Mercredi, 1ère semaine du T.O. — année paire

Ton serviteur écoute -


I

L’appel de Samuel,

John Opie (Trevellas, 1761 - Westminster, 1807),

Huile sur toile, 127 x 99,1 cm, date inconnue,

Tabley House, Knutsford (Royaume-Uni)


Lecture du premier livre de Samuel (1 Sam 3, 1-10.19-20)

En ces jours-là, le jeune Samuel assurait le service du Seigneur en présence du prêtre Éli. La parole du Seigneur était rare en ces jours-là, et la vision, peu répandue. Un jour, Éli était couché à sa place habituelle – sa vue avait baissé et il ne pouvait plus bien voir. La lampe de Dieu n’était pas encore éteinte. Samuel était couché dans le temple du Seigneur, où se trouvait l’arche de Dieu. Le Seigneur appela Samuel, qui répondit : « Me voici ! » Il courut vers le prêtre Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Éli répondit : « Je n’ai pas appelé. Retourne te coucher. » L’enfant alla se coucher. De nouveau, le Seigneur appela Samuel. Et Samuel se leva. Il alla auprès d’Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Éli répondit : « Je n’ai pas appelé, mon fils. Retourne te coucher. » Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, et la parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée. De nouveau, le Seigneur appela Samuel. Celui-ci se leva. Il alla auprès d’Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Alors Éli comprit que c’était le Seigneur qui appelait l’enfant, et il lui dit : « Va te recoucher, et s’il t’appelle, tu diras : “Parle, Seigneur, ton serviteur écoute.” » Samuel alla se recoucher à sa place habituelle. Le Seigneur vint, il se tenait là et il appela comme les autres fois : « Samuel ! Samuel ! » Et Samuel répondit : « Parle, ton serviteur écoute. » Samuel grandit. Le Seigneur était avec lui, et il ne laissa aucune de ses paroles sans effet. Tout Israël, depuis Dane jusqu’à Bershéba, reconnut que Samuel était vraiment un prophète du Seigneur.


Méditation

L’histoire est connue ! À combien d’enfants ne fut-elle pas racontée lors des séances de catéchisme ? Pourtant, le risque est de ne la lire que comme un mignon récit enfantin. D’abord, nous ne connaissons pas l’âge de cet enfant. Et il semble bien jeune pour servir au Temple. Et pourtant, malgré sa jeunesse, il va répondre sans ambage à l’appel de Dieu. Et cette absence d’hésitation vient certainement de sa proximité physique avec le Seigneur : ne dort-il pas au pied de l’Arche d’Alliance ? Première leçon pour nous : si nous ne restons pas proche du Seigneur, que ce soit en le priant ou en le recevant dans le Pain du Ciel, comment pourrions-nous entendre sa voix ? Comme on le lit en tant de pages de la Bible, Dieu ne parle que dans le silence. Mais il ne s’agit pas uniquement du silence extérieur — même si ce dernier est essentiel dans un monde où le bruit règne en maître comme s’il le silence était un signe de mort — il s’agit en premier lieu du silence intérieur, ce que les pères grecs appelleront l’hésychasme. Dieu est silence mais c’est aussi fait parole qui ne peut véritablement retentir que dans la paix du coeur.


Quand Samuel entend pour la première fois l’appel de Dieu, son premier geste est de courir. C’est peut-être le propre de toute vocation : ne pas attendre et d’accourir aussitôt (ce mot apparaît à chaque appel du Christ dans l’évangile) à la demande divine. Pas de procrastination spirituelle ! Pas question de reporter au lendemain l’appel d'aujourd'hui ! Le drame de notre vie spirituelle est peut-être d’y appliquer les mêmes principes que ceux qui régissent notre vie quotidienne : pas de précipitation, réfléchissons avant tout, mesurons le pour et le contre, la balance du « bénéfice-risque » comme nous l’entendons au sujet de la pandémie. Non ! L’appel de Dieu n’est pas de l’ordre du calcul ou de la mesure, l’appel de Dieu est même une folie bien incompréhensible aux oreilles de nos contemporains, car, finalement, elle n’est que l’appel de la croix ! Saint Paul nous avait prévenu (1 Co 1, 22-29) :

Alors que les Juifs réclament des signes miraculeux, et que les Grecs recherchent une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes. Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient Juifs ou Grecs, ce Messie, ce Christ, est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ; ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu.

La sagesse de Dieu est folie, comme l’ont vécu ces « fols en Christ » du monde orthodoxe (relisez L’idiot de Dostoyevsky).


Cet enfant accourt à l’appel de Dieu, sans tergiverser. Qui plus est, il accourt sans se décourager, sans barguigner. Qui d’entre-nous ce serait levé trois fois de suite à un appel qui semble illusoire ? C’est peut-être la force de la jeunesse ! Car le vieil Élie, lui, a dû attendre trois fois pour comprendre que ce message venait de Dieu : l’âge ferme autant nos oreilles corporelles que spirituelles.


Samuel retourne se coucher. Mais remarquons bien que l’appel qu’il reçut auparavant ne tient nullement en un message compliqué, à un ordre ou à une prophétie. Dieu l’appelle seulement par son nom. La liturgie de l’ordination reprendra cet appel dans le rite : l’évêque appelant le candidat par son nom. Dieu nous a donné un nom et ce nom est gravé en lui (Is 43, 1) :

Mais maintenant, ainsi parle le Seigneur, lui qui t’a créé, Jacob, et t’a façonné, Israël : Ne crains pas, car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi.

Car notre nom est dans le coeur de Dieu, gravé dans la paume de sa main (Is 49, 15-16) :

Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas. Car je t’ai gravée sur les paumes de mes mains, j’ai toujours tes remparts devant les yeux.

« Samuel, Samuel ! » est la seule chose qu’entendit à trois reprises l’enfant. Et sur le conseil du prêtre Éli, il répondit bien « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ». Imaginez que vous vous entendiez un jour appelé du ciel par votre nom… N’auriez-vous tendance à d’abord poser vos questions à Dieu avant de l’écouter (n’est-ce pas le mauvais chemin que nous prenons souvent dans notre prière…) ? Pourtant, la première chose à faire est de laisser parler notre interlocuteur et de l’écouter, quelles que soient nos innombrables demandes. Mais comment l’écouter, où entendre sa Parole ? Simplement en lisant la Parole qu’il nous a laissée : la Bible. Et par seulement l’évangile, mais toute la Bible, Premier et Nouveau Testament. Comme le disait le Cardinal Newman, par le Christ, c’est toute la Bible qui devient le Testament Nouveau, accompli et mené à son terme.


Enfin, notez que nous ne savons rien de ce que Dieu dît à l’enfant, le texte reste muet. Peut-être tout simplement parce que ce que Dieu nous dit ne concerne que nous-même, que notre relation d’amour entre Lui et moi. C’est le secret du Roi ! Alors 3, 7 : Car le Seigneur Dieu ne fait rien sans en révéler le secret à ses serviteurs les prophètes.