Pentecôte (B)

Dans l’arène…



La Pentecôte

Maurice DENIS (Granville, 1870 - Paris, 1953)

Fresque (technique du Stick B), 1934

Chapelle axiale du chœur

Église du Saint-Esprit, Paris (France)


Évangile de Jésus-Christ selon Saint Jean (Jn 15, 26-27. 16, 12-15)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous allez rendre témoignage, car vous êtes avec moi depuis le commencement. J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »


L’église

Nous avons déjà évoqué la figure de Maurice Denis (voir « quatrième Dimanche de l’Avent B »). Rappelons simplement qu’il fut le théoricien et l’un des cofondateurs du groupe Nabis avec Sérusier, Bonnard et Vuillard à la fin du XIXe siècle.



Après la Première Guerre Mondiale, le Diocèse de Paris décide de construire une nouvelle église dans le XIIe arrondissement, avenue Daumesnil, alors en pleine expansion. Ils s’adressent à Paul Tournon (1881-1964), architecte réputé. Celui-ci va concevoir une église de béton armé dont le plan s’inspirera des églises byzantines, et plus particulièrement de la Basilique Sainte-Sophie d’Istanbul (la coupole en est un remarquable exemple). Sur de nombreux aspects, et malgré son ambiance sombre, ce bâtiment sera une vraie prouesse architecturale.


Construite en béton et recouverte de briques rouges de Bourgogne, l’église est dominée par un clocher de 75 mètres de haut. Après être entré par un long narthex, on débouche sur une immense nef, au plan centré surmonté par l’immense coupole de 22 mètres de diamètre, qui culmine à 33 mètres au-dessus des fidèles. L’église sera inaugurée en 1935 et restera la plus importante réalisation des Chantiers du Cardinal. Vous pourrez trouver ici une belle présentation : http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Paris/Paris-Saint-Esprit.htm


Pour la décoration intérieure de l’édifice, Paul Tournon appelle de nombreux artistes, sérail du renouveau de l’art sacré en France, tant ceux de l’Arche que ceux de l’Atelier d’Art Sacré, fondé par Maurice Denis et George Desvallières. En plus de ceux-ci, des noms prestigieux vont collaborer à la décoration de cette église : Élisabeth Branly, Louis Barillet, Paul Louzier, Jean Hébert-Stevens, Jean Gaudin, Marcel Imbs, Carlo Sarrabezolles, Jean Dunant, Henri de Maistre ou Georges Serraz.



Maurice Denis, pourtant peu habitué à ce type de technique picturale, va réaliser plusieurs des fresques en utilisant un nouveau procédé dénommé Stick B, mis au point par Pierre Bertin et Alice Lapeyre. La peinture sera fabriquée à base d’une résine synthétique que l’on va émulsionner avec la couleur et qui devra être immédiatement posée sur le béton préalablement encollé. Comme le dira le peintre, la prépondérance est « donnée au jeu des couleurs et des formes ». Ces couleurs, disposées en grands aplats, seront franches et lumineuses. Les formes aux lignes souples seront précises. Malheureusement, l’outrage du temps, et la technique du Stick B appliquant directement la couleur sur le mur, se feront vite sentir sur les couleurs qui varient de teinte et se dégradent.


L’église devant être consacrée sous le vocable du « Saint-Esprit », le programme iconographique en sera évidemment inspiré, le thème donné étant la diffusion de l’Esprit-Saint dans l’histoire humaine. Ainsi, le peintre va réaliser en 1934 cette impressionnante fresque qui se déploie sur l’ensemble de la chapelle axiale du chœur sur le thème de la Pentecôte.


Inopportunément, peu de temps après son inauguration, l’église et ses artistes feront l’objet de critiques parfois bien acerbes. Ainsi, le Père Régamey, dominicain codirecteur de la fameuse revue L’Art Sacré, jugera les fresques peu intéressantes, écrivant ainsi en 1938 :

« Il me semble que ce n'est là que le cas le plus criant d'un vice qui est général dans les arts académiques : l'impuissance à prendre un parti, le manque de caractère des éléments dont aucun n'est arrivé à un parfait accord avec lui-même ne peuvent faire ensemble qu'une cacophonie, quelque unité artificielle qu'on leur impose. »

C’est, à mon goût, ne pas avoir pris suffisamment de temps pour contempler les œuvres de cette église, ne serait-ce que la Pentecôte !


