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Mercredi Saint

Juda, qui es-tu ? -


Au fil de la Parole de Dieu :


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 26, 14-25)

En ce temps-là, l’un des Douze, nommé Judas Iscariote, se rendit chez les grands prêtres et leur dit : « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? » Ils lui remirent trente pièces d’argent. Et depuis, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer. Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples s’approchèrent et dirent à Jésus : « Où veux-tu que nous te fassions les préparatifs pour manger la Pâque ? » Il leur dit : « Allez à la ville, chez untel, et dites-lui : “Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.” » Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque. Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze. Pendant le repas, il déclara : « Amen, je vous le dis : l’un de vous va me livrer. » Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, chacun son tour : « Serait-ce moi, Seigneur ? » Prenant la parole, il dit : « Celui qui s’est servi au plat en même temps que moi, celui-là va me livrer. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! » Judas, celui qui le livrait, prit la parole : « Rabbi, serait-ce moi ? » Jésus lui répond : « C’est toi-même qui l’as dit ! »




La trahison de Juda

Lippo Memmi (Sienne, vers 1285 - Sienne, vers 1361)

Détail de la baie des scènes de la vie du Christ

Fresque a tempera, hauteur totale de la baie : 800 cm, vers 1340

Collégiale Santa Maria Assunta, San Gimignano (Italie)

L’artiste

Peintre italien. Il est le fils de Memmo di Filippuccio, le frère de Tederigho (aussi nommé Federigo) Memmi et, après 1324, le beau-frère de Simone et Donato Martini, tous peintres. Il est connu par des œuvres signées, des références documentaires et des sources secondaires.


En 1317, il a signé et daté une fresque : Vierge et Enfant Intronisé avec des Saints (Maestà) dans le Palazzo del Popolo de San Gimignano. Commandée par le podestà, Nello di Mino de' Tolomei de Sienne, l’œuvre est une adaptation de la fresque de la Maestà de Simone Martini dans la Sala del Mappamondo du Palazzo Pubblico de Sienne. Un diptyque de la Vierge à l’Enfant et de saint Jean-Baptiste, originaire de Pise (Staatliche Museen, Berlin et collection privée), est signé et daté de 1333. La même année, Lippo et Simone Martini signent et datent le retable de l’Annonciation (Florence, Offices), auparavant sur l’autel de Saint-Ansanus dans la cathédrale de Sienne. La participation de Lippo dans ce travail est contestée par des chercheurs.


Une fresque fragmentaire de la Vierge et de l’Enfant intronisé avec saints Pierre et Paul et deux anges (Pinacoteca Nazionale, Sienne) du cloître de San Domenico à Sienne, portait une signature et, peut-être, une date partielle de MCCCL... A Santa Maria dei Servi de Sienne, on voit une Vierge et Enfant signée mais non datée. Une Vierge et l’Enfant (Lindenau-Museum, Altenburg) porte ce qui est apparemment une inscription originale (LIPPUS MEMMI DE SENIS ME PINXIT). Une Madone de la Miséricorde dans la cathédrale d’Orvieto est signée LIPPUS DE SENA, mais il y a beaucoup de désaccord sur l’identification de cet artiste avec Lippo Memmi.


Il n’était pas un innovateur, pourtant la haute qualité de son travail fait que l’on hésite souvent dans les attributions entre lui et Simone Martini. Comme ce dernier, Memmi travaillait aussi à la cour papale d’Avignon.


Ce que je vois

Nous sommes à l’intérieur de ce que l’on pourrait prendre pour un petit oratoire de style gothique. Il est étroit et de plafond bas. Au fond, derrière le groupe des personnages, on aperçoit une sorte de niche, et deux fenêtres géminées gothiques avec en partie haute un quadrilobe en écoinçon.


Dans ce petit espace, un groupe très resserré négocie. À droite, Juda. Vêtu d’une tunique verte couverte sur l’épaule d’un manteau rose qui paraît à deux doigts de s’affaisser, notre traître cache sa main gauche sous le manteau : « que ta main droite ignore ce que fait ta main gauche » disait Jésus (Mt 6, 3). Mais le Seigneur parlait de l’aumône. Ici sa main droite se cache du mal fait par la main gauche ; il ne demande pas l’aumône, il vend son Maître et frère. Son regard est avidement porté sur sa main gauche qui reçoit les pièces mises une à une par l’homme en face de lui. On pourrait presque lire dans ses yeux : encore une ! Ses pieds, chaussés de sandales, semblent chercher une assise devant le Mal qui prend forme et qui va ébranler le monde.


