manteau de la lumière (Ps 103,2) était revêtu d'un manteau; celui qui ceint le ciel de nuées se noua un linge à la ceinture ; celui qui fait couler l'eau des lacs et des fleuves versa de l'eau dans un bassin. Lui, devant qui tout s'agenouille aux cieux, sur terre et dans l'abîme, lava, à genoux, les pieds de ses disciples.


Le Seigneur de l'univers lava les pieds de ses disciples. Il n'offensa pas sa dignité, mais montra son immense amour pour les hommes. Pourtant, quelque immense que fût cet amour, Pierre n'oublia pas la majesté du Seigneur. Aussi bien, l'homme que son ardeur portait toujours à croire, fut également prompt à reconnaître l'exacte vérité. Les autres disciples, non par indifférence mais par crainte, laissèrent le Seigneur leur laver les pieds, et ne trouvèrent rien à redire. Mais le respect empêcha Pierre de le laisser faire, et il dit : Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds ! Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! (Jn 13,8).


Pierre parla avec beaucoup de rudesse. Il jugeait bien, mais, ignorant la façon dont Dieu agit, c'est par esprit de foi qu'il refusa ; puis il obéit de bon coeur. Vraiment, le fidèle chrétien doit se comporter ainsi ; il ne doit pas s'obstiner dans ses décisions, mais céder à la volonté de Dieu. Car, si Pierre a exprimé son opinion d'une manière tout humaine, il s'est repenti par amour de Dieu.


Quand le Sauveur constata la résistance tenace de son âme, résistance plus forte que n'importe quelle enclume, il lui dit : Amen, je te le dis : Si je ne te lave pas, tu n'auras point de part avec moi (Jn 13,8). Considère attentivement combien l'affaire était grave, et comment le Sauveur brisa la résistance de Pierre. Se montrant plus rude que lui, il le rabroua d'un ton cassant ; il exclut Pierre de sa compagnie pour faire triompher la volonté de Dieu sur l'obstination humaine.


Dès lors, Pierre, l'homme bon et admirable, prompt à exprimer son opinion, fut également prompt à se repentir. Ayant senti la dureté des paroles qui lui étaient adressées, il se montra absolu dans son repentir, et dit : Pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête (Jn 13,9). Purifie-moi tout entier, lave-moi complètement, afin que je puisse dire aussi avec David : Lave-moi, je serai blanc plus que neige (Ps 50,9). Mais le Sauveur lui répondit : Celui qui vient de se baigner n'a besoin que de se laver les pieds (Jn 13,10).


Et pourquoi leur a-t-il lavé uniquement les pieds ? C'est en raison des voyages que devaient faire les Apôtres. En lavant leurs pieds, non seulement il les a nettoyés, mais il a encore affermi les pas des saints. Cette belle ablution des pieds, Isaïe l'avait vue bien des siècles auparavant. Sachant qu'elle n'était pas une ablution humaine mais une divine purification, il avait proclamé d'une voix éclatante : Qu'ils sont beaux, les pieds des messagers de la bonne nouvelle, des messagers de paix (Is 52,7) ! Le Sauveur a touché leurs pieds, faits de limon, pour les rendre forts, car ils devaient parcourir toute la terre qui est sous le ciel.


Prière

Dieu qu'il est juste d'aimer par-dessus tout, multiplie en nous les dons de ta grâce ; dans la mort de ton Fils, tu nous fais espérer ce que nous croyons ; accorde-nous, par sa résurrection, d'atteindre ce que nous espérons. Par Jésus Christ.


En annexe : Jeudi saint et sacerdoce


Lorsque l'on va assister à un concert, on est souvent surpris par la qualité et la maîtrise de l'orchestre pour interpréter une œuvre qui ne vient pas d'eux. De fait, ils ne font qu'essayer de rendre au mieux une pièce dont ils ne sont pas les créateurs, de retrouver ce que l'auteur a voulu dire, a voulu y mettre. J'imagine que c'est d'autant plus laborieux que les annotations de l'auteur pour aider à l'interprétation sont souvent rares et qu'elles peuvent rarement rendre le climat de l'âme.

