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Messe de la nuit et messe du jour de Noël (B)

Messe de la Nuit de Noël (B)

Chantez au Seigneur un cantique nouveau !



Psaume 95,

Anonyme,

Icône russe, 1668-1669, 245,5 x 147,8 cm,

Provenance : Église Saint Grégoire de Césarée à Moscou,

Musée historique d'État, Moscou (Russie)


Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 9, 1-6)

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué la joie, tu as fait grandir l’allégresse : ils se réjouissent devant toi, comme on se réjouit de la moisson, comme on exulte au partage du butin. Car le joug qui pesait sur lui, la barre qui meurtrissait son épaule, le bâton du tyran, tu les as brisés comme au jour de Madiane. Et les bottes qui frappaient le sol, et les manteaux couverts de sang, les voilà tous brûlés : le feu les a dévorés. Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : « Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix. » Et le pouvoir s’étendra, et la paix sera sans fin pour le trône de David et pour son règne qu’il établira, qu’il affermira sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Il fera cela, l’amour jaloux du Seigneur de l’univers !


Psaume 95

Chantez au Seigneur un chant nouveau,

chantez au Seigneur, terre entière,

chantez au Seigneur et bénissez son nom !


De jour en jour, proclamez son salut,

racontez à tous les peuples sa gloire,

à toutes les nations ses merveilles !


Joie au ciel ! Exulte la terre !

Les masses de la mer mugissent,

la campagne tout entière est en fête.


Les arbres des forêts dansent de joie

devant la face du Seigneur, car il vient,

car il vient pour juger la terre.


Il jugera le monde avec justice,

et les peuples selon sa vérité !


Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Tite (Tt 2, 11-14)

Bien-aimé, la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. Elle nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété, attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ. Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 2, 1-14.15-20)

En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. » Lorsque les anges eurent quitté les bergers pour le ciel, ceux-ci se disaient entre eux : « Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître. » Ils se hâtèrent d’y aller, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers. Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé.


Le psaume 95 (94) en entier

01 Chantez au Seigneur un chant nouveau, chantez au Seigneur, terre entière,

02 chantez au Seigneur et bénissez son nom ! De jour en jour, proclamez son salut,

03 racontez à tous les peuples sa gloire, à toutes les nations ses merveilles !

04 Il est grand, le Seigneur, hautement loué, redoutable au-dessus de tous les dieux :

05 néant, tous les dieux des nations ! Lui, le Seigneur, a fait les cieux :

06 devant lui, splendeur et majesté, dans son sanctuaire, puissance et beauté.

07 Rendez au Seigneur, familles des peuples, rendez au Seigneur la gloire et la puissance,

08 rendez au Seigneur la gloire de son nom. Apportez votre offrande, entrez dans ses parvis,

09 adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté : tremblez devant lui, terre entière.

10 Allez dire aux nations : « Le Seigneur est roi ! » Le monde, inébranlable, tient bon. Il gouverne les peuples avec droiture.

11 Joie au ciel ! Exulte la terre ! Les masses de la mer mugissent,

12 la campagne tout entière est en fête. Les arbres des forêts dansent de joie

13 devant la face du Seigneur, car il vient, car il vient pour juger la terre. Il jugera le monde avec justice, et les peuples selon sa vérité !


L’icône

L'icône était située dans le deuxième niveau sur le mur nord de l’iconostase. L'arrière-plan et les inscriptions de l'auteur ont été effacés et refaits à nouveau pendant les restaurations du XVIIIe et XIXe siècles. Lors de la dernière restauration, ils ont été effacés, car peu fiables. L'icône illustre la pensée théologique orthodoxe définissant un lien historique entre le temple de Salomon de l'Ancien Testament et l'Église apostolique du Nouveau Testament : l’image du centre et un certain nombre de vignettes représentent un service divin à l'intérieur du temple orthodoxe, bien que selon le texte on devrait plutôt y voir : « Les masses de la mer mugir, la campagne tout entière en fête. Les arbres des forêts dansent de joie devant la face du Seigneur ». Un schéma iconographique similaire est utilisé dans les peintures sur le mur ouest de la cathédrale Arkhangelsk de Moscou (1666), où le neuvième stique du Symbole de la Foi (Je crois à la sainte Église) y est illustré. Chaque composition est présentée sous la forme d'un lieu de prière, qui est en accord avec le contenu du psaume et qui fait écho au texte des parémies (Énoncé autonome, stable, bref et généralement didactique.) « pour le renouvellement du temple », en lien avec la prière du roi Salomon lors de la consécration du temple de Jérusalem.


Lecture des vignettes   



1. Chantez au Seigneur un chant nouveau, chantez au Seigneur, terre entière, chantez au Seigneur et bénissez son nom ! De jour en jour,    proclamez son salut. (Ps 95, 1-2).