Ce que je vois

L’ensemble de la scène se situe dans une arène romaine, ce qui est déjà assez surprenant. La structure du bâtiment dessiné s’appuie sur l’arrondi de la chapelle et profite pleinement de sa disposition architectonique, renforçant l’impression sur le spectateur. Tout du long court une citation latine qui encadre la scène (ce sont des versets extraits des Actes des Apôtres au chapitre 2). La fresque s’élève du sol au plafond, mais utilise peu la perspective, les personnages devant être tous de la même taille, à la demande de Paul Tournon, afin de donner une unité stylistique. Cela alourdit quelque peu la composition et oblige à prendre véritablement du recul pour mieux l’apprécier. Cependant, le ciborium rend difficile sa vue d’ensemble et oblige à se rendre presque au pied de l’œuvre.



Le thème de la Pentecôte sera décliné en trois registres successifs :

  • Registre supérieur : les Apôtres sont réunis au Cénacle autour de la Vierge Marie et reçoivent le don de l’Esprit sous la forme d’une colombe de laquelle tombent des rayons lumineux.

  • Registre médian : saint Paul est entouré des Pères des Églises d’Orient et d’Occident bénissant les fidèles.

  • Registre inférieur : l’Église de 1930 est évoquée au travers des sacrements.

Regardons-les plus en détail.


Registre supérieur



Sur le cul-de-four, dans un ciel bleu pommelé de nuages blancs, une colombe blanche semble envoyer des rayons dorés que l’on voit descendre jusque sur les apôtres. Les rayons lumineux se terminent alors en boules de feu, comme le décrit les Actes.

Devant la colombe, quatre anges aux ailes rouge vif, habillés tels des enfants de chœur (soutanelle rouge et surplis blanc), rendent hommage à la troisième Personne de la Trinité. D’autres anges, à l’image de ceux de Raphaël, paraissent se reposer sur le balustre.


En dessus, Marie est debout, vêtue d’une grande tunique blanche, soulevée par un vent mystique. Béatement, mains ouvertes, elle reçoit le don de l’Esprit. À ses côtés, devant l’escalier, quatre autres apôtres à genoux, sont couverts des langues de feu. Deux autres groupes l’entourent plus loin, à demi cachés par le chancel en pierre (identique à celui que l’on peut voir à Sainte-Sabine à Rome). De chaque côté des colonnes, un grand rideau cramoisi flotte au vent.


Marie semble une impératrice, investie du pouvoir divin, accompagnée de ses conseillers et prête à descendre l’escalier pour rejoindre le peuple. C’est bien elle qui est mise en avant, dans tous les sens du terme, puisque les apôtres paraissent presque indifférents au don de feu qui leur est fait, une partie d’entre eux ne regardant que la Vierge.


Notons les deux petites fenêtres ouvertes sur l’extérieur dans le cul de four. Elles ont la forme que l’on donne traditionnellement aux Tables de la Loi de Moïse. Elles sont aussi traversées par les rayons spirituels, comme si l’Esprit venait donner son sens à l’Ancienne Loi, la renouveler vers une Loi d’amour.


Registre médian



Un peu plus haut que les autres, monté sur les premières marches, l’apôtre Paul (qui n’était pas encore converti au moment de la Pentecôte) est habillé comme un sénateur romain. Revêtu de la toge sénatoriale aux larges bandes rouges, il porte un manteau bleu. De la main gauche, il tient un livre, emblème des nombreuses lettres qu’il écrivit aux diverses communautés chrétiennes naissantes. Il tend la main droite en un geste quelque peu déroutant. Il est à la fois celui de la bénédiction, mais aussi le salut romain que l’on faisait à l’empereur. Saluerait-il le peuple ?


Devant lui sont alignés les Pères (appelés aussi Docteurs de l’Église) des Églises d’Orient (à la gauche de Paul) et d’Occident (à la droite de Paul). Tous portent une chasuble sur laquelle est placée le pallium (bande de tissus blanc parsemée de croix), signe du pouvoir métropolitain. En voici la liste :


Docteurs de l’Église d’Occident :

  • Saint Ambroise (en évêque tenant sa crosse)

  • Saint Augustin (le plus proche de Paul)

  • Saint Jérôme (reconnaissable à son habit de cardinal. Il tient sa traduction de la Bible en langue latine)

  • Saint Grégoire le Grand (le plus à gauche en chasuble bleu, tenant sa tiare papale)

Docteurs de l’Église d’Orient (ils sont ici plus difficilement identifiables) :

