Mardi, 15e semaine du T.O. — année impaire

Sauvé des eaux



La découverte de Moïse par la fille du Pharaon

Lawrence Alma-Tadelma (Dronryp, 1836 - Wiesbaden, 1912)

Huile sur toile, 137,7 x 213,4 cm, 1904

Collection privée


Lecture du livre de l’Exode (Ex 2, 1-15a)

En ces jours-là, un homme de la tribu de Lévi avait épousé une femme de la même tribu. Elle devint enceinte, et elle enfanta un fils. Voyant qu’il était beau, elle le cacha durant trois mois. Lorsqu’il lui fut impossible de le tenir caché plus longtemps, elle prit une corbeille de jonc, qu’elle enduisit de bitume et de goudron. Elle y plaça l’enfant, et déposa la corbeille au bord du Nil, au milieu des roseaux. La sœur de l’enfant se tenait à distance pour voir ce qui allait arriver. La fille de Pharaon descendit au fleuve pour s’y baigner, tandis que ses suivantes se promenaient sur la rive. Elle aperçut la corbeille parmi les roseaux et envoya sa servante pour la prendre. Elle l’ouvrit et elle vit l’enfant. C’était un petit garçon, il pleurait. Elle en eut pitié et dit : « C’est un enfant des Hébreux. » La sœur de l’enfant dit alors à la fille de Pharaon : « Veux-tu que j’aille te chercher, parmi les femmes des Hébreux, une nourrice qui, pour toi, nourrira l’enfant ? » La fille de Pharaon lui répondit : « Va. » La jeune fille alla donc chercher la mère de l’enfant. La fille de Pharaon dit à celle-ci : « Emmène cet enfant et nourris-le pour moi. C’est moi qui te donnerai ton salaire. » Alors la femme emporta l’enfant et le nourrit. Lorsque l’enfant eut grandi, elle le ramena à la fille de Pharaon qui le traita comme son propre fils ; elle lui donna le nom de Moïse, en disant : « Je l’ai tiré des eaux. » Or vint le jour où Moïse, qui avait grandi, se rendit auprès de ses frères et les vit accablés de corvées. Il vit un Égyptien qui frappait un Hébreu, l’un de ses frères. Regardant autour de lui et ne voyant personne, il frappa à mort l’Égyptien et l’enfouit dans le sable. Le lendemain, il sortit de nouveau : voici que deux Hébreux se battaient. Il dit à l’agresseur : « Pourquoi frappes-tu ton compagnon ? » L’homme lui répliqua : « Qui t’a institué chef et juge sur nous ? Veux-tu me tuer comme tu as tué l’Égyptien ? » Moïse eut peur et se dit : « Pas de doute, la chose est connue. » Pharaon en fut informé et chercha à faire tuer Moïse. Celui-ci s’enfuit loin de Pharaon et habita au pays de Madiane.


Méditation

J’aime beaucoup ce tableau d’Alma-Tadelma qui nous montre la fille de Pharaon joyeuse d’avoir sauvé des eaux ce bébé, porté dans le couffin par ses servantes. Mais je me demande pourquoi elle a sauvé cet enfant. Elle devait connaître la décision de son père qui avait décidé de limiter la prolifération du peuple hébreu en demandant aux sages-femmes de tuer les enfants mâles. En sauvant cet enfant, elle s’oppose clairement à Pharaon. Et lui, qu’en a-t-il dit ? La Bible ne nous renseigne pas… Mais il est pourtant sûr qu’il a accepté d’élever cet enfant hébreu au sein de sa propre famille, sa fille en devenant la mère putative, même si elle a attendu qu’il soit sevré auprès d’une femme juive qui n’était autre que sa vraie mère.


Quant à Moïse, une fois revenu dans le giron de Pharaon, devenu adulte et considéré comme un prince de la famille royale, il ne peut ignorer son origine. Sa mère adoptive lui a-t-elle révélé ? Ou sa génitrice ? Ou l’a-t-il compris en voyant qu’il n’était pas de la même race. Là encore, la Bible ne l’explique pas. Pourtant, il va aller voir son peuple après avoir quand même grandi dans un milieu facile et luxueux. Imaginait-il que les hébreux vivaient peut-être simplement mais en liberté ? Toujours est-il qu’il les découvre esclaves, pauvres et épuisés. Et là, ses yeux s’ouvrent. Il en tellement retourné que ses réactions vont être inappropriées et créer bien des difficultés, jusqu’à en devenir meurtrier.


Nous-mêmes, nous sommes parfois bien aveugles sur certaines situations. Ou parce que notre confort nous empêche de voir plus loin que notre milieu habituel, ou parce que nous refusons de voir ceux qui souffrent de peur de ne pas savoir comment gérer, voir d’avoir des réactions excessives dépourvues de toute jugeote, de toute mesure.


En méditant les évangiles, en nous laissant enseigner par la Parole de Dieu, en demandant l’aide de l’Esprit, nous apprendrons à ouvrir nos yeux sur les souffrances des autres, parfois aveuglantes, parfois bien cachées. Et surtout, l’Esprit nous inspirera les paroles qu’il faut et les décisions et actes à prendre. Le Veni Creator le dit si bellement : « Toi qui inspires nos paroles (…) Sous ta conduite et ton conseil, nous éviterons toute erreur… »