À ses côtés, on ne peut manquer le grand-prêtre. Vêtu d’une riche robe rouge et d’un manteau bleu brodé d’un orfroi et fermé par une fibule d’or, il jette un regard douteux sur Juda. Il est vieux, ou du moins le paraît avec sa barbe et ses cheveux blancs. Mais ce n’était pas non plus une fonction réservée aux jeunots ! Ses deux mains paraissent prêtes à se rejoindre comme en signe d'assentiment du contrat passé. Même s’il ne semble pas avoir grande estime pour le traître, il va bien lui servir. L’oeil est attiré par cette fibule en forme de broche ronde, encore plus mise en valeur par les deux pans de barbe qui s’écartent. Dorée, elle porte des pierres précieuses. Est-ce un rappel de l’éphod, cette plaque carrée avec douze pierres précieuses, une pour chaque tribu d’Israël ?


À la droite du grand-prêtre et face à Juda, un autre prêtre. Est-ce « l’économe » du Temple ? De la main gauche, il tient la bourse (la « bougette » disait-on au Moyen-âge — ce qui a donné le mot budget en anglais : ils nous piquent tout !) de sa main gauche et égrène les pièces dans la main de Juda. Il porte une robe verte et le peintre lui a donné un caractère bien juif avec son nez busqué…


Derrière eux, tout un groupe d’hommes adultes, au teint basané, et aux regards durs et méchants. Comment ne pas penser au Psaume 21 que Jésus introduira sur la croix : verset 13 « Des fauves nombreux me cernent, des taureaux de Basan m’encerclent » et verset 17 « Oui, des chiens me cernent, une bande de vauriens m’entoure. » Ils sont déjà prêts ces chiens, ces vauriens… L’homme le plus à gauche attire l’oeil. Il est de profil (ce qui n’est jamais un signe de gloire à cette époque…) Il porte une sorte de sarrau rose, qui rappelle le manteau de Juda, sur une tunique jaune. N’oubliez pas que le jaune a toujours été associé à la traitrise, mais aussi aux Juifs (bien avant l’étoile jaune des nazis, Louis IX avait demandé aux Juifs de porter la rouelle jaune). Lui aussi semble prêt à mordre…


Cette fresque transpire la cupidité et la méchanceté, mais les deux vont souvent de pair !


Commentaire

À la veille du Jeudi Saint, l’évangéliste précise le contexte de la trahison. Juda, pourtant appelé dès le début par le Christ pour être de ses apôtres, vient à le trahir. Et pour seulement trente pièces d’argent, ce qui n’est pas une fortune. Comment ne pas penser, malgré tout, à la réminiscence biblique de la trahison comme celle de la vente de Joseph par ses frères (Gn 37, 23-28) :

Dès que Joseph eut rejoint ses frères, ils le dépouillèrent de sa tunique, la tunique de grand prix qu’il portait, ils se saisirent de lui et le jetèrent dans la citerne, qui était vide et sans eau. Ils s’assirent ensuite pour manger. En levant les yeux, ils virent une caravane d’Ismaélites qui venait de Galaad. Leurs chameaux étaient chargés d’aromates, de baume et de myrrhe qu’ils allaient livrer en Égypte. Alors Juda dit à ses frères : « Quel profit aurions-nous à tuer notre frère et à dissimuler sa mort ? Vendons-le plutôt aux Ismaélites et ne portons pas la main sur lui, car il est notre frère, notre propre chair. » Ses frères l’écoutèrent. Des marchands madianites qui passaient par là retirèrent Joseph de la citerne, ils le vendirent pour vingt pièces d’argent aux Ismaélites, et ceux-ci l’emmenèrent en Égypte.

Ou encore cette prophétie de Zacharie (Za 11, 12-13) :

Je leur dis alors : « Si cela vous semble bon, donnez-moi mon salaire, sinon n’en faites rien. » Ils pesèrent mon salaire : trente pièces d’argent. Le Seigneur me dit : « Jette-le au fondeur, ce joli prix auquel ils m’ont apprécié ! » Alors je ramassai les trente pièces d’argent et je les jetai au fondeur dans la Maison du Seigneur.