2. Racontez à tous les peuples sa gloire, à toutes les nations ses    merveilles ! Il est grand, le Seigneur, hautement loué, redoutable au-dessus de tous les dieux. (Ps 95, 3-4).


3. Néant, tous les dieux des nations ! Lui, le Seigneur, a fait les cieux.     (Ps 95, 5)


4. Devant lui, splendeur et majesté, dans son sanctuaire, puissance et beauté. (Ps 95, 6)


5. Rendez au Seigneur, familles des peuples, rendez au Seigneur la gloire et la puissance. (Ps 95, 7)


6. Rendez au Seigneur la gloire de son nom. Apportez votre offrande, entrez dans ses parvis (Ps 95, 8)


7. Adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté : tremblez devant lui, terre entière. (Ps. 95, 9)


8. Allez dire aux nations : « Le Seigneur est roi ! » Le monde, inébranlable, tient bon. Il gouverne les peuples avec droiture. (Ps 95, 10)


9. Joie au ciel ! Exulte la terre ! Les masses de la mer mugissent (Ps 95, 11)


10. La campagne tout entière est en fête. Les arbres des forêts dansent de joie. (Ps 95, 12)


11. Devant la face du Seigneur, car il vient, car il vient pour juger la terre. (Ps 95, 13)


12. Il jugera le monde avec justice, et les peuples selon sa vérité ! (Ps 95, 13)


Le psaume

Cinq psaumes (95, 96, 97, 98 et 99) s’appuient sur la même thématique, que chacun va développer avec exubérance de détails, de façon différentes, comme des photos prises sous divers angles du même sujet. Les thèmes sont communs et redondants :


  1. Dieu règne, acclamons-le. Il est essentiel que Dieu soit nommé le premier.

  2. Il vient nous sauver, et toute créature avec nous. Il est très important que la Bonne nouvelle soit donnée aussitôt après.

  3. Il vient juger la terre, hâtons-nous d’être ses élus. Elle est assortie de conditions : il vient juger la terre.


En fait, quand on lit ce psaume dans son intégralité, on a immédiatement en soi des sentiments intimement mêlés, comme un frémissement avant l’exaltation. Mais qu’est-ce qui peut nous faire vibrer ainsi si ce n’est notre foi en l’espérance naissante ? Cette espérance dont saint Paul dira qu’il nous faut « espérer contre toute espérance » (Rom 4, 18), car « l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rom 5, 5). Noël, avant d’être la fête de l’amour, n’est-elle pas la célébration de l’espérance, l’espérance du salut ?


Et comment pourrions-nous limiter l’ampleur de la Nativité à une simple joie temporelle : l’Incarnation ? N’est-elle pas l’aboutissement d’un premier Avent : l’attente du Sauveur ? Mais n’ouvre-t-elle pas à un second Avent : la venue de la joie de l’espérance en nos coeurs ? Et même d’un troisième Avent : la venue du Sauveur dans la gloire aux derniers jours ? Le psaume nous y mène… « Devant la face du Seigneur, car il vient, car il vient pour juger la terre. Il jugera le monde avec justice, et les peuples selon sa vérité ! » Nous voilà déjà aux fins dernières, en ce jour béni où tous les peuples, sans exception, reconnaîtront le Seigneur comme le seul Dieu. Mais pour atteindre cet ultime but, il nous faut en accepter les conditions préalables, celles de ce deuxième Avent, celui où nous nous trouvons actuellement, coincés entre l’Incarnation et le Jugement dernier.


En fait, ce sont les trois thèmes qui égrènent notre psaume. D’abord que Dieu soit le premier. « Dieu premier servi » comme le proclamait Jeanne d’Arc sur sa bannière. Nous voici au pied de la crèche, en famille certes, mais combien de familles de par le monde se retrouvent aujourd’hui devant l’Enfant-Jésus ? Beaucoup en Afrique, en Amérique ou en Asie. Beaucoup moins en Europe… N’était-ce pas le cas quand toutes les foules des juifs se retrouvaient sur le parvis du Temple de Jérusalem pour acclamer Dieu ? Ne mettaient-ils pas Dieu au centre de leur vie, au centre de leurs préoccupations ? Et nous, Dieu est-il encore au centre de nos vies ? Devant la crèche, est-ce que je le prie ou je pense aux cadeaux que je vais recevoir, ou au plat que je ne dois pas oublier de sortir du four ? Suis-je Marie aux pieds du Seigneur, ai-je choisi la meilleure part, ou une part de Marthe reste-t-elle insidieusement en moi (Lc 10, 41) ?


Noël n’est-il pas le moment où nous devrions-nous retrouver simplement, comme le petit berger devant la crèche, où comme ces foules devant le Temple, pour chanter « Joie au ciel ! Exulte la terre ! » Car Jésus mérite notre louange, lui qui est « splendeur et majesté, dans sa crèche, puissance et beauté. » Avec les anges, ne pourrions-nous lui chanter un cantique nouveau : « Chantons au Seigneur un chant nouveau, chantons au Seigneur, terre entière, chantons au Seigneur et bénissons son nom ! De jour en jour, proclamons son salut » ? Et si modeste soit notre vie, ne pourrions-nous lui présenter notre offrande : « Apportons notre offrande, entrez dans ses parvis » ?


