Mercredi, 22e semaine du T.O. — année impaire

Que ce soit votre coeur qui crie mon Nom !



Jésus guérissant un démoniaque

Jean-Paul Laurens (Fourquevaux, 1838 - Paris, 1921)

Huile sur toile, 280 x 180 cm, 1869

Église Saint-Amand, Aubigny-au-Bac (France)


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 4, 38-44)

En ce temps-là, Jésus quitta la synagogue de Capharnaüm et entra dans la maison de Simon. Or, la belle-mère de Simon était oppressée par une forte fièvre, et on demanda à Jésus de faire quelque chose pour elle. Il se pencha sur elle, menaça la fièvre, et la fièvre la quitta. À l’instant même, la femme se leva et elle les servait. Au coucher du soleil, tous ceux qui avaient des malades atteints de diverses infirmités les lui amenèrent. Et Jésus, imposant les mains à chacun d’eux, les guérissait. Et même des démons sortaient de beaucoup d’entre eux en criant : « C’est toi le Fils de Dieu ! » Mais Jésus les menaçait et leur interdisait de parler parce qu’ils savaient, eux, que le Christ, c’était lui. Quand il fit jour, Jésus sortit et s’en alla dans un endroit désert. Les foules le cherchaient ; elles arrivèrent jusqu’à lui, et elles le retenaient pour l’empêcher de les quitter. Mais il leur dit : « Aux autres villes aussi, il faut que j’annonce la Bonne Nouvelle du règne de Dieu, car c’est pour cela que j’ai été envoyé. » Et il proclamait l’Évangile dans les synagogues du pays des Juifs.


Méditation

Le démoniaque : Tout seul. Seul et nu. J’en crève. Seul au bord de cette maison, abandonné de tous parce que mes propos sont incohérents, parce que je ne me conforme plus aux règles de la communauté, parce que mes actes les déconcertent. Ils disent que je suis possédé par le démon. Alors ils m’ont exclu, mis au ban. Plus personne ne me regarde, on ne me donne plus rien ni à manger ni même pour me vêtir. Je suis devenu un paria. La malin a bien réussi son œuvre : il m’a séparé des autres, de Dieu et de moi-même. Mais que sont ces cris ? Je vois au loin les foules se rassembler autour de cet homme. J’entends ceux qui courent vers lui dire que c’est un prophète, un thaumaturge. Et ces cris, assourdissants, aigus…ces cris qui ressemblent plus à des grincements qu’à des voix humaines. J’écoute du mieux que je peux, j’essaye de comprendre leurs paroles… « C’es Toi le Fils de Dieu » ! Ce serait donc lui ? Ô Seigneur, viens jusqu’à moi…


Les disciples : Maître, peut-être serait-il temps que tu te reposes un peu après toutes ces guérisons ? Tu dois être épuisé…


Jésus : Oui, je vais aller me reposer, ou plutôt me poser devant mon Père, le prier. Allons-y ! Mais qui est cet homme, nu et pleurant sur cette margelle ? Il a peur, il tremble de toute sa chair. Ce n’est pas que le froid qui le fait frissonner. C’est aussi le Malin qui est venu faire sa demeure de misère en son corps et son âme. Comment le laisser là, recroquevillé sur lui-même, comme un enfant dans le ventre de sa mère. Permettons-lui de renaître à nouveau, de lui rendre une vie plus heureuse et saine. Le soleil se couche et il doit désespérer devant ce froid extérieur, et surtout intérieur.


L’homme guéri : Est-ce lui ? Il approche ses mains de ma tête… Que fait-il ? Ô mon Dieu, je sens une chaleur m’envahir, je sens ma chair reprendre vie. Mon âme paraît s’adoucir, retrouver la lumière. Et ce poids qui m’étreignait disparaît de seconde en seconde. Mes yeux s’ouvrent, la peur fait place à la confiance. Je comprends ce que criaient les autres : Oui, vraiment, c’est lui le Fils de Dieu. Je suis guéri, délivré ! Alléluia ! Seigneur, permets-moi de crier mon amour, ma joie, ma foi !


Jésus : Ô mon ami. Tu ne peux imaginer ma joie de te voir retrouver la vie. Tu semblais perdu et tu redeviens mon fils préféré. Mon Fils était mort et il vit maintenant. J’aimerais tant que mes apôtres t’apportent la plus belle des robes pour te vêtir, te mettent aux pieds les sandales de la liberté et te glisse l’alliance d’amour avec ton Dieu. Mais il me faut partir rencontrer mon Père.


L’homme guéri : Seigneur, permets-moi de baiser ces mains qui m’ont sauvé, de crier ton Nom au monde entier, de te suivre là où tu iras.


Jésus : Non, mon enfant. Mon heure n’est pas encore venue. Les hommes ne sont pas encore prêts à entendre mon Nom sauveur. Je viens d’en faire l’expérience à Nazareth. Seul le démon, aujourd’hui, me connaît et me reconnaît. Un jour, les hommes me connaîtront aussi et mes reconnaîtront en chaque frère guéri et délivré. Pour le moment, retiens ce que disait mon cousin Jean le Baptiste : « Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. »


L’homme guéri : Que dois-je faire, alors, Maître ?


Jésus : Comme moi, va dans le silence prier ton Dieu. Ce silence qui était de mort auparavant, va devenir un silence d’amour et de vie désormais. Laisse le Père t’habiter par notre Esprit. Seul celui qui prie a compris. Sois un simple témoignage pour tes frères. Ne crie pas mon Nom, pas encore. Sois simplement un reflet de ma présence. Que ceux qui te voient aujourd’hui guérit rendre gloire à Dieu pour un jour pouvoir prononcer le Nom qui sauve. Et, toi aussi, un jour, tu imposeras les mains sur tes frères souffrants. Et ce ne seront pas vraiment tes mains. Ce seront les miennes. Je t’emprunterai tes mains pour donner mon Esprit aux hommes. Garde ta nudité intérieure et c’est moi qui te revêtirai comme un homme nouveau. N’aie plus peur que d’une chose : de te laisser reprendre par le Malin. Et surtout, rends l’espérance aux hommes. Pas simplement l’espoir de lendemains qui chantent, mais l’espérance d’être sauvés et l’espérance d’être un jour diviniser par Dieu. Mais surtout, toi qui fus au ban de la communauté, toi qui fus habitué à ne plus être regardé, toi qui fus seul… Sache que tu es au coeur de mon Père et du mien. Sache que je te regarde avec amour. Sache que tu n’es plus seul, car tu seras toujours avec le Seul. Pour cela, ne crie pas encore mon Nom, ne pars pas encore sur les routes comme mes apôtres. Aujourd’hui, retire-toi seulement avec le Seul pour lui rendre grâce et le laisser doucement remplir de ta présence comme mes mains t’ont rempli de l’Esprit.


Maintenant, je pars annoncer aux autres villes la Parole. Je ne t’abandonne pas.


L’homme guéri : Je le sais, Seigneur. Je l’ai compris. À chaque fois que je serai seul et que je te prierai, tu seras à mes côtés. Et c’est mon coeur qui criera et priera dans le silence de la nuit : « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur, aie pitié de moi, pécheur ».