Juda incarnerait-il cette figure du juif incrédule et perfide ? Celui qui n’arrivera jamais à convertir totalement son coeur, trop attiré par l’argent ou la gloire ? Peut-être, mais cela ne pose pas moins un certain nombre de questions… Par exemple, comment Jésus a-t-il pu le choisir ? Il est Fils de Dieu et devait bien savoir que celui-ci le trahirait. N’y voyez pas une aberration de la part de Jésus. Non, plutôt un sens de la miséricorde exacerbé, une profonde foi en la conversion, une grande confiance en l’homme même si Jésus sait ce qu’il y a dans nos coeurs. Pour le Christ, rien n’est jamais définitif, et même le pire des criminels est capable de conversion. Ne devrions-nous pas en prendre de la graine, nous qui condamnons si rapidement et qui n’avons plus grande confiance en la rédemption… ? Juda aurait-il pu entendre de la bouche du disciple bien-aimé ce qu’il écrira quelques années plus tard (1 Jn 3, 20) : « car si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses » ?


En fait, le péché de Juda n’est pas en premier lieu d’avoir trahi le Christ (certains iront même jusqu’à dire que ce ne peut être un péché puisque c’est par cette trahison que le Salut est entré dans le monde sur la Croix). À mon avis, son plus grand péché est de ne pas avoir cru que Jésus puisse le pardonner, et donc de se pendre par détresse. Croire que nous sommes indignes de la grâce à cause de notre péché est certainement le plus grand des péchés, celui qui est impardonnable… Mc 3, 28-30 :

Amen, je vous le dis : Tout sera pardonné aux enfants des hommes : leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés. Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il n’aura jamais de pardon. Il est coupable d’un péché pour toujours. » Jésus parla ainsi parce qu’ils avaient dit : « Il est possédé par un esprit impur. »

Est-ce simplement de « blasphémer » contre l’Esprit ? Ne faut-il pas le comprendre autrement ? Mes propos risquent d’être contestés par de vrais théologiens (ce que je ne prétends pas être) mais je me dois de vous expliquer ce que j’en perçois. Pour moi, l’Esprit est celui qui transmet le pardon qui vient du Christ. Il est l’instrument de la Rédemption. Ainsi, lorsque le prêtre donne l’absolution, n’étend-il pas la main sur la tête du pénitent ? N’est-ce pas là une imposition des mains, signe du don de l’Esprit ? Ainsi, le plus grand des péchés est de croire que l’Esprit de pardon ne peut nous être accordé, que nous n’en sommes pas dignes. Celui-là, par principe, ne peut être pardonné puisqu'il a en germe le refus volontaire du pardon. J’ai déjà donné cette page de Dostoïevski dans Crime et châtiment, mais comment m’empêcher de vous la rendre !

Avoir pitié de moi ! Pourquoi avoir pitié de moi ! hurla tout à coup Marméladov, se levant, le bras tendu devant lui, plein d’inspiration et d’audace, comme s’il n’avait attendu que ces mots. Pourquoi avoir pitié de moi, dis-tu ? Oui ! On n’a pas à avoir pitié de moi. On doit me crucifier, me clouer sur une croix et non pas avoir pitié de moi. Mais crucifie-le, juge, crucifie-le, et quand tu auras crucifié, aie pitié de lui ! Et alors je me rendrai moi-même chez toi pour être crucifié car ce n’est pas de joie dont j’ai soif mais de douleur et de larmes !… Penses-tu marchand, que ta bouteille m’a été douce ? C’est la douleur, la douleur que j’ai cherchée au fond de cette bouteille, la douleur et les larmes. J’y ai goûté et j’ai compris. Et celui-là aura pitié de moi. Qui eut pitié de tous et Qui comprenait tout et tous. Il est Unique. Il est le Juge. Il viendra ce jour-là et demandera : « Où est la fille qui s’est vendue pour sa marâtre méchante et phtisique, pour les enfants d’une autre ? Où est la fille qui eût pitié de son père terrestre, ivrogne inutile, sans s’épouvanter de sa bestialité ? ». Et il dira « Viens ! Je t’ai déjà pardonné une fois… pardonné une fois… il t’est beaucoup pardonné maintenant encore car tu as beaucoup aimé… ». Et il pardonnera à ma Sonia, Il lui pardonnera, je le sais déjà qu’Il lui pardonnera. Je l’ai senti dans mon cœur, tout à l’heure quand j’étais chez elle… Et Il les jugera tous et pardonnera à tous, aux bons et aux méchants, aux sages et aux paisibles… Et quand Il aura fini avec tous, alors Il élèvera la voix et s’adressera à nous : « Venez vous aussi ! dira-t-Il. Venez petits ivrognes faiblards, venez petits honteux ! » Et nous viendrons tous, sans crainte. Alors, diront les très-sages, diront les raisonnables : « Seigneur ! Pourquoi acceptes-tu ceux-ci ? ». Et Il dira : « Je les accepte, très-sages, je les accepte, âmes raisonnables, car aucun de ceux-ci ne s’est jamais considéré digne de cela… ». Et il tendra ses mains vers nous et nous les baiserons… et nous pleurerons… et nous comprendrons tout ! Alors, nous comprendrons tout !… et tous comprendront… et Katerina Ivanovna… elle aussi comprendra… Seigneur, que Ton Règne arrive !

