Mardi de la 3e semaine de l’Avent

Qui a fait la volonté du Père ? -



La parabole des deux fils,

Andrey Nikolaevich Mironov (né en 1975 à Ryazan),

Huile sur toile, 70 x 100 cm, 2012,

Collection de l’artiste (en vente 170 000 Roubles - 1 900 €)


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 21, 28-32)

En ce temps-là, Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple : « Quel est votre avis ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : “Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.” Celui-ci répondit : “Je ne veux pas.” Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. Puis le père alla trouver le second et lui parla de la même manière. Celui-ci répondit : “Oui, Seigneur !” et il n’y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier. » Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; mais les publicains et les prostituées y ont cru. Tandis que vous, après avoir vu cela, vous ne vous êtes même pas repentis plus tard pour croire à sa parole. »


Méditation

Nous retrouvons cet artiste russe contemporain dont j’ai déjà commenté un tableau (33e dimanche du Temps ordinaire, année A). D’un geste de refus, et la tête se détournant, un des deux fils néglige la demande de son père. L’autre se baisse devant son géniteur, comme s’il acceptait humblement de se soumettre. Pourtant, il n’ira pas travailler ! Alors que le premier, pris sûrement de remords, se pliera à la tache. Qu’est-ce qui l’a donc fait changer d’avis ? Le regret, le remords ? Les remords et les regrets sont différents : les premiers sont liés à un sentiment de culpabilité du à une mauvaise action, alors que les seconds ne comportent pas de notion morale. A-t-il pris conscience de son péché, ou revient-il simplement parce qu’il espère en tirer un bénéfice ?


En fait, Jésus nous donne la réponse dans la suite du texte. Si les publicains et les prostituées seront accueillis dans le Royaume des cieux, ce n’est pas parce qu’ils ont entrevu la possibilité d’un « bel avenir ». Mais plutôt parce que la parole du Baptiste les a touchés, ils ont pris conscience de leurs actes pécheurs et s’en sont totalement remis à la miséricorde de Dieu. Leur foi n’est pas orientée vers un quelconque bénéfice spirituelle, mais par la volonté d’être pardonné. J’ai regardé cette semaine un film russe du réalisateur Pavel Lungin (2066) : L’île. Un pauvre hère, croyant avoir tué un camarade durant la guerre, devient moine sur une petite île où il incarne le fol en Christ si fameux dans la littérature et la spiritualité russes. Continuellement, il égrène cette prière : « Aie pitié de moi. » Bien sûr, nous pourrions trouver que cette approche est trop morale. Peut-être… Cependant, tel un balancier d’horloge, nous oscillons entre deux « options » spirituelles : être sans inquiétude, Dieu nous aime donc pas de soucis à se faire. Ou prendre conscience de notre péché et appeler la miséricorde. Mais, si ce fol appelle le Christ miséricordieux, c’est surtout parce qu’il sait que c’est la porte d'entrée en Dieu : ce Coeur qui a tant aimé les hommes. Sans sombrer dans une continuelle dépréciation de nous-même, avoir conscience de notre péché, mais surtout demander à Dieu sa pitié est sûrement la voie de la paix, de l’hésychasme.