Mercredi, 24ème semaine du T.O. — Année Paire

Ça ne va jamais !



Danse à la flûte

Robert Frederick Blum (Cincinnati, 1857 - New-York, 1903)

Huile sur toile, 61 x 26 cm, 1881

Collection privée

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 7, 31-35)

En ce temps-là, Jésus disait à la foule : « À qui donc vais-je comparer les gens de cette génération ? À qui ressemblent-ils ? Ils ressemblent à des gamins assis sur la place, qui s’interpellent en disant : “Nous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé. Nous avons chanté des lamentations, et vous n’avez pas pleuré.” Jean le Baptiste est venu, en effet ; il ne mange pas de pain, il ne boit pas de vin, et vous dites : “C’est un possédé !” Le Fils de l’homme est venu ; il mange et il boit, et vous dites : “Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs.” Mais, par tous ses enfants, la sagesse de Dieu a été reconnue juste. »


Méditation

J’ai toujours estimé que cet évangile était d’une criante réalité. Et je le résume par cet apophtegme : ça ne va jamais jamais, vous n’êtes jamais contents !


Ainsi, j’ai remarqué que c’était souvent le cas dans les communautés ecclésiales. Si le prêtre est en soutane, certains diront : « Enfin ! Un prêtre qui n’a pas peur de se montrer. » D’autres répliqueront : « Encore un qui va faire fuir les jeunes ! » Si ce même prêtre se met en civil avec une croix le lendemain, certains récrimineront : « Voilà qu’il se croit comme tout le monde maintenant ! » Tandis que d’autres s’exclameront : « Ainsi, il est plus proche de nous ». Bref, ça ne va jamais. Bien sûr, il est difficile de plaire à tout le monde, et encore moins de faire l’unité… sauf si l’on se met tout le monde à dos ! Mais, hormis ce petit « ramage » comme disent les wallons, cette histoire nous prouve bien que notre regard est mal ajusté.


Mal ajusté si nous sommes plus attentifs à ce qui paraît, plus qu’à ce qui est. « L’essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu’avec le coeur » disait le renard au petit prince.


Mal ajusté si, obnubilé par l’apparence, nous oublions ce qu’elle cache. Ils râlent parce que Jean-Baptiste jeûne et demeure abstème. Mais ils n’écoutent pas son message et ne prennent pas conscience de ce qu’il annonce. Ils s’agacent parce que Jésus mange et boit avec les pécheurs. Mais ils n’entendent rien à l’annonce de la Bonne Nouvelle et ne comprennent rien au sens de la miséricorde.


Certains s’agaceront ainsi de la tenue du prêtre, de sa chasuble mal repassée et du coup n’écouteront pas un mot de l’homélie. Jamais contents ! Rassurez-vous, personne n’est exempt de ce travers. Tous nous récriminons contre telle ou telle chose et oublions de voir l’essentiel. Ce n’est pas grave, c’est humain. Ça devient grave si nous ne parvenons pas à dépasser ces détails, si nous restons accrochés bêtement à ça. Car alors se crée dans notre coeur la division. Division qui nous empêche de créer l’unité et de voir l’essentiel.


En fait, Nietzsche avait raison : le Diable est dans les détails !