« Je les accepte, très-sages, je les accepte, âmes raisonnables, car aucun de ceux-ci ne s’est jamais considéré digne de cela… » Voilà ce qu’aurait dû entendre Juda pour éviter le geste fatal. Car aucun de nous n’est dignes, mais tous nous entendrons le Christ nous pardonner. La question restera : est-ce que je serai assez humble pour accepter ce pardon ? Ou serai-je trop orgueilleux, un orgueil qui va jusqu’à croire que moi seul suis indigne du pardon ? Tertullien écrivait dans le Traité de la pudeur :

Dieu aime à pardonner. Il faut donc que les enfants de Dieu soient, eux aussi, pacifiques et miséricordieux , qu'ils se pardonnent réciproquement comme le Christ nous a pardonnés et nous ne jugions pas de peur d'être jugés.

Le Pape Calixte 1er (mort en 222), ancien esclave, à la suite de Tertullien, déclara solennellement qu’aucun péché n’était exclu du pardon (j’ai déjà évoqué le livre de Gilbert Sinoué sur ce pape : La pourpre et l’olivier).


La deuxième question (il y en a d’autres mais je dois me limiter !) serait d’imaginer ce qu'aurait été le salut si Juda n’avait pas trahi. Sans partir dans de trop longues discussions, il me semble en premier lieu que les grands-prêtres étaient assez malins (dans les deux sens du terme) pour trouver une autre solution afin d’arrêter et condamner Jésus. On peut leur faire confiance ! Si vous avez le temps, je vous invite à lire ce très intéressant article d’un psychanalyste, Pedro Valente ( https://www.cairn.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2008-4-page-955.htm) dont voici le résumé :

Le traître nécessaire ? Judas l’Iscariote
Dès l’origine du christianisme, exégètes et théologiens n’ont cessé de s’intéresser à Judas : le dernier des disciples a trahi son maître et l’a mené vers la mort, d’où l’horreur qu’il a généralement inspirée. Posée à partir de son rôle pendant la Passion, la question du destin théologique et philosophique de sa trahison concerne la manière dont Dieu a, selon la doctrine chrétienne, réalisé son plan de salut et celle dont Jésus lui-même a vécu sa Pâque. Le problème de la responsabilité de Judas l’Iscariote sera ainsi l’un des fondements d’une pensée radicalement nouvelle du mal, de la liberté et de la mort – en particulier le suicide –, notamment lors de la formidable réconciliation opérée par la scolastique médiévale entre l’héritage des Pères de l’Église et celui d’Aristote.

En conclusion, que retenir de cet évangile ? Simplement :

  • Que tout péché sera pardonné, à condition que nous fassions humblement preuve de repentir, et de foi en l'amour de Dieu.

  • Car Dieu nous aime, et comme nous le disions hier avec Isaïe, nous avons du prix à ses yeux.

  • Et que toute conversion est possible, même à la dernière minute (pensez à l’histoire de Jacques Fesch).

