Mercredi, 18ème semaine du T.O. — Année Paire

Béat !



Le Christ et la cananéenne

Mattia Preti (Taverna, 1613 - La Valette, 1699)

Huile sur toile, 85 x 117 cm, vers 1650

Palazzo Abatellis, Palerme (Sicile, Italie)


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 15, 21-28)

En ce temps-là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. » Mais il ne lui répondit pas un mot. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! » Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! » Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.


Méditation

Si vous me permettez... elle lui a cloué le bec ! Mais il faut reconnaître au Christ que n’existe en lui aucune once d’orgueil. Et donc, il le reconnaît ! Il faut dire qu’elle a vraiment fait preuve d’intelligence, cette femme. Elle a pris Jésus sur son terrain : les paraboles.


D’abord, elle est tenace, pour ne pas dire pugnace. Elle harcèle les disciples de ses cris. Ils veulent la renvoyer, mais par prudence, ils demandent l’accord au maître. Et il le donne. En précisant même qu’il circonscrit sa mission au peuple d’Israël, mais certainement pas une fille de Canaan.


Humblement, elle s’approche. Humblement car elle supplie, étymologiquement, elle se jette à genoux. Tenace, mais humble aussi. Elle sait qu’elle n’est rien. Et elle ne demande pas pour elle, mais pour sa fille. Elle s’en remet, comme en dernier recours, à toute extrémité, au Maître qui passe. Fut-elle alors touchée d’abord par la grâce, cette grâce qui lui a permis de répondre si justement au Christ ? En fait, cette grâce, celle de la foi, résidait déjà en elle.


Et voilà que Jésus lui répond par image. Comprenons que le pain symbolise la Parole de Dieu. Elle, païenne, comment pourrait-elle bénéficier de la mansuétude du Christ ? Elle le reconnaît, mais en plus, elle se reconnaît comme une moins que rien, un chemin. Et ce chien, si modeste, voire vulgaire, soit-il est capable de recevoir les miettes sous la table, les miettes de la Parole divine ! J’imagine bien Jésus se dire en lui-même : « Et toc ! Pas bête ma fille. Tu as raison, tu as plus de foi que bien plus ici. Et ce, sûrement parce que tu en as plus besoin, comme petit chien au pied de la table que tous ceux qui sont invités et qui ne se rendent même pas compte de la grâce qui leur est faite... »