  • Saint Athanase

  • Saint Basile (peut-être le second)

  • Saint Grégoire de Naziance (peut-être celui qui tient son bâton pastoral appelé Tau)

  • Saint Jean Chrysostome (peut-être le quatrième, tenant ses écrits)

  • Saint Cyrille d’Alexandrie

Ils se tiennent sur ce podium, sorte de tribune pour haranguer les foules, à moins que ce ne soit l’emplacement prévu pour l’empereur dans les arènes. Sur le devant, on distingue une croix pattée et ancrée (signe de l’espérance), marquée du XP (les deux premières lettres du mot Christ en grec) entourée de pampres de vigne (signe de l’eucharistie)



Dans les arches qui s’ouvrent de chaque côté, on aperçoit à gauche la basilique Saint-Pierre du Vatican. Devant elle le Pape Pie XI qui lâche une colombe de sa main droite. Derrière lui, un assistant tient sa crosse pontificale en forme de triple croix (qui rappelle son triple pouvoir d’ordre sacré, de juridiction et de magistère). À travers l’arche de droite, on distingue la Basilique Sainte-Sophie, siège du Patriarcat Orthodoxe de Constantinople. Photios II, Patriarche en 1930, bénit aussi la foule devant sa Basilique.


L’Esprit tombe donc sur les deux églises, ses deux poumons, comme le disait Soloviev (phrase reprise par Jean-Paul II). Et ce, avec toute la tradition de l’Église, tous les saints qui l’ont fait vivre et nourrie de leurs écrits et méditations.


Registre inférieur

Ici est représentée l’Église en 1930 à travers les sacrements.



Au centre, sous la tribune, on remarque un homme presque nu, décharné, visité par un ange. Derrière, une vibrante lumière dorée illumine le pauvre homme. Faut-il y voir Pierre délivré de sa prison par l’ange (Actes 12) ? Ou la représentation symbolique des sept œuvres de miséricorde :

  • nourrir l'affamé,

  • abreuver l'assoiffé,

  • accueillir l'étranger,

  • vêtir les malheureux,

  • soigner les malades,

  • visiter les prisonniers

  • ensevelir les morts.

À gauche, un groupe de personnes entoure un évêque qui semble imposer les mains à un prêtre (l’ordination). À ses côtés, des enfants portent les signes traditionnels de leur première communion (l’eucharistie). De l’autre côté, une carmélite, deux hommes (peut-être des scientifiques) et deux religieuses en cornettes qui présentent un jeune enfant. Sur la gauche, deux ouvriers font peut-être allusion à la nouvelle population qui s’installe dans le quartier. Bref, une Église qui consacre et qui se veut proche de toutes les couches de la population. Une Église qui ordonne des prêtres pour sanctifier le Peuple de Dieu.


À droite, un autre groupe est aussi réuni autour d’un évêque, accompagné d’un franciscain, d’un dominicain, d’un jésuite et d’un autre religieux. Une nouvelle fois, l’évêque ordonne un prêtre pour partir au service des missions coloniales. Cette évangélisation se fera aussi avec tous les autres religieux qui béniront les populations agrégées à la France : arabes, africains, asiatiques… Il est bon de remettre cela dans le contexte d’un siècle triomphant, où la France était fière de ses colonies de par le monde…


Toujours est-il que l’Esprit descend aussi sur eux : sur cette Église qui essaie d’évangéliser ici et là-bas, sur tous les Peuples de la terre, sur tous les hommes quels que soient leur condition, leur âge, leur culture. L’Esprit n’a pas de limite, même sur cette fresque ! Il veut, en ce jour de Pentecôte, baigner le monde de sa Lumière et de son Amour.


Un double mouvement


Épître aux Éphésiens 4, 10-16

Et celui qui était descendu est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux pour remplir l’univers. Et les dons qu’il a faits, ce sont les Apôtres, et aussi les prophètes, les évangélisateurs, les pasteurs et ceux qui enseignent. De cette manière, les fidèles sont organisés pour que les tâches du ministère soient accomplies et que se construise le corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude. Alors, nous ne serons plus comme des petits enfants, nous laissant secouer et mener à la dérive par tous les courants d’idées, au gré des hommes qui emploient la ruse pour nous entraîner dans l’erreur. Au contraire, en vivant dans la vérité de l’amour, nous grandirons pour nous élever en tout jusqu’à celui qui est la Tête, le Christ. Et par lui, dans l’harmonie et la cohésion, tout le corps poursuit sa croissance, grâce aux articulations qui le maintiennent, selon l’énergie qui est à la mesure de chaque membre. Ainsi le corps se construit dans l’amour.