  • Et comme disait Bernadette de Lourdes : « il suffit d’y croire ! »


Au fil de mes pensées


« La haine qu'on se porte à soi-même est probablement celle entre toutes pour laquelle il n'est pas de pardon. » disait Georges Bernanos (Monsieur Ouine)…


La grande mystique Catherine de Sienne fait parler ainsi le Christ (Sainte Catherine de Sienne, 1347-1380 : Dialogues, chapitre XXXVII) :

« Voilà le péché impardonnable dans ce monde et dans l’autre. C’est celui de l’homme, qui, en méprisant ma miséricorde, n’a pas voulu être pardonné. C’est pourquoi je le tiens pour le plus grave, et c’est pourquoi le désespoir de Judas m’attrista plus (…) que sa trahison. Aussi, les hommes seront-ils condamnés pour ce faux jugement qui leur fit croire que leur péché était plus grand que ma miséricorde »

Voilà peut-être une question d’une criante actualité… René Girard disait que « l’homme n’a jamais eu une telle acuité du péché. Par contre, il a perdu le sens de la Rédemption… » Regardez notre monde. Regardez pendant une heure BFM, et vous verrez que c’est très juste. Chaque jour, on dénonce telle dérive, tel abus, tel secret, etc. Il faut dire que la mode est à la transparence, à condition que ce soit chez les autres bien sûr. Moi j'ai droit à mon « privacy » ! Une société qui est bien plus moraliste (ou moralisante) que n'a pu l’être le siècle de la reine Victoria, et celui de la IIIe République bien-pensante (déjà au Second Empire). Aujourd’hui, les censeurs sont à tous les coins de rue. Encore plus virulents s’ils défendent le féminisme, ou les minorités de tout genre. Sans parler de leur statut de ministre, ou philosophe à la mode ou écrivain en souffrance. Ce sont les premiers à montrer les autres du doigt pour dénoncer les méfaits des autres. Evidemment, les média s’engouffrent dans la curée et jettent en pâture la pauvre personne : aux orties la présomption d’innocence ! Heureusement, tous ces censeurs doivent être des gens biens, des Bayard « sans peur et sans reproche » puisqu’ils peuvent jeter l’opprobre sur les autres. Bref, un monde de saints qui contient des ignobles salauds. Rassurez-vous, je sais que je dois être dans la seconde catégorie !


Bien sûr, il y a des salauds et des ordures. Qui pourrait prétendre le contraire ? Cependant, j’ai deux questions. La première est de me demander comment on devient un salaud ! Surprenant que dans un monde qui se veut pur et propre on laisse couler tant d’eau sale… Si l’on coupait le robinet de la tentation, les tentés seraient moins nombreux ! Rappelez-vous ce que disait avec humour Oscar Wilde : « Je résiste à tout, sauf à la tentation ! » Comment s’attaquer à la violence des jeunes quand la moindre série télé n'est qu’un torrent d’hémoglobine ? Essayez de trouver un jeu qui ne soit pas un jeu de guerre, de meurtre ou de destruction. Bon courage !


Deuxième question. Comme le disait René Girard, aurions-nous perdu le sens de la Rédemption ? J’ai bien peur de devoir répondre oui. Nos contemporains ne croient plus au rachat, à la conversion. Comme si le Mal était inscrit dans les gènes de certains et ne pouvaient en être extraits : pas de vaccin pour eux ! Ils sont définitivement condamnés. Ne serions-nous pas dans une sorte de dictature des esprits ? Je ne suis pas un grand amateur du pseudo-philosophe Michel Onfray, mais je dois reconnaître que je fus assez troublé par son analyse des écrits de George Orwell dans son ouvrage « Théorie de la dictature ». Effectivement, j’ai parfois l’impression que nous sommes dans une sorte de dictature de la pensée, dictature larvée, discrète mais ô combien puissante qui en arrive même à réduire la liberté d’expression sous couvert du respect des libertés ! Voici ce que j’en lis sur internet :


Invité de Laurent Ruquier, sur le plateau de l’émission « On est en direct », samedi 6 mars, Michel Onfray est venu présenter son dernier ouvrage, La nef des fous, dans lequel il recense « chaque délire dont notre temps est capable ». Convaincu que notre société actuelle est en « décadence », le philosophe a dénoncé une « tyrannie des minorités » à ses yeux dangereuse. Prenant en exemple le discours de la comédienne Aïssa Maïga, qui s’était émue, à l’occasion des Césars 2020, de la sous-représentation des minorités ethniques dans le cinéma français, Michel Onfray a rétorqué : « Moi, je n’ai jamais affaire à des femmes, des blancs, des musulmans, des juifs… J’ai affaire à des êtres humains.» Et d’ajouter : « C’est la fin de l’universalisme, c’est terrible. On ne peut pas faire une communauté si chacun revendique sa subjectivité, sa couleur de peau, sa religion, on n’arrive pas à ‘faire République’ ». Se considérant « de gauche, socialiste libertaire », le philosophe condamne une société en quête d’un « catéchisme progressiste » imposé aux gens « sur l’identité, sur le changement climatique », sous peine d’être assimilé « à un fasciste ». « Le débat n’est plus possible, on se fait insulter. La dictature de l’émotion, c’est le refus de la raison », a-t-il martelé tout en déplorant être victime d’une censure de la part de certaines chaines de télévision.


