Mardi, 27e semaine du T.O. — Année Paire

Un être étonnant



Sainte Face

Georges Rouault (Paris, 1871 - Paris, 1958)

Tapisserie tissée par Plasse Le Caisne en nuances de gris d’après un carton de Georges Rouault

Chapelle Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus-et-de-la-Sainte-Face, Hem (France)


Psaume 138

Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais !

Tu sais quand je m’assois, quand je me lève ;

de très loin, tu pénètres mes pensées.

Que je marche ou me repose, tu le vois,

tous mes chemins te sont familiers.


C’est toi qui as créé mes reins,

qui m’as tissé dans le sein de ma mère.

Je reconnais devant toi le prodige,

l’être étonnant que je suis.


Étonnantes sont tes œuvres, toute mon âme le sait.

Mes os n’étaient pas cachés pour toi

quand j’étais façonné dans le secret,

modelé aux entrailles de la terre.


Méditation

Nous sommes des êtres étonnants ! XIe siècle, estoner. Issu, par l’intermédiaire du latin populaire extonare, du latin classique adtonare, « frapper du tonnerre » nous précise l’Académie. Nous sommes des êtres qui frappent tel le tonnerre. Il est vrai que nous sommes parfois des créateurs de stupeur ! Mais, bien que ce soit souvent volontaire, ou alors d’autres fois inconscient, nos paroles ou nos attitudes peuvent parfois révéler bien plus que nous n’imaginons. Ainsi, un enfant peut faire une réflexion qui nous saisit, nous « coupe le sifflet ». N’est-ce pas la même chose que durent éprouver les docteurs de la Loi devant les réponses de Jésus enfant au Temple (Lc 2, 41-52) ?


D’où lui vient cette sagesse ? La réponse est dans le psaume… Ce qui nous rend étonnant ? La présence de Dieu en notre âme ! Car Dieu ne m’abandonne jamais. Quoi que je fasse, il est là, avec moi. Son regard me suit, son Esprit m’envahit et désire pénétrer toutes mes pensées. Car je suis son oeuvre, c’est lui qui m’a tissé, créé dans le sein de ma mère. Je suis une créature de Dieu, et une créature que Dieu, tout en m’en laissant la liberté, veut façonner totalement, pour me mener à mon but, mon terme de créature divinisée. Le tout est de lui ouvrir la porte ! Comme le dit le psaume, au fond de moi j’en suis conscient : « Étonnantes sont tes œuvres, toute mon âme le sait. »

Comment ouvrir cette porte, porte à laquelle il frappe discrètement : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. » (Ap 3, 20). Peut-être simplement en le regardant, en le contemplant, en le cherchant au fond de moi, en plongeant dans son regard pour voir en ses yeux le reflet de l’être étonnant que je suis. Toute mon âme le sait…


« Mais Toi, tu étais plus profond que le tréfonds de moi-même et plus haut que le très-haut de moi-même » (Confessions de Saint-Augustin)