Mais nous ne pouvons en rester là : ce serait égoïste ! Et c’est bien le deuxième thème de ce psaume : Il vient nous sauver, et toute créature avec nous. Donc, il est très important que la Bonne nouvelle soit donnée aussitôt après, nous ne pouvons la garder pour nous… « De jour en jour, proclamez son salut, racontez à tous les peuples sa gloire, à toutes les nations ses merveilles ! Il est grand, le Seigneur, hautement loué ». Je sais que dans ce monde qui a érigé en religion la laïcité, il n’est pas facile d’annoncer notre foi. Les crèches sont interdites, on ne dit plus « Joyeux Noël » mais « Bonnes fêtes de fin d’année », les illuminations deviennent « inclusives et multiculturelles », sans parler des messes de minuit qui se font de plus en plus rares… Faut-il pour autant se taire, alors que d’autres religions n’ont pas les mêmes scrupules que nous ? Certainement pas ! Et ce, pour une bonne raison : les hommes en ont besoin ! Notre monde frise le désespoir, l’avenir paraît bouché, les angoisses se multiplient au point que seule la médecine allopathique semble pouvoir soulager les souffrances, avant qu’on ne décide par référendum de les abréger tout simplement… Alors, le message d’espérance n’est-il pas une urgence ? Alors, les hommes n’ont-ils pas un profond besoin d’entendre parler du salut ? Ce message devrait être l’unique obsession de l’Église aujourd’hui… Ce message que le psaume nous a pourtant délivré, mais peut-être notre oreille était-elle distraite, ou bouchée ?! « De jour en jour, proclamez son salut… » : nous sommes sauvés ! « Néant, tous les dieux des nations ! Lui, le Seigneur, a fait les cieux : devant lui, splendeur et majesté, dans son sanctuaire, puissance et beauté » : pourquoi aller chercher ailleurs un faux dieu alors que le vrai Dieu est à portée de main, dans la crèche ? Oui, « Allons dire aux nations : « Le Seigneur est roi ! » Le monde, inébranlable, tient bon. Il gouverne les peuples avec droiture. » Noël est aussi le temps du courage, ce courage dont ont fait preuve les bergers : « Après avoir vu l’enfant, les bergers racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers. (…) Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé. » Serons-nous des bergers qui oseront dire à tous : « Joie au ciel ! Exulte la terre ! » Pour entendre les mêmes mots que Jésus dît à Zachée (Lc 19, 9-10) : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »


Voilà ce qui nous est demandé :


  • Oser annoncer le Salut, « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison » et mettre Dieu au centre de nos vies pour qu’il soit le « premier servi ».

  • Ne pas sombrer dans la tristesse, mais croire que Dieu nous donne la vraie joie, la vraie paix (Jn 14, 27) : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé. »

  • Lui offrir toute notre vie, « Apportez votre offrande, entrez dans ses parvis », et même nos péchés pour que nous entendions les mots que l’Enfant-Jésus de la crèche dît à saint Jérôme : « Offre-moi tes péchés pour que les transforme en grâces ».

  • Nous émerveiller de cette Incarnation : Dieu s’est fait homme. Et pour reprendre ce que disait Athanase : « Si Dieu s’est fait homme, c’est pour que l’homme devienne Dieu ». Nous émerveiller avec toute la création, que nous ne regardons pas suffisamment (surtout quand on la gâche avec des éoliennes), car la création aspire au salut (Rom 8, 19) : « En effet, la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu », (Rom 20, 21) : « elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu. » Cette création dont le psaume disait : « Joie au ciel ! Exulte la terre ! Les masses de la mer mugissent, la campagne tout entière est en fête. Les arbres des forêts dansent de joie devant la face du Seigneur, car il vient. »


Alors, et c’est ici le troisième et dernier thème, bardés de ces consignes, nous n’aurons pas peur du Jugement dernier qu’inaugure la naissance du Christ. Oui, car Noël est aussi le moment où il vient au milieu des siens, des siens souvent aveugles (Jn 1, 10-11) : « Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. » N’ayons pas peur « devant la face du Seigneur, car il vient, car il vient pour juger la terre. Il jugera le monde avec justice, et les peuples selon sa vérité ! » Il vient pour nous sauver du péché et de la mort éternelle. Renouvelons donc notre espérance. Amen.



Jean-Paul II. Mercredi 18 septembre 2002, Catéchèse sur le psaume 95

1. « Dites chez les païens : « Yahvé règne ! » ». Cette exhortation du Psaume 95 (v. 10), qui vient d'être proclamé, nous donne presque le ton sur lequel se déroule tout l'hymne. En effet, il se situe parmi les psaumes qui sont intitulés les « Psaumes du Seigneur roi », qui comprennent les Psaumes 95-98, en plus du 46 et du 92.