Cet Esprit qui a illuminé les apôtres, qui les a envoyés en mission, puis a éclairé les docteurs, qui redonne vie aux deux poumons de l’Église, qui est présent en plénitude dans les évêques, qui consacre les prêtres comme serviteurs de Dieu, qui accompagne tous les missionnaires, et qui envahit le cœur des hommes… cet Esprit descend aujourd’hui du ciel sur la terre.


Mais il descend sur cette terre pour aider les hommes à rejoindre Dieu. Des hommes qui, emplis de l’Esprit-Saint, guidés par leurs prêtres, confirmés dans leur foi par les évêques, enseignés par les docteurs, qu’ils soient d’Orient ou d’Occident… ces hommes deviennent alors des apôtres de la Parole de Dieu, et par l’intercession de la Vierge Marie, Porte du Ciel, rejoignent leur Dieu.


Aujourd’hui encore, l’Esprit souffle dans l’Église. Il fait s’envoler les vieux rideaux poussiéreux, invite chacun à sortir, comme le Pape et le Patriarche, pour annoncer que Christ est ressuscité et qu’il est notre Sauveur. Puisse cet Esprit continue de souffler sur chacun d’entre nous !



Catéchèse de Syméon le Nouveau Théologien (+ 1022), Catéchèses, 33, SC 113, 255-261.

La clé de la connaissance n'est pas autre chose que la grâce du Saint-Esprit. Elle est donnée par la foi. Par l'illumination, elle produit très réellement la connaissance et même la connaissance plénière. Elle ouvre notre esprit enfermé et obscurci, souvent avec des paraboles et des figures, mais aussi avec des affirmations plus claires. <>

Faites donc bien attention au sens spirituel de la parole. Si la clé n'est pas bonne, la porte ne s'ouvre pas. Car, dit le Bon Pasteur, c'est à lui que le portier ouvre (Jn 10,3). Mais si la porte ne s'ouvre pas, personne n'entre dans la maison du Père, car le Christ a dit : Personne ne va vers le Père sans passer par moi (Jn 14,6).


Or, c'est l'Esprit Saint qui, le premier, ouvre notre esprit et nous enseigne ce qui concerne le Père et le Fils. Le Christ nous dit cela aussi : Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur, et il vous guidera vers la vérité tout entière (cf. Jn 15,26 ; 16,13). Vous voyez comment, par l'Esprit ou plutôt dans l'Esprit, le Père et le Fils, inséparablement, se font connaître. Et Jésus dit encore : Si je ne m'en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais lorsqu'il viendra, lui, il vous rappellera toute chose (Jn 16,7). Et encore : Si vous m'aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur, qui sera toujours avec vous : c'est l'Esprit de vérité (cf. Jn 14,15-17). <>


Si l'on appelle le Saint-Esprit une clé, c'est parce que, par lui et en lui d'abord, nous avons l'esprit éclairé. Une fois purifiés, nous sommes illuminés par la lumière de la connaissance. Nous sommes baptisés d'en haut, nous recevons une nouvelle naissance et devenons enfants de Dieu, comme dit saint Paul : L'Esprit Saint intervient pour nous par des cris inexprimables (Rm 8,26), et encore : Dieu a envoyé en nos coeurs son Esprit qui crie : Abba, Père (cf. Ga 4,6) !


C'est donc lui, l'Esprit, qui nous montre la porte, cette porte qui est lumière. Et cette porte nous enseigne que l'habitant de la maison est, lui aussi, lumière inaccessible (cf. 1 Tm 6,16).



Sermon de saint Aelred de Rielvaux (+ 1167), Sermon sur la septuple voix du Saint-Esprit à la Pentecôte, Sermones inediti, éd. C.H. Talbot, Rome, 1952, 1, 112-114.

