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Sainte Trinité (C)

La vérité tout entière -



Vierge ouvrante de Notre-Dame-des-Murs,

Anonyme,

Bois de tilleul doré et peint, 1390, hauteur : 110 cm,

Église Saint-Matthieu, Morlaix (France)


Évangile de Jésus-Christ selon Saint Jean (Jn 16, 12-15)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »


Histoire de la statue


Extrait du blog de Jean-Yves Cordier


Elle provient de la Collégiale du Mur qui datait de 1295, fut désaffectée à la Révolution puis démolie, sauf sa tour du XVe.


Spécialement commandée par la très riche et puissante Confrérie de la Trinité de Morlaix, elle aurait été réalisée dans la région de Cologne en 1400. Ouverte du jour de la Sainte-Trinité (entre mai et juin, fête correspondant au motif intérieur) au 8 septembre (fête de la Nativité de la Vierge), elle se referme dès avant l'automne pour faire apparaître alors ses formes extérieures de Vierge allaitante, assez pudique d'ailleurs.


En 1988, le père Yves-Pascal Castel soulevait l'hypothèse d'une vierge de construction rhéno-mosane du XIIIe siècle, présente dès la construction de la collégiale en 1295, et revêtue de ses peintures intérieures marouflées cent ans plus tard en 1390, dans la même région germanique avec laquelle les marchands morlaisiens étaient en constante relation de commerce. J'ignore si, en 2012 où la statue fut exposée à Paris au Petit-Palais, les experts nationaux ont repris cette thèse...


La "confrairie" de la Trinité, fondée en l' église de Saint-Mathieu de Morlaix en 1110 et transférée par Jean II en la collégiale Notre-Dame du Mur, en 1295 était une association de dévotion, de charité, d'entraide aux mourants et devint ensuite une compagnie de commerce, composée des tisserands et des marchands de toiles, principal commerce de Morlaix depuis toujours. Elle disposait d'une chapelle de la Trinité ornée au XVe siècle d'un vitrail comportant leurs marques et insignes. Elle élisait des prévôts et des "abbés", chargés de surveiller la qualité des toiles et de les certifier par un sceau, avec droit de visites chez les marchands et tisserands et qui percevaient une taxe sur les ventes. La collégiale Notre-Dame du Mur lui doit, outre cette statue, la cloche de son horloge ainsi qu’une bonne part de son argenterie sacrée, marquée d’une navette.


Faite en bois de tilleul polychrome, elle appartient au 17 "vierges ouvrantes" de France (en Bretagne, citons celle de la chapelle de Quelven en Guern, ou celle de Bannalec. A Paris, celle du Musée de Cluny, qui vient d'Allemagne ; en Île de France, celle d'Alluye ; celles d'Auvergne, de Lorraine, etc...). Toutes réalisées entre le XIIe et le XVe siècle, elles renferment toutes en leur sein, au sens ici littéral, une représentation trinitaire connue sous le nom de "trône de grâce" : le Christ en croix, tenu par Dieu le Père, et accompagné par la colombe de l’Esprit.


Fruit de la pitié populaire, elles devinrent suspectes après le concile de Trente (milieu du XVIe) qui, réexaminant les bases de la foi, recommanda de ne plus recourir à ce genre de représentations. En-effet, Marie est certes mère de Jésus et donc Theotokos, "portant Dieu", mais elle ne peut être reconnue mère des trois personnes de la Sainte-Trinité. En 1745, le pape Benoît XIV les classait dans les figurations " non approuvées " de la Trinité. Néanmoins la piété des Morlaisiens, très attachés à leur statue, a permis que celle-ci échappe à la destruction.


Comme les groupes nommés "Anne trinitaire, où la Vierge et Anne lisent dans les Écritures, à l'Enfant, le destin douloureux auquel il est voué, ces statues montrent ce que la Vierge "gardait dans son cœur" (Luc 3,51), sa prescience de la Passion et de la Rédemption.


En dehors de cette interprétation religieuse, ces vierges ouvrantes montrent le contraste entre l'innocence tendre de la relation Mère-Enfant pendant l'allaitement, et les angoisses de la mère déjà préoccupée et anxieuse des souffrances inévitables que l'avenir réserve à tout être en développement.


Sous la Révolution, la Vierge ouvrante de Notre-Dame des Murs a été sauvée par une couturière, Jacquette Cloarec, qui la cacha à son domicile de la rue des Nobles avant de la remettre au clergé de Saint Matthieu le jour où la paix civile revint.