Par le passé, nous avons déjà eu l'occasion d'étudier et de commenter le Psaume 92, et nous savons que ces cantiques sont centrés sur la figure grandiose de Dieu, qui dirige l'univers tout entier et qui gouverne l'histoire de l'humanité.


Le Psaume 95 exalte lui aussi le Créateur des êtres, ainsi que le Sauveur des peuples : grâce à Dieu « le monde est stable, point ne bronchera, sur les peuples il prononce avec droiture » (v. 10). Dans l'original hébreu, le verbe traduit par « juger » signifie, en réalité, « gouverner » : nous avons ainsi la certitude que nous ne sommes pas abandonnés aux forces obscures du chaos ou du hasard, mais que nous sommes toujours entre les mains d'un Souverain juste et miséricordieux.


2. Le Psaume commence par une invitation festive à louer Dieu, une invitation qui ouvre immédiatement une perspective universelle : « Chantez à Yahvé, toute la terre ! » (v. 1). Les fidèles sont invités à « raconter aux païens sa gloire », pour s'adresser ensuite « à tous les peuples » afin de raconter « ses merveilles » (v. 3). Le Psalmiste interpelle même directement les « familles des peuples » (v. 7), pour inviter à glorifier le Seigneur. Enfin, il demande aux fidèles de dire « chez les païens : « Yahvé règne » » (v. 10), et il précise que le Seigneur vient pour « juger la terre » (v. 10), « les peuples » (v. 13). Cette ouverture à la dimension universelle, de la part d'un petit peuple écrasé entre deux grands empires, est significative. Ce peuple sait que son Seigneur est le Dieu de l'univers et que « [sont] néant, tous les dieux des nations » (v. 5).


Le Psaume est substantiellement composé de deux tableaux. La première partie (cf. vv. 1-9) comprend une épiphanie solennelle du Seigneur « dans son sanctuaire » (v. 6), c'est-à-dire dans le temple de Sion. Elle est précédée et suivie par les chants et les rites sacrificiels de l'assemblée des fidèles. Le flux de louanges, face à la majesté divine, s'écoule de façon incessante : « Chantez à Yahvé un chant nouveau... chantez... chantez... bénissez... proclamez son salut... racontez sa gloire... ses merveilles... rapportez à Yahvé gloire et puissance... présentez l'oblation... tremblez devant lui » (vv. 1-3.7-9).


Le geste fondamental face au Seigneur roi, qui manifeste sa gloire dans l'histoire du salut, est donc le chant d'adoration, de louange, de bénédiction. Ces attitudes devraient être présentes également au sein de notre liturgie quotidienne et de notre prière personnelle.


3. Au cœur de ce chant choral, nous trouvons une déclaration contre l'idolâtrie. La prière se révèle ainsi comme une voie pour atteindre la pureté de la foi, selon la célèbre affirmation lex orandi, lex credendi : la norme de la véritable prière est également la norme de la foi, elles est une leçon sur la vérité divine. En effet, celle-ci peut précisément être découverte à travers la communion intime avec Dieu, réalisée dans la prière.


Le Psalmiste proclame : « Grand, Yahvé, et louable hautement, redoutable, lui, par-dessus tous les dieux ! Néant, tous les dieux des nations. C'est Yahvé qui fit les cieux » (vv. 4-5). À travers la liturgie et la prière, la foi est purifiée de toute dégénérescence, les idoles auxquelles on sacrifiait facilement quelque chose de soi-même au cours de la vie quotidienne sont abandonnées, on passe de la peur face à la justice transcendante de Dieu à l'expérience vivante de son amour.


4. Mais nous voilà au deuxième tableau, celui qui s'ouvre par la proclamation de la royauté du Seigneur (cf. vv. 10-13). À présent, c'est l'univers qui chante, également à travers ses éléments les plus mystérieux et obscurs, comme la mer, selon l'antique conception biblique : « Joie au ciel ! Exulte la terre! Que gronde la mer, et sa plénitude! Que jubile la campagne, et tout son fruit, que tous les arbres des forêts crient de joie, à la face de Yahvé, car il vient, car il vient pour juger la terre » (vv. 11-13).


Comme le dira saint Paul, la nature, avec l'homme, est « en attente... d'être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu » (Rm 8, 19.21).


Arrivés à ce point, nous voudrions faire place à une relecture chrétienne de ce Psaume, effectuée par les Pères de l'Église, qui y ont vu une préfiguration de l'Incarnation et de la Crucifixion, signe de la royauté paradoxale du Christ.


