Mardi de Pâques

Rabbouni ! -



Noli me tangere,

Alexander Andreyevich Ivanov (Moscou, 1806 - Saint-Pétersbourg, 1858),

Huile sur toile, 242 x 321 cm, 1835,

Musée Russe, Saint-Pétersbourg (Russie)


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 20, 11-18)

En ce temps-là, Marie Madeleine se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs. Et en pleurant, elle se pencha vers le tombeau. Elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête et l’autre aux pieds, à l’endroit où avait reposé le corps de Jésus. Ils lui demandent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur répond : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a déposé. » Ayant dit cela, elle se retourna ; elle aperçoit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus. Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Le prenant pour le jardinier, elle lui répond : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre. » Jésus lui dit alors : « Marie ! » S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! », c’est-à-dire : Maître. Jésus reprend : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Marie Madeleine s’en retourna donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! », et elle raconta ce qu’il lui avait dit.


Méditation

J’ai déjà commenté cette merveilleuse page de l’évangile, et particulièrement du triple « retournement » de Marie-Madeleine. Mais arrêtons-nous sur la réaction de Marie-Madeleine lorsqu’elle reconnaît Jésus : Rabbouni. Terme affectueux qui pourrait se traduire par « petit maître », non dans le sens de la taille mais dans la dimension de la tendresse, comme l’on parle d’un « petit ami ». Surprenant de voir qu’encore aujourd’hui on met ce qualificatif à toutes les sauces : une petite prière, une petite messe, etc.


En tous les cas, c’est ici la tendresse de cette femme qui s’exprime. Elle reconnaît en Jésus son Maître, son Rabbi, son enseignant. Mais en plus, elle a un profond attachement, un grand amour pour lui et son cœur s’emballe à le voir.

Nous avons parfois peur que nos sentiments prennent le dessus dans notre vie spirituelle, comme s’ils allaient abîmer la fraîcheur de notre foi. Pourtant, c’est bien à notre cœur que Jésus s’adresse, à nos affects, à nos sentiments. Il ne s’agit pas d’avoir une foi froide et raisonnée. Mais une foi qui descende jusqu’à nos entrailles. Ce qui chez certains se traduira en larmes devant leur péché, chez d’autres en danse devant l’Arche. N’ayons pas peur, comme Marie-Madeleine de nos sentiments. Ne serait-ce que parce qu’ils sont le signe de notre humanité...