Ce que je vois

Notons d’abord les six scènes peintes sur les vantaux latéraux de l’intérieur de la statue (de gauche à droite et de bas en haut) : l’Annonciation, la Nativité, la Circoncision, la Flagellation, la Résurrection et la Descente aux enfers (ou anastasis). Il est intéressant de voir que ces scènes de la vie de la Vierge et du Christ se font face. Se répondent-elles les unes aux autres ? Lors de l’Annonciation, l’ange dit à Marie que son Fils sera appelé « Jésus », c’est-à-dire « Dieu sauve ». Ce salut ne se réalisent-Il pas dans le sang qu’il versa lors la Passion qui lui fait face ? À la Nativité, Marie donne naissance à son Premier-Né, comme il fut, en face, le Premier-Né d’entre les morts. Lors de la Circoncision, Siméon révéla que cet enfant était là pour le relèvement de beaucoup en Israël, relèvement d’Adam et Ève des enfers.


Nous l’avons lu, ce qui est condamné dans la partie centrale est que nous pourrions penser que Marie donne naissance à toute la Trinité, Père, Fils et Esprit. Comme si elle était la déesse-Mère, la Gaïa. L’Église ne peut donc valider ce type de représentation. Notons simplement que cette disposition de la Trinité fut particulièrement mise en valeur, sans la Vierge, dans cette fameuse fresque de Masaccio :


La Trinité

Tommaso di Ser Giovanni di Simone dit Masaccio (San Giovanni Valdarno, 1401 - Rome, 1428)

Fresque, 667 x 317 cm, entre 1425 et 1428

Église Santa-Marie Novella, Florence (Italie)

Ce qui va advenir

C’est comme un nouvel Avent qui nous est annoncé, ce qui va advenir. Et pour le moment, les disciples n’ont pas la force de le porter, car ils n’ont pas encore reçu l’Esprit. En effet, « Qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas » (Rm 8, 9). Il faut être greffé sur le Christ et sous l’influx de l’Esprit (1 Cor 12, 3) :

C’est pourquoi je vous le rappelle : Si quelqu’un parle sous l’action de l’Esprit de Dieu, il ne dira jamais : « Jésus est anathème » ; et personne n’est capable de dire : « Jésus est Seigneur » sinon dans l’Esprit Saint.

Et comme l’a prévenu Jésus, « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5). Alors, il faut attendre, patienter. Mais pas aveuglément. Car le « programme » est donné. Au futur... Et déjà dans une perspective trinitaire...

  1. Verset 13 : Il vous fera accéder à la vérité tout entière - Il vous l’annoncera.

  2. Verset 14 : Il me glorifiera - Il vous l’annoncera.

  3. Verset 15 : Tout ce que possède mon Père est à moi - Il vous l’annoncera

La Trinité en filigrane... L’Esprit de vérité, le Fils Glorifié, le Père des grâces. Nous savons déjà à quoi nous en tenir ! Voilà ce que l’Esprit va nous faire connaître.


Connaître

J’aime ce verbe que Charles Péguy écrivait co-naître, ce qui naît avec moi. Ce que l’Esprit va nous faire connaître, ce qu’il va faire naître en nous est simple : la vérité tout entière, la gloire du Fils et la grâce du Père. Cet Esprit va nous aider à entrer dans cet amour trinitaire. Mais pour le moment, même si nous avons déjà entendu ces paraboles, nous ne pouvons encore bénéficier de ses fruits. Elle est en germe. Seul l’Esprit peut la faire naître pour que nous puissions connaître. Il viendra redire, ce qui suppose que ça a déjà été dit... Parfois en paroles, parfois en actes. Lui nous apprendra à décrypter, à déchiffrer, à comprendre, à prendre avec et en nous. En fait, à mettre la lumière sur ce qui est déjà en nous, mais dans les ténèbres.


Quand ?

Oh, bien sûr, à la Pentecôte. Et même à chaque fois que cette Pentecôte est renouvelée en nous par les sacrements. Mais, comprenons bien, l’Esprit, comme le Christ, ne parle pas de son propre chef (verset 13). Comme le Christ, il dira ce qu’il a entendu du Père. Et le Père, par le Fils et l’Esprit, veut nous annoncer ce qui va advenir. Quoi donc ? Je ne pense pas que ce soit une prédiction à la Madame Irma. Ni même une révélation sur les temps eschatologiques, puisque même le Christ n’en connaît la date (Mt 24, 35-36) :

Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges des cieux, pas même le Fils, mais seulement le Père, et lui seul.

Cette vérité doit être autre. Ne serait-ce pas plutôt ce que Jésus est venu inaugurer par sa mort est a résurrection, pas son don de l’Esprit : les temps nouveaux, le temps de l’Église. Comme nous le lisons dans l’Apocalypse (Ap 21, 5) :

Alors celui qui siégeait sur le Trône déclara : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. »

Si bien que ce message est aussi pour nous. Nous attendons et prions chaque jour pour la Pentecôte de l’Église !