5. Ainsi, au début du discours prononcé à Constantinople, à Noël de l'an 379 ou 380, saint Grégoire de Nazianze reprend certaines expressions du Psaume 95 : « Le Christ naît, glorifiez-le ! Le Christ descend du ciel : allez à sa rencontre ! Le Christ est sur la terre : levez-vous ! « Chantez à Yahvé, toute la terre » (v. 1), et, pour réunir les deux concepts, « Joie au ciel ! exulte la terre ! » (v. 11) en raison de celui qui est céleste mais qui est ensuite devenu terrestre » (Homélies sur la nativité, Discours 38, 1, Rome 1983, p. 44).


C'est de cette façon que le mystère de la royauté divine se manifeste dans l'Incarnation.


Celui qui règne en « devenant terrestre », règne même précisément dans l'humiliation sur la Croix. Il est significatif que beaucoup d'anciens pères aient lu le verset n. 10 de ce Psaume comme un complément christologique suggestif : « Le Seigneur régna sur le bois ».


C'est pourquoi, la Lettre de Barnaba enseignait que « le royaume de Jésus se trouve sur le bois » (VIII, 5 : Les Pères apostoliques, Rome 1984, p. 198) et le martyr saint Justin, en citant presque intégralement le Psaume dans sa Première Apologie, concluait en invitant tous les peuples à se réjouir car « le Seigneur régna sur le bois » de la Croix. 73


C'est sur ce terrain qu'a fleuri l'hymne du poète chrétien Venanzio Fortunato, Vexilla regis, dans lequel est exalté le Christ qui règne du haut de la Croix, trône d'amour et non de domination : Regnavit a ligno Deus. En effet, au cours de son existence terrestre, Jésus avait averti : « Celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier parmi vous, sera l'esclave de tous. Aussi bien, le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude » (Mc 10, 43-45).



Messe du jour de Noël (B)

La terre tout entière a vu…




Psaume 97 (98),

Anonyme,

Psautier d’Utrecht, MS Bibl. Rhenotraiectinae I Nr 32., IXe siècle,

folio 56 verso, 33 x 25 cm, 108 feuilles en vélin,

Bibliothèque de l’université, Utrecht (Pays-Bas)


Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 52, 7-10)

Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut, et vient dire à Sion : « Il règne, ton Dieu ! » Écoutez la voix des guetteurs : ils élèvent la voix, tous ensemble ils crient de joie car, de leurs propres yeux, ils voient le Seigneur qui revient à Sion. Éclatez en cris de joie, vous, ruines de Jérusalem, car le Seigneur console son peuple, il rachète Jérusalem ! Le Seigneur a montré la sainteté de son bras aux yeux de toutes les nations. Tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu.


Psaume 97

Chantez au Seigneur un chant nouveau,

car il a fait des merveilles ;

par son bras très saint, par sa main puissante,

il s’est assuré la victoire.


Le Seigneur a fait connaître sa victoire

et révélé sa justice aux nations ;

il s’est rappelé sa fidélité, son amour,

en faveur de la maison d’Israël.


La terre tout entière a vu

la victoire de notre Dieu.

Acclamez le Seigneur, terre entière,

sonnez, chantez, jouez !


Jouez pour le Seigneur sur la cithare,

sur la cithare et tous les instruments ;

au son de la trompette et du cor,

acclamez votre roi, le Seigneur !


Lecture de la lettre aux Hébreux (He 1, 1-6)

A bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes. Rayonnement de la gloire de Dieu, expression parfaite de son être, le Fils, qui porte l’univers par sa parole puissante, après avoir accompli la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté divine dans les hauteurs des cieux ; et il est devenu bien supérieur aux anges, dans la mesure même où il a reçu en héritage un nom si différent du leur. En effet, Dieu déclara-t-il jamais à un ange : Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré ? Ou bien encore : Moi, je serai pour lui un père, et lui sera pour moi un fils ? À l’inverse, au moment d’introduire le Premier-né dans le monde à venir, il dit : Que se prosternent devant lui tous les anges de Dieu.


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 1, 1-18)

Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière. Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. Jean le Baptiste lui rend témoignage en proclamant : « C’est de lui que j’ai dit : Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. » Tous, nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce ; car la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître.


Le psaume 97 en entier

01 Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles ; par son bras très saint, par sa main puissante, il s'est assuré la victoire.

02 Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations ;

03 il s'est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d'Israël ; la terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu.

04 Acclamez le Seigneur, terre entière, sonnez, chantez, jouez ;

05 jouez pour le Seigneur sur la cithare, sur la cithare et tous les instruments ;

06 au son de la trompette et du cor, acclamez votre roi, le Seigneur !

07 Que résonnent la mer et sa richesse, le monde et tous ses habitants ;

08 que les fleuves battent des mains, que les montagnes chantent leur joie,

09 à la face du Seigneur, car il vient pour gouverner la terre, pour gouverner le monde avec justice et les peuples avec droiture !