La solennité de ce jour nous enthousiasme, non seulement parce que nous reconnaissons son importance, mais aussi parce que nous savourons sa douceur. Ce qu'elle met surtout en valeur, c'est l'amour. Or il n'y a pas dans le langage des hommes une parole plus douce à entendre, un sentiment plus délicieux à cultiver. Cet amour n'est rien d'autre que la bonté de Dieu, sa bienveillance, son amour. Ou plutôt, c'est Dieu qui est en personne la bonté, la bienveillance, l'amour. Et cette bonté de Dieu s'identifie à son Esprit, lequel est lui-même Dieu. <>


Et selon le dessein de Dieu, au commencement, l'Esprit de Dieu a rempli l'univers, déployant sa vigueur d'un bout du monde à l'autre et gouvernant toute chose avec douceur (Sg 8,1). Mais, en ce qui concerne son oeuvre de sanctification, c'est à partir de ce jour de Pentecôte et par la suite que l'Esprit du Seigneur a rempli l'univers. Car c'est aujourd'hui que cet Esprit de douce ur est envoyé par le Père et le Fils pour sanctifier toute créature selon un plan nouveau, une manière nouvelle, une manifestation nouvelle de sa puissance et de sa vertu. Certes, auparavant l'Esprit n'avait pas été donné, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié (Jn 7,39). <>


Mais aujourd'hui, venant du séjour céleste, l'Esprit s'est donné aux âmes des mortels avec toute sa richesse, toute sa fécondité. Ainsi cette rosée divine s'étendrait sur toute l'étendue de la terre, dans la diversité de ses dons spirituels. Et il est juste que la plénitude de ses richesses ait ruisselé pour nous du haut du ciel, puisque peu de jours auparavant, par la générosité de notre terre, le ciel avait reçu ce fruit d'une merveilleuse douceur. Car notre terre a-t-elle jamais produit rien de plus doux, de plus agréable, de plus délicieux, de plus saint ? Oui, la vérité a germé de la terre (Ps 84,12).


Il y a quelques jours, nous avons envoyé en avant-coureur ce que le ciel possédait de plus doux, afin que nous le possédions à notre tour. L'humanité du Christ, c'est toute la grâce de la terre ; l'Esprit du Christ, c'est toute la douceur du ciel. Il s'est donc produit une sorte d'échange très salutaire : l'humanité du Christ est montée de la terre au ciel ; aujourd'hui, du ciel est descendu vers nous l'Esprit du Christ. <>


Puisque l'Esprit du Christ remplit l'univers, lui qui tient ensemble tous les êtres, il entend toutes les voix (Sg 1,7). C'est partout que l'Esprit Saint agit, c'est partout que l'Esprit prend la parole. Sans doute, avant l'Ascension, l'Esprit du Seigneur fut donné aux disciples, lorsque le Seigneur leur dit : Recevez le Saint-Esprit. Tous ceux à qui vous remettrez leurs péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus (Jn 20,23). Mais en aucune façon, avant la Pentecôte, on n'entendit la voix de l'Esprit Saint, on ne vit briller sa puissance. Et sa connaissance ne parvint pas aux disciples du Christ, qui n'avaient pas été confirmés en courage, puisque la peur les obligeait encore à se cacher dans une salle fermée à clé.


Mais à partir de ce jour, la voix du Seigneur domine les eaux, le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre, la voix du Seigneur brise les cèdres, elle taille des lames de feu, elle épouvante le désert de Cadès, elle ravage les forêts, et tous s'écrient : Gloire ! (cf. Ps 28,3-9)


Prière

Aujourd'hui, Seigneur, par le mystère de la Pentecôte, tu sanctifies ton Église chez tous les peuples et dans toutes les nations ; répands les dons du Saint-Esprit sur l'immensité du monde, et continue dans les coeurs des croyants l'oeuvre d'amour que tu as entreprise au début de la prédication évangélique. Par Jésus Christ.


Veni Sancte Spiritus


Viens, Esprit-Saint,

et envoie du haut du ciel

un rayon de ta lumière.

Viens en nous, père des pauvres,

viens, dispensateur des dons,

viens, lumière de nos cœurs.

Consolateur souverain,

hôte très doux de nos âmes

adoucissante fraîcheur.

Dans le labeur, le repos,

dans la fièvre, la fraîcheur,

dans les pleurs, le réconfort.

O lumière bienheureuse,

viens remplir jusqu'à l'intime

le cœur de tous tes fidèles.


Sans ta puissance divine,

il n'est rien en aucun homme,

rien qui ne soit perverti.

Lave ce qui est souillé,

baigne ce qui est aride,

guéris ce qui est blessé.


Assouplis ce qui est raide,

réchauffe ce qui est froid,

rends droit ce qui est faussé.

A tous ceux qui ont la foi

et qui en toi se confient

donne tes sept dons sacrés.

Donne mérite et vertu,

donne le salut final

donne la joie éternelle.