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Mardi, 2e semaine de l’Avent

Le Bon Pasteur -


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Le Christ comme bon Pasteur,

Lucas Cranach l’Ancien (Kronach, 1472 - Weimar, 1553),

Huile sur panneau, 20,5 x 14,5 cm, vers 1540,

Angermuseum, Erfurt (Allemagne)


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 18, 12-14)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quel est votre avis ? Si un homme possède cent brebis et que l’une d’entre elles s’égare, ne va-t-il pas laisser les 99 autres dans la montagne pour partir à la recherche de la brebis égarée ? Et, s’il arrive à la retrouver, amen, je vous le dis : il se réjouit pour elle plus que pour les 99 qui ne se sont pas égarées. Ainsi, votre Père qui est aux cieux ne veut pas qu’un seul de ces petits soit perdu. »


Méditation

Imaginez-vous d’abord être ce berger. Laisseriez-vous les 99 brebis de votre troupeau seules pour aller chercher celle qui est perdue ? Le risque n’est-il pas que que le troupeau se disperse ou soit attaqué par un loup ? Et la brebis perdue n’est-elle pas déjà dévorée par un animal sauvage ou tombée dans un trou d’où elle ne peut pas sortir ? Le jeu en vaut-il la chandelle ? On sait ce qu’on a perdu, mais pas ce que l’on risque de perdre. Et comme on l’entend aujourd’hui si souvent, la balance bénéfice-risque n’est pas la plus équilibrée !


Mettez-vous maintenant à la place de la brebis perdue. Vous voilà seule dans la nature. Vous tremblez de peur, vous vous sentez abandonnée, et même si vous espérez qu’on vienne vous chercher, au fond de vous-même vous n’y croyez pas vraiment. Et vous passez par une série d’étapes : la sidération, puis l’inquiétude, puis la peur, puis le désespoir et enfin la résignation. Du statut d’abandonné, vous passez à celui d’abandonner vous-même. Et vous attendez la mort dans les tremblements, vous n’y croyez plus…


Mais en fait, nous nous mettons plus souvent à la place du berger, nous laissant dominer par le calcul et la raison. Et nous disons que c’est bien dommage, mais qu’il vaut mieux ne pas abandonner le troupeau au risque de le voir éclater. C’est bien ce que proclamait le grand prêtre en parlant de Jésus (Jn 11, 49-50) : « Alors, l’un d’entre eux, Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là, leur dit : « Vous n’y comprenez rien ; vous ne voyez pas quel est votre intérêt : il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que l’ensemble de la nation ne périsse pas. »


Jésus, lui, n’est pas ce genre de berger raisonnable. Lui, il pense d’abord à sa brebis perdue. Et il fera tout pour la sauver, pour éviter qu’elle ne sombre dans le désespoir. Cette brebis, c’est moi, c’est vous, c’est nous. Et il veut nous faire savoir que jamais il ne nous abandonnera, jamais il ne nous laissera seul dans notre désespoir. Il sait que les 99 autres peuvent se débrouiller seules. Peut-être espère-t-il aussi qu’elles ne soient pas jalouses et ne deviennent pas des brebis calculatrices qui refuseraient de comprendre qu’on les laisse pour aller chercher la brebis perdue… C’est peut-être le plus grand risque : croire que l’on est meilleur parce que l’on n’a pas quitté le troupeau : le communautarisme guette toujours les groupes.


Mais Jésus, bon et vrai pasteur, ne réagit pas ainsi. Lui, il aime ses brebis, même celle qui s’est perdue (dans tous les sens du terme). Il ne l’abandonne pas, parce qu’il l’aime, parce qu’elle a du prix à ses yeux. Et il la cherche, quoiqu’il en coûte. Il me semble qu’au fond de lui-même il prie. Il ne prie pas en premier lieu pour avoir la chance de la retrouver, ni même pour son troupeau laissé seul. Il prie aussi et surtout pour que sa brebis perdue ne se sente pas abandonnée, pour qu’elle se souvienne que le berger a promis d’aller chercher toute brebis perdue. Pour qu’elle passe du désespoir à l’espoir et de l’espoir à l’espérance. Cette brebis, c’est moi, c’est vous, c’est nous ! Et Jésus vient nous dire : ne désespérez pas, je suis là ! Gardez courage, je vous cherche et vous trouverai pour vous prendre sur mes épaules. Oui, même avant d’être retrouvés, nous pouvons déjà nous réjouir de savoir que Jésus ne nous abandonnera jamais, qu’il nous cherchera toujours et qu’il ne nous condamnera pas de nous être perdus, de nous être fourvoyés.

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