Le psautier d’Utrecht

Le Psautier d’Utrecht est un manuscrit sur vélin réalisé vers 820. Il mesure 33 cm de haut par 25 cm de large et est conservé dans les collections de la bibliothèque universitaire d’Utrecht.


Formée d’une centaine de feuilles assemblées en cahiers de huit pages, il est écrit en majuscules rustiques et orné de croquis faits à la plume avec une encre bistre.


Dans cet ouvrage, chaque psaume débute par une scène où s’affairent de nombreux personnages. Les images sont facilement identifiables grâce cette façon de rendre le mouvement ou par la manière d’étayer les différents plans par des lignes de sols.


L’influence de l’art romain (voir même du style byzantin) est visibles dans les représentations architecturales.


Les dessins n’illustrent pas forcément le psaume en entier mais peuvent décrire un verset en particulier ou ne pas se référer du tout au texte qu’il décorent.


Le Psautier d’Utrecht a sûrement été réalisé à Hautvilliers près de Reims (alors un grand centre de production de manuscrits) pour un commanditaire inconnu, même si de nombreux auteurs suggèrent une réalisation pour Louis le Pieux, fils de Charlemagne.


Les livres enluminés comme les peintures murales sont une source primordiale pour la connaissance des arts graphiques et le Psautier d’Utrecht est un bel exemple de dessin de la période carolingienne.


Ce que je vois

Sur le globe des cieux, le Christ-Logos, imberbe et ici sans nimbe, siège et remet une palme à une autre représentation de lui-même (comme Christ incarné et Sauveur « son salut » ; verset 1 : par son bras très saint, par sa main puissante, il s'est assuré la victoire) qui, lui, porte un nimbe crucifère et tient la balance de la justice (verset 2 : Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations). Trois anges dans une attitude respectueuse s'approchent de chaque côté. À droite et à gauche dans le registre du milieu se trouvent des groupes d'hommes qui sonnent des trompettes pour louer le Seigneur (verset 6 : au son de la trompette et du cor, acclamez votre roi, le Seigneur !). Derrière chacun de ces groupes se trouvent des personnifications féminines des rivières qui se déversent (verset 8 : que les fleuves battent des mains) avec des bocaux inversés d'où l'eau s'écoule dans la mer s'étendant au travers du bas de l'image (verset 7 : Que résonnent la mer et sa richesse, le monde et tous ses habitants). Dans cette mer se tiennent des serpents et deux personnifications ; Oceanus la divinité masculine, tenant des roseaux et chevauchant sur un hippocampe, à gauche, et Thalassa la divinité féminine avec l'attribut d'un dauphin, à droite. Au centre de l'image, « le monde, et ceux qui y habitent » (verset 7) sont représentés par des groupes d'hommes, de femmes et d'enfants entourés d'un cercle, l'« orbis terrarum ».


Le psaume

Tout est question de vision ! Saurons-nous voir ? Ou serons-nous comme ceux que dénonce le prologue de saint Jean : « Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. » Car il nous faut guetter, dessiller nos paupières pour distinguer derrière ce petit enfant le Sauveur, comme Isaïe l’a dit : « Écoutez la voix des guetteurs : ils élèvent la voix, tous ensemble ils crient de joie car, de leurs propres yeux, ils voient le Seigneur qui revient à Sion ». De leurs propres yeux, ils voient le Seigneur. Le psaume ne dit pas autre chose : « la terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu. » Ouvrir nos yeux… Je repense à ce cantique que nous avons au bréviaire : « Ouvre mes yeux, Seigneur / Aux merveilles de ton amour / Je suis l'aveugle sur le chemin / Guéris-moi, je veux te voir »… Il nous faut aujourd’hui nous guérir de notre cécité ! Sinon, nous ne verrons ni ne comprendrons la « victoire de notre Dieu ».


Car Lui, dans la crèche nous regarde. Il nous regarde et nous espère. Il nous espère et ouvre ses bras pour nous accueillir. En fait, de sa mangeoire, le Christ créé déjà cette relation privilégiée avec chacun d’entre nous. Il attend que nous nous penchions vers Lui, que nous le voyions, que nous le regardions. Une relation personnelle, intime, de coeur à coeur, comme dans la prière : « L’oraison (la prière) n’est, à mon avis, qu’un échange intime d’amitié où l’on s’entretient souvent seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé » écrivait saint Thérèse d’Avila dans son Livre de vie. Mais une relation intime qu’il ne s’agit pas de garder jalousement pour soi : c’est une relation qui doit se partager, comme la lumière se diffuse. Car ce Jésus est la vraie lumière, et (Jn 1 5) : « la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée ». Une lumière que l’on ne cache pas sous le boisseau (Mt 5, 15), une lumière offerte par le Christ, qui vient allumer, embraser notre vie, rendre vigueur à notre âme, et que l’on ne doit pas cacher aux yeux des hommes (Mt 5, 16) : « De même, que votre lumière brille devant les hommes ».


