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Mardi, 20ème semaine du T.O. — Année Paire

Le trou d’aiguille



Scène de rue à Damas

Gustav Bauernfeind (Sulz Am Neckar, 1848 - Jérusalem, 1904)

Huile sur toile, 51,4 x 68 cm, 1887

Collection privée (Vendu à New-York en 2006 : 1 080 000 $)


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 19, 23-30)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Amen, je vous le dis : un riche entrera difficilement dans le royaume des Cieux. Je vous le répète : il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des Cieux. » Entendant ces paroles, les disciples furent profondément déconcertés, et ils disaient : « Qui donc peut être sauvé ? » Jésus posa sur eux son regard et dit : « Pour les hommes, c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible. » Alors Pierre prit la parole et dit à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre : quelle sera donc notre part ? » Jésus leur déclara : « Amen, je vous le dis : lors du renouvellement du monde, lorsque le Fils de l’homme siégera sur son trône de gloire, vous qui m’avez suivi, vous siégerez vous aussi sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël. Et celui qui aura quitté, à cause de mon nom, des maisons, des frères, des sœurs, un père, une mère, des enfants, ou une terre, recevra le centuple, et il aura en héritage la vie éternelle. Beaucoup de premiers seront derniers, beaucoup de derniers seront premiers. »


Méditation

Voilà un texte que l’on comprend de travers s’il nous manque quelques éléments. Il ne s’agit pas de faire passer un chameau par un chas d’aiguille, ce serait ridicule. Mais plutôt par ce qu’on appelle un œil d’aiguille. À l’entrée des villes, on trouvait auparavant une grande porte charretière. Les commerçants qui arrivaient avec leurs marchandises devaient d’abord frapper à une petite porte qui s’appelle un guichet ou une aiguille. Et l’on devait alors payer les taxes (on trouve encore des bureaux d’octroi à l’entrée de certaines de nos communes). Mais pour être sûr que le chamelier ne cache rien, il devait aussi faire passer son chameau par cette petite porte, ce qui l’obligeait à retirer tous le bât, et permettait au fonctionnaire de voir l’ensemble des produits, comme on le voit sur notre peinture : tous les sacs de l’animal débâté sont au pied du mur.


Ainsi, Jésus ne nous demande pas de passer par un minuscule trou, même s’il précisera que la porte est étroite (Mt 7, 14), et que devoir s’incliner pour entrer nous oblige à un peu d’humilité (l’humilité c’est rejoindre l’humus, notre condition terrestre, humaine) comme à l’entrée de la basilique de la Nativité à Bethléem. Ce qu’il veut surtout nous faire comprendre c’est que l’on entre nu au Royaume des Cieux, sans rien de notre condition terrestre. Si je ne veux pas me dépouiller de tout ce qui m’appartient, alors je ne passerai pas. Et il le confirme dans les derniers versets : tout quitter. Nous entrerons nus au Royaume, et même les mains vides. Nous n’aurons peut-être que cela à lui offrir, mais au moins, il pourra les remplir de ses grâces.


Seul Dieu nous sauve, pour nous c’est impossible. Mais l’aider en choisissant de se dépouiller, de ne s’attacher à rien d’autre que lui, alors c’est choisir la porte étroite qui donne sur le Royaume... Et ce sont souvent de petits riens qui nous retiennent, non de grosses cordes, mais de très petits fils à la patte...

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