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Mardi, 1ère semaine du T.O. — année paire

J’épanche mon âme devant le Seigneur -



Anne et Éli au temple de Silo,

Anonyme,

Bible de Saint-Sulpice de Bourges, folio 078, BM ms 003, 3e quart du XIIe siècle,

Bibliothèque Municipale, Bourges (France)


Lecture du premier livre de Samuel (1 Sam 1, 9-20)

En ces jours-là, Anne se leva, après qu’ils eurent mangé et bu à Silo. Le prêtre Éli était assis sur son siège, à l’entrée du sanctuaire du Seigneur. Anne, pleine d’amertume, se mit à prier le Seigneur et pleura abondamment. Elle fit un vœu en disant : « Seigneur de l’univers ! Si tu veux bien regarder l’humiliation de ta servante, te souvenir de moi, ne pas m’oublier, et me donner un fils, je le donnerai au Seigneur pour toute sa vie, et le rasoir ne passera pas sur sa tête. » Tandis qu’elle prolongeait sa prière devant le Seigneur, Éli observait sa bouche. Anne parlait dans son cœur : seules ses lèvres remuaient, et l’on n’entendait pas sa voix. Éli pensa qu’elle était ivre et lui dit : « Combien de temps vas-tu rester ivre ? Cuve donc ton vin ! » Anne répondit : « Non, mon seigneur, je ne suis qu’une femme affligée, je n’ai bu ni vin ni boisson forte ; j’épanche mon âme devant le Seigneur. Ne prends pas ta servante pour une vaurienne : c’est l’excès de mon chagrin et de mon dépit qui m’a fait prier aussi longtemps. » Éli lui répondit : « Va en paix, et que le Dieu d’Israël t’accorde ce que tu lui as demandé. » Anne dit alors : « Que ta servante trouve grâce devant toi ! » Elle s’en alla, elle se mit à manger, et son visage n’était plus le même. Le lendemain, Elcana et les siens se levèrent de bon matin. Après s’être prosternés devant le Seigneur, ils s’en retournèrent chez eux, à Rama. Elcana s’unit à Anne sa femme, et le Seigneur se souvint d’elle. Anne conçut et, le temps venu, elle enfanta un fils ; elle lui donna le nom de Samuel (c’est-à-dire : Dieu exauce) car, disait-elle, « je l’ai demandé au Seigneur ».


Méditation

Elle est là, à genoux devant le Seigneur, ou plus exactement devant sa Présence réelle contenue dans ce qui semble être, sur notre enluminure, un tabernacle. Elle pleure et implore le Seigneur. Mais vois qu’arrive derrière elle le prêtre Éli. Il ne comprend pas ce qu’elle fait là. Comment ne pas rappeler cette histoire du saint Curé d’Ars…


« Lorsque nous sommes devant le Saint Sacrement, au lieu de regarder autour de nous, fermons nos yeux et ouvrons notre cœur ; le Bon Dieu ouvrira le Sien. Nous irons à Lui, Il viendra à nous, l'un pour demander, l'autre pour recevoir : ce sera comme un souffle de l'un à l'autre. Que de douceur ne trouvons-nous pas à nous oublier pour chercher Dieu ! C'est comme dans les premiers temps où je me trouvais à Ars. Il y avait un homme qui ne passait jamais devant l'église sans y entrer. Le matin quand il allait au travail, le soir quand il en revenait, il laissait à la porte sa pelle et sa pioche, et il restait longtemps en adoration devant le Saint Sacrement. J'aimais bien ça. Je lui ai demandé une fois ce qu'il disait à Notre-Seigneur pendant ces longues visites qu'il Lui faisait. Savez-vous ce qu'il m'a répondu ? « Monsieur le Curé, je ne Lui dis rien, je L'avise et Il m'avise. Je Le regarde et Il me regarde ».

Anne fait la même chose : elle est devant le Seigneur, elle le regarde et implore sa miséricorde. Rester devant Dieu, lui ouvrir notre coeur, lui parler comme à un ami, voilà ce qu’est la prière du coeur. Elle demande, elle n’exige pas, car elle sait au fond d’elle-même que Dieu fera ce qui est le mieux pour elle. Notre Dieu est un Dieu d’amour, un Dieu qui ne veut que le meilleur pour ses c créatures, à condition que celles-ci le désirent et expriment leur demande devant Lui.