C'est là où la place du chef d'orchestre s'avère essentielle. Son travail est à la fois multiple et à divers niveaux. En effet, il se doit d'interpréter le pathos de l'œuvre, permettre à chaque instrument d'exécuter sa partition, tout en gardant sa place propre, sans empiéter sur celle des autres, ni être noyé dans l'ensemble. C'est la recherche par excellence de l'harmonie ; et une harmonie dont il est l'humble serviteur mais en même temps la pierre angulaire. Une harmonie qui tient à la fois au respect de chacun et à la volonté de les faire travailler tous ensemble. C'est d'autant plus laborieux pour lui qu'il doit insuffler un esprit propre à l'interprétation de l'œuvre : à la fois respecter la volonté de l'artiste, mais aussi adapter au contexte de la représentation - on ne joue pas de la même façon Wagner à Milan et à Bayreuth !

Ainsi, pour que l'œuvre soit opérante, produise son effet, trois protagonistes sont en jeu :

  • l'artiste créateur dont on doit toujours respecter le sens de l'œuvre tout en ayant la liberté de l'interpréter dans un contexte propre ;

  • L'interprète que l'on doit aider à jouer sa partition en lui donnant la place qui est la sienne en accord avec les autres musiciens, et en lui laissant la possibilité de proposer des interprétations et des initiatives ;

  • Le chef d'orchestre, cheville ouvrière qui doit harmoniser le tout, en faire une œuvre symphonique, unie dans la diversité et adaptée à son public pour une juste réception.

Beaucoup de chefs d'entreprise ont certainement déjà entendu cette comparaison quant au mode de gestion de leur société et de leur personnel. Qu'en est-il de l'Église, non seulement au niveau supranational mais aussi en tant que simple paroisse ?

Une expérience récente de contact avec une paroisse m'a interpellé... J'y ai profondément senti, ne serait-ce que pour moi, que le prêtre était vraiment ce chef d'orchestre, cette cheville ouvrière, et que sans lui, ou sans sa gestion fidèle à l'évangile, la communauté risquait l'éclatement. Car note difficile mission est d'essayer de vivre la même chose que le chef d'orchestre, avec une nuance de taille : nous ne faisons pas qu'interpréter une vieille œuvre dont l'auteur serait mort, mais une œuvre, l'évangile, dont l'auteur est encore vivant et présent au sein de l'orchestre ! Et la confrontation à cette autre communauté vivant une expérience douloureuse, m'a amené à réfléchir aux risques auxquels nous étions confrontes, et ce parfois de façon subreptice et insidieuse. Je suis même convaincu que pour qu'une communauté puisse un jour jouer sa partition évangélique sans la présence du prêtre, chef d'orchestre, elle aura eu un grand besoin d'être formée. Notre responsabilité est énorme, parfois bien plus que nous, prêtres, nous ne pourrions l'imaginer.

Ainsi, si je reprends les trois points énoncés ci-dessus, les risques sont à la hauteur des grâces :


Méconnaître la partition du créateur peut entraîner à de mauvaises interprétations, de même que vouloir se l'approprier à son propre compte !


L'évangile est une partition compliquée... Le risque est toujours de la vider de sa substance, de vouloir y mettre ce que nous voulons, d'être sourds à certaines injonctions, de déconceptualiser, voire démythologiser, ou encore déconstruire. La tentation de la de construction est très à la mode en ce moment en philosophie ou dans le milieu ecclésial. On croit qu'il faut tout détruire de cette église taxée de XIXe, en retirer les dentelles, les rites dépassées, pour en revenir à une sorte de pureté des origines. Regardez le nombre de statues que l'on a retiré car trop sulpiciennes, ou repeintes en blanc. Regardez l'appauvrissement des rites célèbres, ou des gestes transformés pour qu'ils soient plus compréhensibles, mais que l'on vidé de leur substance. Regardez, en catéchèse, l'abandon de toute référence à des paroles qui gênent (souvent dans l'Ancien testament), ou à des scènes trop pénibles à expliquer (le jugement dernier par exemple). Bernanos avait prévenu dans son Luther : On ne change pas l'Eglise par des réformes mais par la sainteté ! Je me suis souvent demandé d'où venait cette volonté d'aspirer la substantifique moelle de l'évangile ? Une faiblesse de recherche intellectuelle ? Un ego, ou un orgueil, surdimensionné ? Un affect mal géré ? Les réponses sont aussi nombreuses que les personnes. Et l'histoire, souvent compliquée, parfois douloureuse, de chacun peut permettre de comprendre les réactions. Toujours est-il que si, nous les prêtres, nous retirons la présence vivante et vivifiante du Christ dans l'évangile, nous le tronquons, pour ne pas dire le trompons. Et je ne cache pas être inquiet de ce message de de construction que j'entends de plus en plus dans l'église. L'humanisme athée peut souvent ce cacher derrière de telles conceptions... Sous couvert d'absence physique du Christ dans nos vies, on risque de croire en son absence spirituelle. Pourtant, il nous habite au plus profond de nos cœurs. Le tout est d'accepter de plonger dans le tréfonds de nous-même, dans la prière, l'humilité et l'amour. Et jamais je ne m'étais rendu autant compte du poids de notre parole comme prêtre : nous pouvons aider chacun à grandir dans la foi et la sainteté comme semer un trouble destructeur par nos paroles. La question sous-jacente est de savoir si je cherche à annoncer le Christ ou moi-même ? Ou à faire de ma tribune le lieu de la propre psychothérapie ?!