Deux mondes s’unissent

Car, à cette lecture, on pourrait se dire qu’existent deux mondes inconciliables : la terre et le ciel ; ou encore, le monde des hommes et celui e Dieu ; ou bien, l’Église du ciel, et l’Église terrestre. Et l’Esprit serait alors le lien, pour ne pas dire le parapet qui unit les deux. C’est peut-être vrai, mais, à mon avis insuffisant. Car nous allons recevoir par l’Esprit ce qui est du Christ (verset 14), par l’Esprit. Et ce qui est du Christ est aussi du Père (verset 15). Ainsi, ce don nous unit au ciel.


On parle parfois de l’inhabitation trinitaire ! Terme curieux. Qu’est-ce à dire ? Le préfixe in- signifie que toute la Trinité habite en nous. N’est-ce pas ce qu’a annoncé l’Évangile de ce jour ? Le Père, le Fils et l’Esprit choisissent de faire leur demeure dans l’âme de leurs enfants ! Il s’agit d’une œuvre surnaturelle. « Par la présence d’immensité, Dieu comblait l’âme, mais résidait en elle comme un étranger. À l’âme enrichie de la grâce, Dieu se livre Lui-même comme un Ami et un Père  » (Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus). Oui, les deux mondes sont réunis, il s’inter-échangent. Dieu, dans la plénitude de la Trinité réside en nous. Mais il nous appelle aussi à plus...


Habiter la Trinité

Nous parlions à l’Ascension de l’aspiration créée par le Christ lors de sa montée au ciel. Il aspire tous les hommes à le rejoindre dans la Maison du Père. Mais comment pourrions-nous le rejoindre ?


Je repense ici à un petit livre du Père Paul de Jaegher, jésuite, La vie d’identification au Christ Jésus, paru en 1927 au Cerf. Cet ouvrage nous invite à dépasser la simple imitation du Christ, comme le promut tant ce célèbre petit fascicule de la fin du XIVème siècle : L’imitation de Jésus-Christ, attribué à Thomas A Kempis. Il explique qu’il ne s’agit pas d’imiter le Christ. Comment le pourrions-nous. Il est de nature humaine et divine. Nous, nous ne sommes que de simples humains. Il peut par son Esprit, nous inspirer. Mais nous ne pourrons jamais imiter l’inégalable. Ce serait donc sans issue ? Non. Car il parle alors de laisser le Christ se substituer à nos vies en nous identifiant à Lui.


De fait, dans l’épître aux Philippiens, la clé nous est présentée (Ph 2, 5b-11) :

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti (kénose), prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

Il s’est anéanti, vidé de lui-même. Si nous-mêmes, nous nous vidons de nous-mêmes pour lui laisser la place, il viendra nous emplir. Il vient se substituer à nous, et nous, nous identifions à lui. N’est-ce pas déjà commencé de par notre onction baptismale et chrismale qui fait de nous des oints, des christs ? Et si je deviens le Christ, ce ne sont plus mes plaies, mes souffrances, mais les siennes. Et ma parole peut devenir la sienne !


Et qui plus est, alors, je peux entrer dans cette Trinité étant moi-même identifié à Jésus. Je participe alors à sa vie, sa joie. Et je peux entendre, comprendre, connaître et vivre ce que l’Esprit veut me dire. Puisse la prière d’Élisabeth de la Trinité nous y aider. Dépouillons-nous de notre vieil homme pour revêtir le Christ (Rm 6, 3-11) :

Ne le savez-vous pas ? Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. Car, si nous avons été unis à lui par une mort qui ressemble à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection qui ressemblera à la sienne. Nous le savons : l’homme ancien qui est en nous a été fixé à la croix avec lui pour que le corps du péché soit réduit à rien, et qu’ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché. Car celui qui est mort est affranchi du péché. Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Nous le savons en effet : ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus ; la mort n’a plus de pouvoir sur lui. Car lui qui est mort, c'est au péché qu'il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c'est pour Dieu qu'il est vivant. De même, vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ.


Homélie de saint Hilaire (+ 367), Sur la Trinité, 12, 55-56, PL 10, 469-472

Selon saint Paul, ton Esprit Saint, mon Seigneur et mon Dieu, scrute et connaît tes profondeurs (cf. 1 Co 2,10). Quand il intercède pour moi, il te parle à ma place par des cris inexprimables (cf. Rm 8,26). Rien, en dehors de toi, ne scrute ton mystère. Rien qui soit étranger ou extérieur n'est assez puissant pour mesurer la profondeur de ton infinie majesté. Tout ce qui pénètre en toi est de toi; rien de ce qui est étranger à toi n'a le pouvoir de te scruter.


