Mercredi, 32e semaine du T.O. — année impaire

Il fondra sur vous, terrifiant et rapide -



La Mort,

Atelier de l’Abbaye de Bellozane,

Groupe sculpté en chêne, XVIIIe siècle, H : 150 cm,

Église Saint-Martin, Brémontier-Merval (France)


Lecture du livre de la Sagesse (Sg 6, 1-11)

Ecoutez, ô rois, et comprenez ; instruisez-vous, juges de toute la terre. Soyez attentifs, vous qui dominez les foules, qui vous vantez de la multitude de vos peuples. Car la domination vous a été donnée par le Seigneur, et le pouvoir, par le Très-Haut, lui qui examinera votre conduite et scrutera vos intentions. En effet, vous êtes les ministres de sa royauté ; si donc vous n’avez pas rendu la justice avec droiture, ni observé la Loi, ni vécu selon les intentions de Dieu, il fondra sur vous, terrifiant et rapide, car un jugement implacable s’exerce sur les grands ; au petit, par pitié, on pardonne, mais les puissants seront jugés avec puissance. Le Maître de l’univers ne reculera devant personne, la grandeur ne lui en impose pas ; car les petits comme les grands, c’est lui qui les a faits : il prend soin de tous pareillement. Les puissants seront soumis à une enquête rigoureuse. C’est donc pour vous, souverains, que je parle, afin que vous appreniez la sagesse et que vous évitiez la chute, car ceux qui observent saintement les lois saintes seront reconnus saints, et ceux qui s’en instruisent y trouveront leur défense. Recherchez mes paroles, désirez-les ; elles feront votre éducation.


Méditation

Impressionnante cette « grande faucheuse » qui fait partie d’un ensemble de quatre groupes sculptés : le Ciel, la Mort, la Résurrection et la Religion. Peut-être que réunies ces sculptures formaient une représentation du Jugement dernier. La mort est représentée comme un squelette couronné de lauriers, la faux à la main, rien ne lui résiste : ni le pouvoir représenté par un roi couronné étendu à ses pieds, ni la puissance de l'argent représenté par un sac de pièces d'or. Elle renverse également la tiare du pape, le casque et l'épée du soldat, le livre de l'érudit. Oui, rien ne saurait lui résister. Comme le disait Victor Hugo : « Devant l’amour, devant la mort, tous les hommes sont égaux ! » et « Les hommes ne sont égaux que dans les douleurs de la naissance et de la mort » écrivait Édouard Bricon (Méditations et caractères, 1871-1872). Et cette mort dont parle le livre de la Sagesse peut fondre sur nous, terrifiante, rapide et implacable. Il est juste et bon de nous le rappeler, nous qui ne pensons plus à la mort, ne nous y préparons même pas, et faisons tout pour l’évacuer de notre champ de vision. Jusqu’au jour où il sera… trop tard ! Je vous remets cette petite affiche protestante que j’avais vu un jour dans une vitrine à Genève :



N’est-ce pas ce que nous prédit la lecture ? « En effet, vous êtes les ministres de sa royauté ; si donc vous n’avez pas rendu la justice avec droiture, ni observé la Loi, ni vécu selon les intentions de Dieu, il fondra sur vous, terrifiant et rapide, car un jugement implacable s’exerce sur les grands. » Ne nous y trompons pas… nous sommes tous des grands, nous sommes tous ministres de sa royauté. Ça s’appelle le sacerdoce commun des fidèles reçu de notre baptême. Tous, nous sommes des Christs de par notre onction. Et donc nous tous, au premier chef comme chrétiens, nous devons rendre la justice avec droiture. Et si nous n’avons pas les pouvoirs de la rendre, nous devrions au moins avoir la volonté de vivre dans la justice et d’être des justes parmi nos frères, et pour nos frères. Ainsi, à chaque fois que notre regard est injuste, notre pensée pervertie, la mort fond sur nous. Mais à chaque fois que nous les enseignons, que nous prions pour eux, et que nous discernons en eux la trace de Dieu, alors, la faucheuse s’éloigne, ou du moins son pouvoir n’est que partiel, car elle aura beau nous faucher, elle ne pourra jamais nous fermer la porte du Royaume.


Car l’Esprit nous donne, jour après jour, la clé du Royaume. Il y a quelques jours, je voyais à la télévision comment fonctionnait une imprimante 3D. C’est assez surprenant de voir s’édifier couche après couche l’objet à réaliser. Je me suis alors dit que l’Esprit faisait la même chose en nous. Couche après couche, à chaque fois que nous vivons selon les intentions de Dieu, il imprime en nous la clé du Royaume. Où est donc le modèle pour imprimer cette clé, me direz-vous ? Tout simplement dans la prière, dans la méditation des Écritures et dans la fréquentation des sacrements. Les Écritures nous donnent le plan, la prière donne l’énergie et les sacrements mettent en route l’imprimante ! Alors, ne tardez pas !