Pas de chef d'orchestre sans orchestre, pas de prêtre sans communauté !


Le "métier" est difficile : nous oscillons continuellement entre la directivité et le laxisme, entre "je suis le chef (voire le gourou)" et "chacun est libre et fait ce qu'il veut". Bien sûr, nous nous targuons de l'importance du dialogue (le mot est à la mode depuis 1968), à condition souvent que le dialogue soit l'écoute de ce que je dis avant tout et qu'aucune idée que j'émets ne soit contestée. De quoi ont bien besoin nos musiciens ? A mon avis de plusieurs choses (je ne dis pas que j'y arrive !) :

  1. Qu'on les guide sans pour autant les diriger. Ils attendent du prêtre quelqu'un qui est devant et qui montre la route, mais qui ne marche pas tout seul devant pendant que les autres essaient de courir derrière. Un guide qui se retourne régulièrement pour demander si la petite troupe suit sans trop se fatiguer, mais aussi en donnant l'enthousiasme d'avancer afin d'éviter les trop faciles faiblesses.

  2. Ils attendent de ce guide qu'il connaisse un peu le chemin à parcourir, ne serait-ce que parce qu'il a un peu d'avance et qu'il a lui-même parcouru (et le fais encore) ce chemin spirituel. Qu'il fasse preuve d'enthousiasme à leur égard, sans être trop illuminé, ni trop insipide. Qu'il soit fort, même s'ils lui reconnaisse le droit à la fatigue, une fois qu'il a l'humilité de le dire. Le prêtre comme les autres à droit à ses faiblesses, une fois qu'il n'utilise pas la communauté pour les résoudre. Cela ne l'empêche pas, dans la mesure où celle-ci est assez forte pour l'entendre, à les partager humblement.

  3. Qu'il soit un enseignant, mais non pas simplement docte, mais plutôt celui qui élève les autres au niveau supérieur, sans les prendre de haut, ni les assommer de notions qu'ils ne peuvent comprendre. A nous prêtres, il est bon que les laïcs nous rappellent tous les dogmes issus du petit peuple, de sons nés de la foi, bien plus fort que nos connaissances intellectuelles. Nos connaissances sont essentielles à notre peuple si elles sont traversées de notre foi et de notre prière. Sinon, elles ne sont qu'une manière de leur faire comprendre qu'ils sont vraiment trop bêtes ! Et nous, si merveilleux ! Notre mission est de donner le goût de Dieu, et de donner du goût à sa parole, non d'assommer. Nous devons être des catéchètes, en parole et en actes, c'est à dire, faire écho (c'est le sens grec du mot catéchèse) de la présence de Dieu dans nos vies, corps, âme et esprit.

  4. Qu'il sache écouter ce que les musiciens disent. Du milieu de l'orchestre, ils sentent parfois mieux les choses, ils entendent certaines sonorités que l'on entend pas de la tribune. Cela nous demande de les écoute, d'entendre leur avis, leurs remarques. Elles sont parfois fausses, souvent justes et méritent notre attention. Il me semble qu'ils n'en demandent pas plus ! Ils nous font confiance (à chacun sa mission), mais veulent simplement donner leur point de vue, être entendus, sans être rabroués : c'est peut-être simplement cela le dialogue... Ne cherchons pas de fausses démocraties.

Et il reste le chef d'orchestre lui-même : le prêtre.


Je ne veux ici nullement donner des leçons à mes confrères ! L'expérience vécue m'a plus interpellé sur mes propos attitudes et déviances ou risques, que sur un quelconque jugement. Trois attentions devraient nous obséder :

  1. Comprendre que nous ne sommes pas propriétaires de l'évangile, mais de simples vases d'argile qui le porte pour le donner aux autres. Cela implique que nous soyons nourris de la Parole de Dieu, dans la méditation, l'étude et la prière.

