Mercredi, 3e semaine de Carême

Pas un iota -



Moïse brisant les Tables de la Loi,

Rembrandt Harmenszoon van Rijn (Leyde, 1606 - Amsterdam, 1669),

Huile sur toile, 168,5 x 136,5 cm, 1659,

Gemäldegalerie, Berlin (Allemagne)


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 5, 17-19)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux. »


Méditation

Mon oncle Wiki et ma tante Pédia m’ont expliqué une des nombreuses hérésies qui ont courues dans l’histoire de l’Église : « Le marcionisme est un courant de pensée théologique dans l'Église primitive, et une croyance dualiste issue du gnosticisme suivant laquelle l’évangile du Christ est un évangile de pur Amour, ce qui n'est pas le cas de la Loi ancienne de Moise et du peuple d’Israël. En conséquence, l’Ancien Testament est rejeté. » La première question que je me pose est de me demander si cette hérésie a été totalement éradiquée ? Car, hormis lors de la première lecture de la liturgie, on n’en entend jamais parlé. À part quelques textes clés, pas un mot dans les divers catéchismes. Quant aux homélies... Alors, aurions-nous rejeté l’Ancien (je préfère dire le Premier) Testament ? Ou, si ce n’est totalement le cas, aurons-nous fait une sélection des « meilleurs morceaux » ?!


Honnêtement, je crois qu’on peut s’interroger. Notre foi, déjà très christocentrique (qui en oublie parfois le Père et l’Esprit) est aussi très « paulino-évangélique » si vous me permettez ce néologisme. Hors des évangiles et de saint Paul, point de salut ! Je force le trait, bien sûr. Le trait ? Oui, le plus petit de tous, le iota. Et c’est bien à ce que dit Jésus que je veux en venir. Jésus n’était pas un adepte de Marcion (qui est né en 85 et mort en 160, donc difficile !). Il ne dit pas qu’il faut s’en tenir à sa parole et bazarder le reste. Non, car tout ce qu’il dit, tout ce qu’il fait, tout ce qu’il est trouve un écho dans le Premier Testament, comme la farine est déjà présente dans le grain non moulu. Jeter le grain, c’est se priver de farine. Jeter le Premier Testament, abolir la Loi et les Prophètes, c’est ne plus rien comprendre, en profondeur, à ce que dit Jésus, mais le réduire à un gentil Gandhi moralisateur. Voilà encore un risque qui court...


Saint Jérôme redira tout cela en une formule lapidaire : « Ignorer les Écritures (c’est-à-dire le Premier Testament), c’est ignorer le Christ ».