Mardi, 3e semaine de Carême

Que notre sacrifice trouve grâce devant toi -



Les hébreux dans la fournaise,

Anonyme,

Chapiteau sculpté, XIIe siècle,

Cathédrale Saint-Lazare, Autun (France)


Lecture du livre du prophète Daniel (Dn 3, 25.34-43)

En ces jours-là, Azarias, debout, priait ainsi ; au milieu du feu, ouvrant la bouche, il dit : « À cause de ton nom, ne nous livre pas pour toujours et ne romps pas ton alliance. Ne nous retire pas ta miséricorde, à cause d’Abraham, ton ami, d’Isaac, ton serviteur, et d’Israël que tu as consacré. Tu as dit que tu rendrais leur descendance aussi nombreuse que les astres du ciel, que le sable au rivage des mers. « Or nous voici, ô Maître, le moins nombreux de tous les peuples, humiliés aujourd’hui sur toute la terre, à cause de nos péchés. Il n’est plus, en ce temps, ni prince ni chef ni prophète, plus d’holocauste ni de sacrifice, plus d’oblation ni d’offrande d’encens, plus de lieu où t’offrir nos prémices pour obtenir ta miséricorde. Mais, avec nos cœurs brisés, nos esprits humiliés, reçois-nous, comme un holocauste de béliers, de taureaux, d’agneaux gras par milliers. Que notre sacrifice, en ce jour, trouve grâce devant toi, car il n’est pas de honte pour qui espère en toi. « Et maintenant, de tout cœur, nous te suivons, nous te craignons et nous cherchons ta face. Ne nous laisse pas dans la honte, agis envers nous selon ton indulgence et l’abondance de ta miséricorde. Délivre-nous en renouvelant tes merveilles, glorifie ton nom, Seigneur. »


Méditation

Cette petite phrase prononcée par Daniel dans sa prière a aussi trouvé place dans la bouche du prêtre lorsqu’il va célébrer l’eucharistie. Cependant, il me semble que nous sommes passés d’un extrême à l’autre : il y a plus d’un siècle, on ne parlait que de sacrifices, et il est vrai que les nombreuses guerres auxquelles nous fûmes confrontées ont accentué cette notion. Mais aujourd’hui, plus personne n’ose prononcer ce mot. À la rigueur, on parlera d’héroïsme, à la manière de l’antiquité grecque, mais plus de sacrifice ! Cela veut-il dire que le sacrifice n’a plus de sens pour notre temps ? Il serait bon de se pencher sur le sens de ce mot. Étymologiquement, sacrifice signifie « le fait de rendre sacré » ; du latin sacrificium, de sacer facere. Nos actes ne peuvent-ils pas être des sacrifices ? Donner sa vie pour les autres n’est-il pas un sacrifice dans le sens où l’on rend sacrée toute vie ? Et la messe ? Déjà, quel mot ridicule que celui-là quand on sait qu’il signifiait la fin d’une réunion dans le monde romain. Quand on va à la messe, on n’y va pas pour attendre la fin, du moins je l’espère ! L’eucharistie (qui veut dire « action de grâce », ce qui est déjà plus juste) est un moment d’offrande. Offrande de nos vies, offrande de notre prière pour les hommes, offrande du fruit du travail de nos mains, dont le pain et le vin sont le symbole. Ne vont-ils pas être rendus sacrés par la consécration (l’acte liturgique qui rend sacré) ? Et donc, ne vivons-nous pas un sacrifice ? Mais si, le sacrifice de toute l’Église. La nouvelle traduction du Missel romain rend enfin justice à cette notion lors du dialogue de l’offertoire : « Priez, frères et sœurs : que mon sacrifice, et le vôtre, soit agréable à Dieu le Père tout-puissant. » R/ « Que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice à la louange et à la gloire de son nom, pour notre bien et celui de toute l’Église. » Ce qui signifie bien que nous-mêmes, tout notre être, s’offre lui aussi en sacrifice à la louange et à la gloire de Dieu. Alors, rendons ses lettres de noblesse au sacrifice, car il est le cœur de notre foi, une des colonnes de notre héroïsme chrétien : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13).