  2. Se rappeler que nous devons toujours décroître pour que Lui croisse. Cela veut dire, comprendre que nous sommes derrière notre mission, quelle nous précède et nous dépasse. Que nous sommes à son service et non l'inverse. Cela n'empêche nullement des interrogations, des résistances ou des contestations (ne serait-ce que par rapport à l'Eglise) mais notre communauté n'est pas à notre service, encore moins pour régler nos propres problèmes !

  3. Nous avons une obligation de moyens, et non de résultats. Cela veut dire que nous devons tout mettre en œuvre, à temps et à contretemps, pour annoncer l'évangile. Cela veut dire aussi que nous osions. Osions trouver de nouvelles idées, de nouveaux moyens, mais aussi osions trouver des moyens adaptés à tous, sans exclure une partie de notre communauté, des plus pauvres aux plus riches, des plus intellectuels aux plus modestes, des plus saints aux plus simples. Ce n'est plus nous que les gens doivent voir vivre, mais le Christ qui vit en nous.

  4. Même si l'Eglise respecte ce que nous sommes, nous n'en restons pas moins soumis à elle. Si je devais prendre une analogie civile, nous ne sommes pas les députés d'un groupe ou d'une idée, mais plutôt des préfets qui représentons l'Eglise. Cela n'empêche pas d'avoir un avis personnel, une position différente, mais elle se doit d'être soumise à l'Eglise, être présentée après la position institutionnelle. Sinon, il nous faut être logique et la quitter !

  5. Nous devons apprendre à nos fidèles à distinguer l'église comme institution et l'église comme corps du Christ. Même si la première est souffrante, la seconde (qui est première !) est emplie de sainteté.

Tout cela pourrait paraître bien polémique. Cependant, ce que j'ai écrit n'est là que pour m'éclairer et éclairer ceux que l'église m’a confiés, dans l'unique but de les mener au Christ. Puissent ces paroles m'aider à apprendre mieux chaque jour mon métier de chef d'orchestre, à jouer au plus près la partition de l'évangile avec mes fidèles, à écouter leurs propositions et à faire de cette harmonie une symphonie qui nous rapproche de l'amour dont nous avons tellement soif : le Christ-Jésus.


Vendredi saint


Homélie de saint Cyrille d'Alexandrie (+ 444), Commentaire sur l'évangile de Jean, 12, 19; PG 74, 650-654.

Ils se saisirent de Jésus et l'emmenèrent. Portant lui-même sa croix, il sortit en direction du lieu dit en hébreu : Golgotha, nom qui se traduit "Calvaire". Là, ils le crucifièrent (Jn 19,16-18).


Ils conduisent à la mort celui qui est l'auteur de la vie. Et cela se faisait pour nous, par sa passion, d'une façon toute contraire à ce que les Juifs avaient imaginé; par la puissance divine et selon un plan qui dépasse notre esprit, Jésus, d'une certaine manière, prenait au piège la puissance de la mort; et la mort du Seigneur était le début et le principe du retour à une vie nouvelle et incorruptible.


Le Christ s'avance en portant sur ses épaules le bois sur lequel il devait être fixé, comme condamné à la peine capitale, bien que parfaitement innocent, et cela à cause de nous. Comme dit saint Paul : Il est devenu objet de malédiction pour nous sauver, car l'Ecriture déclare : Maudit soit celui qui est pendu au bois (Ga 3,13). Et nous sommes tous maudits, nous qui refusons d'accomplir la loi divine. <>


Celui qui n'a pas connu le péché a été maudit à cause de nous, pour nous délivrer de la vieille malédiction. Il suffisait en effet qu'un seul souffrît pour nous tous, celui qui est Dieu, au-dessus de tous, et qu'il rachetât, par la mort de sa chair, le salut de tous. C'est pourquoi le Christ porte cette croix, qu'il n'a aucunement méritée, mais qui nous était due, si nous considérons la condamnation de la Loi. Car il est allé chez les morts non pour lui-même, mais pour nous, afin de se montrer notre guide vers la vie éternelle, ayant détruit par lui-même la domination de la mort. Et de même il a pris sur lui la croix que nous méritions, condamnant en lui-même la condamnation qui venait de la Loi, afin que désormais toute injustice ferme sa bouche (Ps 106,42), comme chante le Psaume, du fait que celui qui n'a pas de péché a été condamné pour les péchés de tous.