Alors, elle prie, elle demande, elle supplie, elle implore. Et au bout d’un moment, nul besoin de prononcer quelque parole que ce soit. Ses lèvres remuent mais plus aucun son n’en sort. C’est son coeur qui prie maintenant. J’entends parfois des gens dire que la prière du chapelet n’est qu’une prière de grand-mère, prononçant ses mots avec un certain dédain. Pourtant, s’ils lisaient le Récit du Pèlerin russe, ils découvriraient que cet homme qui tout au long de sa journée répète la phrase de l’aveugle dans l’évangile (Lc 18, 38) : « Seigneur Jésus, Fils de David, aie pitié de moi pécheur », s’aperçoit un matin que ses lèvres continuaient à prier alors qu’il dormait. Ce n’est plus son intelligence, sa raison qui prie, c’est son coeur, son âme qui parle à son Dieu. La prière est descendue aux tréfonds de sa vie, de son cerveau à son âme. Ni la grand-mère, ni le pèlerin russe, ni Anne ne sont ivres ou fous ! Ils sont simplement en coeur à coeur avec Dieu.


Ce n’est pas toujours facile à comprendre, ni même à appréhender : Éli en fait l’expérience. Lui-même, pourtant prêtre du Très-Haut, n’imagine pas que cette femme soit entrain de prier. C’est parfois l’attitude de certains chrétiens qui, confrontés à une prière différente de la leur, la réfutent, et parfois la condamne. Mais chacun a son chemin de prière, chacun à sa propre voie pour rejoindre Dieu. Qu’importe qu’elle soit exprimée en latin, ou en français, ou en une langue mystérieuse ; ce qui importe, c’est qu’elle me rapproche de Dieu. Le reste est secondaire. Je ne suis pas membre d’un quelconque renouveau charismatique, je suis hermétique à ce genre de prière, mais je ne doute nullement qu’elle soit vraie et qu’elle permet à ses membres de rencontrer le Seigneur. Il y a plusieurs voies (et voix) à la prière comme il y a plusieurs demeures dans la Maison du Père !


Un dernier aspect me semble important dans ce récit : l’insistance d’Anne. Notre prière doit être insistante auprès de Dieu, voire l’ennuyer. Relisez les évangiles : Jésus nous invite à cette insistance, que ce soit cette veuve auprès du Juge (Lc 18, 2-5), ou cette homme qui vient importuner son voisin de nuit (Lc 11, 5-10), et même Lui, Jésus, priera avec insistance auprès de son Père au Mont des Oliviers (Mt 26, 36-46). N’ayons pas honte d’insister auprès de Dieu. Car insister n’est pas ennuyer Dieu ; insister c’est creuser notre désir, l’éprouver, le purifier, comme l’atteste Pierre (1 P 1, 6-9) :


Aussi vous exultez de joie, même s’il faut que vous soyez affligés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ; elles vérifieront la valeur de votre foi qui a bien plus de prix que l’or – cet or voué à disparaître et pourtant vérifié par le feu –, afin que votre foi reçoive louange, gloire et honneur quand se révélera Jésus Christ. Lui, vous l’aimez sans l’avoir vu ; en lui, sans le voir encore, vous mettez votre foi, vous exultez d’une joie inexprimable et remplie de gloire, car vous allez obtenir le salut des âmes qui est l’aboutissement de votre foi.

Ou comme l’enfant qui commence tôt à demander à ses parents son cadeau de Noël. En insistant, il prouve qu’il a vraiment envie de ce présent. Si, par contre, il n’en parle plus après quelques semaines, c’est qu’il n’en avait pas vraiment envie ! Hé bien, c’est la même chose avec Dieu. Plus nous exprimons notre désir, plus Dieu voit que nous en avons besoin, et plus le temps purifiera notre désir le faisant passer de « je veux » à « j’aimerais » puis à « s’il te plaît », ou pour reprendre les mots mêmes de Jésus (Lc 22, 42) : « cependant, que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne. »


Demandons à Anne de nous montrer le chemin de la prière du coeur !

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