Mercredi, 11e semaine du T.O. — Année impaire

À semer largement, on récolte largement



Le semeur

Edward Burne-Jones (Birmingham, 1833 - Londres, 1898)

Craies de couleur sur papier, 124 x 59 cm, 1896

Collection privée


Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (2 Co 9, 6-11)

Frères, rappelez-vous le proverbe : À semer trop peu, on récolte trop peu ; à semer largement, on récolte largement. Que chacun donne comme il a décidé dans son cœur, sans regret et sans contrainte, car Dieu aime celui qui donne joyeusement. Et Dieu est assez puissant pour vous donner toute grâce en abondance, afin que vous ayez, en toute chose et toujours, tout ce qu’il vous faut, et même que vous ayez en abondance de quoi faire toute sorte de bien. L’Écriture dit en effet de l’homme juste : Il distribue, il donne aux pauvres ; sa justice demeure à jamais. Dieu, qui fournit la semence au semeur et le pain pour la nourriture, vous fournira la graine ; il la multipliera, il donnera la croissance à ce que vous accomplirez dans la justice. Il vous rendra riches en générosité de toute sorte, ce qui suscitera notre action de grâce envers Dieu.


Méditation

Nous sommes dans la suite de l’évangile d’hier : être meilleur pour les autres. Et Jésus vient nous expliquer très simplement comment faire. Faire plus, toujours plus. Certainement pas dans le sens économique dénoncé par Alain Minc voici quelques années. Mais, toujours plus dans l’amour, dans la bonté, dans le service, dans l’abnégation. Il est bon de rappeler le sens exact de ce mot : « Renoncement ou sacrifice consenti pour des motifs de perfection morale et spirituelle » nous dit le dictionnaire de l’Académie française. Je me sacrifie pour les autres. Je sacrifie mon « petit » bonheur, mon « petit » confort, mes « petites » ambitions… Remarquez qu’à chaque fois on se réfère à ce qualificatif de « petit », rappel de notre désir de « coocooning » comme l’on disait voici quelques années : le petit nid douillet… Éh bien non, nous dit Jésus. Sortez ! Sortez de vos petits nids, osez vous lancer tel des oisillons. Osez voir grand ! Osez semer largement, donner avec générosité, sans regret, sans calcul, sans hésitation. Le Père Sevin écrivait dans la Prière des Chevaliers : « Que notre fait ne soit point parade ni littérature, mais loyal ministère et sacrifice coûteux. Tenez nos âmes hautes, tout près de Vous, dans le dédain des marchandages, des calculs et des dévouements à bon marché. Car nous voulons gagner notre paradis non pas en commerçants, mais à la pointe de notre épée, laquelle se termine en croix, et ce n'est pas pour rien. » Notre monde veut toujours être mesuré, pondéré — il a même fini par détourner le sens profond de la vertu de prudence en « principe de précaution » — l’évangile nous invite à un amour dont l’unique mesure est… de ne pas en avoir !