Cette action du Christ sera très précieuse pour nous faire embrasser courageusement une vie d'ardente piété. Il est impossible que nous obtenions la perfection dans le bien et l'union totale avec Dieu, sinon en préférant son amour à la vie terrestre et en étant décidés à combattre hardiment pour la vérité, comme y appelle le temps où nous vivons.


Assurément, notre Seigneur Jésus Christ a dit : Celui qui ne prend pas sa croix pour me suivre n'est pas digne de moi (Mt 10,38). Prendre sa croix, à mon avis, n'est rien d'autre que renoncer au monde à cause de lui, que sacrifier la vie du corps aux biens que nous espérons, si les circonstances le demandent. Mais notre Seigneur Jésus Christ n'a pas rougi de porter la croix qui nous était due et de souffrir par amour pour nous. <>


Ceux qui sont unis au Christ sont encore crucifiés avec lui d'une autre manière: en acceptant de mourir à leur genre de vie, ils se transforment par une vie nouvelle et conforme à l'Évangile. Saint Paul disait, en parlant pour nous tous : Avec le Christ je suis fixé à la croix: je vis, mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi (Ga 2,19-20).


Prière

Regarde, Seigneur, nous t'en prions, la famille qui t'appartient: c'est pour elle que Jésus, le Christ, notre Seigneur, ne refusa pas d'être livré aux mains des méchants ni de subir le supplice de la croix. Lui qui règne.


Samedi saint


Homélie de saint Cyrille d'Alexandrie (+ 444), Commentaire sur l'évangile de Jean, 12, 19, PG 74, 679-682.

Ils prirent le corps de Jésus, et ils l'enveloppèrent d'un linceul, en employant les aromates, selon la manière juive d'ensevelir les morts. Près du lieu où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n'avait encore mis personne (Jn 19,40-41).


On a compté parmi les morts celui qui, à cause de nous, est au nombre des morts selon la chair, mais que l'on connaît comme étant la vie selon sa nature même et grâce à son Père ; et il l'est en vérité. Mais, pour accomplir toute justice, celle qui convient à la condition humaine, il ne soumit pas seulement son corps à une mort volontaire, mais aussi à ce qui en est la suite: ensevelissement et mise au tombeau.

L'évangéliste nous dit que ce tombeau était dans un jardin, et qu'il était neuf ; cela symbolise en quelque sorte que, par sa mort, le Christ a préparé et réalisé notre retour au paradis. Car il y est entré lui-même comme notre avant-coureur et chef de file.


Que le sépulcre soit désigné comme neuf, cela signifie un retour de la mort à la vie, nouveau et sans précédent, le renouvellement préparé par le Christ pour nous protéger de la corruption. Car no tre mort, par la mort du Christ, a reçu un sens nouveau qui l'a transformée en une sorte de sommeil. En effet, nous vivons comme devant vivre pour Dieu, selon les Écritures (Rm 6,10-11). C'est pourquoi saint Paul appelle invariablement ceux qui sont morts dans le Christ : ceux qui se sont endormis.

Jadis en effet, le pouvoir de la mort a triomphé de notre nature. Depuis Adam jusqu'à Moïse la mort a régné, même sur ceux qui n'avaient pas péché par désobéissance à la manière d'Adam (Rm 5,14). Nous sommes à l'image de celui qui est pétri de terre (1Co 15,49), Adam, et nous subissons la mort qui pèse sur nous par la malédiction divine (cf. Ga 3,13).


Mais après que le nouvel Adam, l'Adam divin et céleste, eût resplendi pour nous, après qu'il eût combattu pour la vie de tous, il a racheté la vie de tous par sa mort charnelle, et après avoir détruit l'empire de la mort, il est revenu à la vie. Alors nous avons été transformés à son image et soumis à une nouvelle sorte de mort, qui ne nous dissoudra pas dans une corruption sans fin, mais qui nous apportera un sommeil plein d'espérance, à la ressemblance de celui qui a inauguré pour nous cette route, et qui est le Christ.


Prière

Dieu éternel et tout-puissant, dont le Fils unique est descendu aux profondeurs de la terre, d'où il est remonté glorieux : accorde à tes fidèles, ensevelis avec lui dans le baptême, d'accéder par sa résurrection à la vie éternelle. Lui qui règne.

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