Mardi, 32e semaine du T.O. — Année Paire

Servir est notre devoir



Le serviteur turc

Francis David Millet (Mattapoisett, 1846 - Mort dans la naufrage du Titanic, 1912)

Huile sur toile, dimensions inconnues, 1874

Collection particulière


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 17, 7-10)

En ce temps-là, Jésus disait : « Lequel d’entre vous, quand son serviteur aura labouré ou gardé les bêtes, lui dira à son retour des champs : “Viens vite prendre place à table” ? Ne lui dira-t-il pas plutôt : “Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et boive. Ensuite tu mangeras et boiras à ton tour” ? Va-t-il être reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres ? De même vous aussi, quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : “Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir.” »


Méditation

Depuis les deux dernières guerres mondiales, deux vertus semblent être tombées en désuétude, voire battues en brèche : le sacrifice et le service. De fait, quand on regarde les années passées, on s’aperçoit que le qualitatif a laissé place au quantitatif.


Ce qui importe est de compter, à tel point que l’on ne dit plus : « ça m’importe peu » mais « ça ne compte pas ». Dans sa Prière des Chevaliers, le jésuite Jacques Sevin, écrivait : « Tenez nos âmes hautes, tout près de Vous, dans le dédain des marchandages, des calculs et des dévouements à bon marché. Car nous voulons gagner notre paradis non pas en commerçants, mais à la pointe de notre épée, laquelle se termine en croix, et ce n'est pas pour rien. » Nous sommes devenus des commerçants qui regardent toujours si la balance penche bien du côté des droits, quitte à alléger le plateau des devoirs. Alors, se sacrifier pour des idées, pour des valeurs ou son pays… très peu pour moi ! Servir gratuitement, peut-être mais en espérant que ce soit vu, reconnu, voire que ça passe à la télé !


Pourtant — et il me semble que se trouve ici la substantifique moelle du message christique — existe-t-il chose plus belle que de servir et servir jusqu’au sacrifice de soi-même ? N’est-ce pas là la vraie noblesse de notre humanité : donner sa vie pour ceux que l’on aime, et aussi ceux que l’on aime pas ? Servir le bien commun, se sacrifier pour tous les hommes : n’est-ce pas ce que fit le Christ sur la Croix ?


Notre siècle manque de héros, mais surtout de héros discrets. À un tel point qu’une fois qu’un homme fait son devoir, on lui accorde des droits. Notre devoir à nous, chrétiens, est de nous sacrifier, de servir le Christ en chacun de nos frères, de nous offrir en sacrifice pour la Gloire de Dieu et le salut du monde. Comme l’écrira Jacques d’Arnoux dans un livre que je vous recommande (même s’il est un peu abscons), Les sept colonnes de l’héroïsme : « Vous avez tous la première étincelle, à vous d’en faire un brasier ».