Le psaume ne dit pas autre chose et vient rappeler le double amour de Dieu, le double amour de cet Enfant : l’amour pour son peuple choisi, élu (et ici, c’est chacun de nous pour qui il a un amour de prédilection), mais aussi l’amour pour l’humanité tout entière (verset 2) : « Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations. » Les nations, ceux qui habitent la Galilée (j’en parle dans la dernière vidéo du parcours en arts sacrés), ce sont les païens. Dieu les aime aussi ! Ou, pour être plus juste, Dieu les aime tout autant comme le confirme le verset suivant (verset 3) : « il s'est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d’Israël » ; et donc c’est « la terre tout entière qui a vu la victoire de notre Dieu », qui doit savoir qu’elle est aimée de Dieu, sans distinction comme le chantent les vingt-quatre vieillards de l’Apocalypse (Ap 5, 9-10) : « Ils chantaient ce cantique nouveau : Tu es digne, de prendre le Livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu fus immolé, rachetant pour Dieu, par ton sang, des gens de toute tribu, langue, peuple et nation. Pour notre Dieu, tu en as fait un royaume et des prêtres : ils régneront sur la terre. » Noël inaugure cette première victoire : il aime tous les hommes, comme le confirment les anges (Lc 2, 14) : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. ». Aux hommes que Lui aime, et non pas seulement aux hommes qui l’aiment Lui…


En fait, ce psaume ne détient qu’un seul message : nous sommes aimés de Dieu. Cette phrase, aux oreilles de beaucoup, peut paraître un peu « cucu » si vous me permettez cette licence. Elle peut donner l’image d’un curé bien gentil, un peu déconnecté des réalités du monde, un peu illuminé et naïf. C’est vrai ! Mais, en même temps (terme très à la mode), il suffit de plonger dans le regard de quelqu’un pour se savoir aimé. Qui n’en a pas fait l’expérience ? Ce sont les yeux de l’autre, son regard plus que ses paroles ou ses gestes, qui disent le véritable amour. Les yeux ne peuvent trahir la vérité. Ne sont-ils pas le reflet de l’âme ? L’icône du Sacré-Coeur devant laquelle je prie chaque jour me permet de plonger dans le regard du Christ, de savoir qu’il m’aime, de comprendre que je manque à son amour, de le connaître (on connaît quelqu’un quand on se rappelle de la couleur de ses yeux…).


Quand j’ai goûté à ce regard, à cet amour, je le connais : il naît en moi. Je le comprends : je le prends avec moi. J’y adhère et… j’ai envie d’y faire « coller » les autres ! Cette joie ineffable, je veux la partager. Mais, comme elle est ineffable, il est bien difficile de trouver les mots. Le psaume me donne la clef, la solution : « Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles », « Acclamez le Seigneur, terre entière, sonnez, chantez, jouez ; jouez pour le Seigneur sur la cithare, sur la cithare et tous les instruments ; au son de la trompette et du cor, acclamez votre roi, le Seigneur ! » Nous connaissons tous cette citation de saint Augustin : « Qui bien chante, deux fois prie ! » Mais aurons-nous la force de vaincre notre pudeur ? Aurons-nous le courage de chanter la Gloire de Dieu ? Curieusement, les petits enfants n’ont aucune crainte : ils aiment chanter la foi naissante en eux.


Oserons-nous chanter le Seigneur ? Alors que toute la création s’exprime déjà dans une louange insatiable : « Que résonnent la mer et sa richesse, le monde et tous ses habitants ; que les fleuves battent des mains, que les montagnes chantent leur joie ».


Ne ratons pas, en ce temps de Noël, le courage de la louange, la témérité de « chanter notre joie à la face du Seigneur », car Il vient. « Car il vient pour gouverner la terre, pour gouverner le monde avec justice et les peuples avec droiture ! » et il nous reconnaîtra à notre voix, car il ouvrira ses bras à notre chant, car il nous aimera par nos musiques.



Jean-Paul II. Mercredi, 6 novembre 2002, Catéchèse sur le psaume 97

1. Le Psaume 97, qui vient d'être proclamé, appartient à un genre d'hymnes déjà rencontré au cours de l'itinéraire spirituel que nous accomplissons à la lumière du Psautier.


Il s'agit d'un hymne au Seigneur Roi de l'univers et de l'histoire (cf. v. 6). Il est défini comme un « chant nouveau » (v. 1), ce qui dans le langage biblique signifie un chant parfait, plein, solennel, accompagné par un ensemble musical de fête. En effet, outre le chant choral, on évoque « le son mélodieux » de la harpe (cf. v. 5), de la trompette et du cor (cf. v. 6), mais également une sorte d'applaudissement cosmique (cf. v. 8).