Que ton Esprit Saint vienne de toi par ton Fils unique, je ne le perçois pas sensiblement, mais j'en ai la conviction. Car, dans le domaine spirituel qui est le tien, mon esprit est obtus, comme l'assure ton Fils unique : Ne sois pas étonné si je t'ai dit qu'il vous faut renaître. Car le vent souffle où il veut: tu entends le bruit qu'il fait mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l'eau et de l'Esprit (Jn 3,7-8).


Je crois en ma nouvelle naissance sans la comprendre, et je suis déjà certain de vérités qui m'échappent. Sans que je comprenne comment, je renais, et ma nouvelle naissance s'accomplit réellement. Rien n'empêche l'Esprit de parler quand il veut et là où il veut. Le motif de sa venue et de son départ nous reste inconnu, même si j'ai la conviction de sa présence.


Jean, ton Apôtre, nous enseigne que tout a été fait par ton Fils qui était auprès de toi au commencement, qui est Dieu et Verbe de Dieu (cf. Jn 1,1-3). Et saint Paul énumère tout ce qui a été créé en lui, au ciel et sur la terre, êtres visibles et puissances invisibles ; il souligne que tout a été créé dans le Christ et par le Christ (cf. Col 1,16-17). Quant à l'Esprit Saint, il a jugé suffisant d'affirmer qu'il est ton Esprit.


Pour moi, je penserai comme ces deux hommes (Jean et Paul) que tu as choisis, et avec eux, je ne dirai rien sur ton Fils unique qui dépasse les capacités de mon intelligence: je me contenterai de dire qu'il est né. De même, avec eux, je ne dirai rien de ton Esprit Saint qui dépasse les ressources naturelles de l'homme : je déclarerai seulement qu'il est ton Esprit. Je ne veux pas d'une vaine querelle de mots: je m'en tiens à professer fermement une foi inébranlable.


Je t'en prie, mon Dieu, conserve intacte la ferveur de ma foi, et, jusqu'à mon dernier soupir, donne-moi d'exprimer ce qui est ma conviction, de garder toujours ce que j'ai professé dans le Symbole lors de ma nouvelle naissance, quand j'ai été baptisé dans le Père, le Fils et l'Esprit Saint. Accorde-moi de t'adorer, toi notre Père, et ton Fils qui ne fait qu'un avec toi; fais que je reçoive ton Esprit Saint, qui procède de toi par ton Fils unique.


J'ai, en faveur de ma foi, un témoin autorisé, celui qui déclare: Père, tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi (Jn 17,10). Ce témoin, c'est mon Seigneur Jésus Christ, lui qui demeure en toi, lui qui vient et qui est toujours auprès de toi, étant toujours Dieu, pour les siècles des siècles. Amen.


Prière

Dieu notre Père, tu as envoyé dans le monde ta Parole de vérité et ton Esprit de sainteté pour révéler aux hommes ton admirable mystère; donne-nous de professer la vraie foi en reconnaissant la gloire de l'éternelle Trinité, en adorant son Unité toute-puissante. Par Jésus Christ.



Prière à la Trinité (Sainte Élisabeth de la Trinité)

Ô mon Dieu, Trinité que j'adore, aidez-moi à m'oublier entièrement pour m'établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l'éternité. Que rien ne puisse troubler ma paix, ni me faire sortir de vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m'emporte plus loin dans la profondeur de votre Mystère. Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre Action créatrice.


Ô mon Christ aimé, crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour votre Coeur, je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer... jusqu'à en mourir ! Mais je sens mon impuissance et je vous demande de me « revêtir de vous-même », d'identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme, de me submerger, de m'envahir, de vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit qu'un rayonnement de votre Vie. Venez en moi comme Adorateur, comme Réparateur et comme Sauveur. Ô Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter, je veux me faire tout enseignable, afin d'apprendre tout de vous. Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances, je veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande lumière ; ô mon Astre aimé, fascinez-moi pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement.


Ô Feu consumant, Esprit d'amour, « survenez en moi » afin qu'il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe : que je Lui sois une humanité de surcroît en laquelle Il renouvelle tout son Mystère. Et vous, ô Père, penchez-vous vers votre pauvre petite créature, « couvrez-la de votre ombre », ne voyez en elle que le « Bien-Aimé en lequel vous avez mis toutes vos complaisances ».


Ô mes Trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude infinie, Immensité où je me perds, je me livre à vous comme une proie. Ensevelissez-vous en moi pour que je m'ensevelisse en vous, en attendant d'aller contempler en votre lumière l'abîme de vos grandeurs.

21 novembre 1904 (Notes Intimes 15)

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