Bien sûr, il force le trait, mais ça vaut le coup d’y réfléchir afin d’éviter un jour le retour des dictatures dont la plus grave est celle de la pensée !


Il est toujours bon d’en revenir aux fondamentaux, et ceux de l’Église entre autre, avec ces deux citations :

  • Le Pape Benoît XVI nous a souvent fait remarquer que le Seigneur « ne demande pas d'explications et n'exige aucune excuse, le Seigneur condamne le péché, non le pécheur ».

  • Et le Pape François disait récemment : « Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour punir les pécheurs et supprimer les méchants, mais pour les inviter à la conversion à la vue des signes de la bonté divine ».

  • Et enfin le Pape Calixte 1er : « L’Eglise est une maison de miséricorde ouverte aux pécheurs, qui peut offrir à tous la possibilité de la réconciliation après le péché ».


Au fil de la liturgie


À la veille du Triduum, je voudrais dire un petit mot sur ces trois jours dans leur dimension liturgique.

  1. Lumière : Le jeudi, fête de l’eucharistie et du sacerdoce. Nous allons décorer nos églises, les mettre en lumière. Peut-être serait-il bon de savoir « jouer » sur cette lumière dans la célébration. Pénombre au début pour rappeler le repas du soir. Puis lumière au moment de l’eucharistie, et enfin ténèbres pour la veille devant le Corps du Seigneur. Vraie pénombre le vendredi saint. Et lumière croissante la nuit du samedi. Je fus toujours marqué par l'entrée du Cierge pascal dans la basilique Saint-Pierre de Rome : une si petite flamme peut faire briller toute la basilique ! Comme le Christ !

  2. Autel : Je me suis toujours demandé s’il fallait dresser une table au centre de l’église qui ignore du coup l’autel habituel ou mettre plutôt en valeur celui-ci. Car cet autel est celui de la dernière Cène. Le lendemain il deviendra l’autel de la croix puis le tombeau, et la nuit du samedi l’autel de la résurrection. L’utiliser pour chacun des jours me semble significatif.

  3. Reposoir : Il en va de même pour le reposoir. Où peut bien être le « mont des Oliviers » dans nos églises. Il m’est arrivé d’utiliser la chaire, souvent inexploitée pour y faire le reposoir. La Parole ne s’est-elle pas incarnée en Jésus ? Ce sera à ce même reposoir que sera exposé la Croix du Vendredi et le Cierge Pascal du samedi. Le mont des Oliviers devient Golgotha puis tombeau vide où jaillit la lumière de la résurrection.

  4. Croix : Il y a peut-être bien de trop de croix dans nos églises ! Alors, qu’une seule, grande, digne et belle devrait suffire ! Et permet ainsi de la recouvrir le vendredi saint et de la découvrir lors de la célébration de la Croix. S’il y en a 36, le geste perd son sens. Cette même croix qui, après l’adoration, peut être déposée là où était le reposoir et recouverte d’un linceul blanc. Les enfants peuvent apporter cinq oeillets rouges pour rappeler les cinq plaies.

  5. Communion : J’aimais, dans le rite ambrosien, le choix de ne pas célébrer la messe les vendredis de carême pour rappeler la mort du Christ. Et aussi, la non-distribution de la communion le vendredi saint. Je ne comprends pas que l’on puisse communier au Corps du Christ ce jour-là alors que l’on célèbre sa mort sur la Croix. C’est pour moi une aberration théologique et liturgique. Depuis plusieurs années, je ne donne jamais la communion ce jour-là. Mais je suis un contestataire !


Au fil de mes lectures


Aujourd’hui, une simple invitation en ce temps de confinement et bientôt de vacances… lisez ou relisez Bernanos. Je vous conseille, si vos moyens vous le permettent, l’édition de la Pléiade. Et si vous avez encore plus de courage, lisez aussi Dostoïevski !

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