De façon répétée retentit ensuite le nom de « Yahvé » (six fois), évoqué comme « notre Dieu » (v. 3). Dieu se trouve donc au centre de la scène dans toute sa majesté, alors qu'il accomplit le salut dans l'histoire et qu'il est attendu pour « juger » le monde et les peuples (v. 9). Le verbe hébreu qui indique le « jugement » signifie également « gouverner » : c’est pourquoi on attend l'action efficace du Souverain de toute la terre, qui apportera la paix et la justice.


2. Le Psaume s'ouvre par la proclamation de l'intervention divine à l'intérieur de l'histoire d'Israël (cf. vv. 1-3). Les images de la « droite » et de « son bras de sainteté » renvoient à l'exode, à la libération de l'esclavage d'Egypte (cf. v. 1). L'alliance avec le peuple élu est, en revanche, rappelée à travers les deux grandes perfections divines : l'« amour » et la « fidélité » (cf. v. 3).


Ces signes de salut sont présentés « aux yeux des païens » et dans « tous les lointains de la terre » (v. 2-3), pour que l'humanité tout entière soit attirée vers Dieu sauveur et s'ouvre à sa parole et à son œuvre salvifique.


3. L'accueil réservé au Seigneur qui intervient dans l'histoire se distingue par une louange chorale : en plus de l'orchestre et des chants du temple de Sion (cf. v. 5-6), l'univers y participe également, constituant une sorte de temple cosmique.


Les chanteurs de cet immense chœur de louange sont quatre. Le premier est la mer et son grondement, qui semble presque servir de basse permanente à cet hymne grandiose (cf. v. 7). La terre et le monde entier, avec tous ses habitants la suivent (cf. v. 4.7), unis dans une harmonie solennelle. La troisième personnification est celle des fleuves qui, étant considérés comme les bras de la mer, semblent au rythme de leur flux battre des mains comme en un applaudissement (cf. v. 8). En dernier apparaissent les montagnes, qui semblent danser de joie devant le Seigneur, bien qu'étant les créatures les plus massives et les plus imposantes (cf. v. 8; Ps 28, 6 ; 113, 6).

Il s'agit donc d'un chœur immense qui n'a qu'un seul but : exalter le Seigneur, roi et juge juste. La fin du Psaume, comme on le disait, présente en effet Dieu qui « vient pour juger (et gouverner) la terre... en justice et en droiture » (Ps 97, 9).


Telle est la grande espérance de notre invocation : « Que ton règne vienne ! », un règne de paix, de justice et de sérénité, qui recompose l'harmonie originelle de la création.


4. Dans ce Psaume, l'Apôtre Paul a reconnu avec une joie profonde une prophétie de l'œuvre de Dieu dans le mystère du Christ. Paul a utilisé le verset 2 pour exprimer le thème de sa grande Epître aux Romains : dans l'Évangile, « la justice de Dieu s'est révélée » (cf. Rm 1, 17), « s'est manifestée » (cf. Rm 3, 21).


L'interprétation de Paul confère au Psaume une plus grande plénitude de sens. Lu dans la perspective de l'Ancien Testament, le Psaume proclame que Dieu sauve son peuple et que toutes les nations, en le voyant, sont remplies d'admiration. Dans la perspective chrétienne, en revanche, Dieu opère le salut dans le Christ, fils d’Israël ; toutes les nations le voient et sont invitées à profiter de ce salut, car l'Évangile est « force de Dieu pour le salut de tout homme qui croit, du Juif d'abord, puis du Grec », c'est-à-dire du païen (Rm 1, 16). Désormais, « tous les lointains de la terre » ont non seulement « vu le salut de Yahvé » (cf. Ps 97, 3), mais l'ont recu.


5. Dans cette perspective, Origène, écrivain chrétien du troisième siècle, dans un texte ensuite repris par saint Jérôme, interprète le « chant nouveau » du Psaume comme une célébration anticipée de la nouveauté chrétienne du rédempteur crucifié.


Nous suivons donc son commentaire, qui mêle le chant du Psalmiste à l'annonce évangélique.

« Le Fils de Dieu qui a été crucifié est un cantique nouveau - quelque chose que l'on n'avait encore jamais entendue. Une réalité nouvelle doit avoir un un cantique nouveau. « Elevez au Seigneur un cantique nouveau ». Celui qui a souffert la passion est en réalité un homme ; mais vous élevez un chant au Seigneur. Il a souffert la passion comme un homme, mais il a sauvé comme Dieu ». Origène poursuit : le Christ « a fait des miracles parmi les juifs : il a guéri des paralytiques, purifié des lépreux, ressuscité des morts. Mais d'autres prophètes le firent également. Il a transformé un petit nombre de pains en une multitude et il a donné à manger à un peuple infini. Mais Elysée fit cela lui aussi. Alors, qu'a-t-il fait pour mériter un cantique nouveau ? Vous voulez savoir ce qu'il a fait de nouveau ? Dieu est mort en tant qu'homme pour que les hommes aient la vie; le Fils de Dieu fut crucifié, pour nous emporter jusqu'au ciel ».

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