Samedi, 13ème semaine du T. O. — Année Paire

À vin nouveau, outre neuve



Vieil homme buvant un verre de vin

Gustave Courbet (Ornans, 1819 - La Tour-de-Peilz, 1877)

Huile sur toile, 16,5 x 21,7 cm, 1872

Mayor Gallery, Londres (Royaume-Uni)


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 9, 14-17)

En ce temps-là, les disciples de Jean le Baptiste s’approchèrent de Jésus en disant : « Pourquoi, alors que nous et les pharisiens, nous jeûnons, tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » Jésus leur répondit : « Les invités de la noce pourraient-ils donc être en deuil pendant le temps où l’Époux est avec eux ? Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront. Et personne ne pose une pièce d’étoffe neuve sur un vieux vêtement, car le morceau ajouté tire sur le vêtement, et la déchirure s’agrandit. Et on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement, les outres éclatent, le vin se répand, et les outres sont perdues. Mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et le tout se conserve. »


Méditation

Le Père Sevin disait aux Scouts : « Le scout campe... et décampe » ! Comme Jésus qui tout au long de l’évangile campe et décampe. Jamais il ne s’installe. Et c’est souvent cette attitude figée que Jésus dénonce : croire que l’on est arrivé, que l’on a tout ce qu’il faut, matériellement ou spirituellement. En fait, refuser le changement. Non pour le simple fait de changer, mais pour ne pas s’encroûter, car l’Esprit est vivifiant. Pensez à ce merveilleux verset de l’Apocalypse (Ap 21, 5) : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. » L’évangile de ce jour nous dit-il autre chose ? Sa Parole d’amour est nouvelle et risque de ne pas entrer dans une ancienne conception de la Loi, d’un Dieu justicier à qui il faudrait faire des sacrifices pour nous racheter. Mais le jansénisme n’est pas encore mort, malheureusement. Même une sainte comme Thérèse de Lisieux a dû s’affronter à cette idée dans le Carmel. Elle, elle a annoncé un Dieu d’amour et de miséricorde qui attend notre amour. Et Thérèse a compris que l’unique chose à faire n’était pas de porter des cilices et des instruments de tortures, mais de vouloir faire simplement plaisir au bon Dieu. Dieu a fait en elle toute chose nouvelle... Car la Parole de Dieu est vivante, et non lettre morte. Et par principe, tout ce qui est vivant bouge. Si l’on veut enfermer la Parole de Dieu dans de vieilles outres (ou dans de vielles badernes...), elles éclatent.


Je conclus avec un petit texte du Père Sevin écrit pour des prêtres : « Nous sommes jeunes et nous voulons absolument le demeurer. Au surnaturel comme au naturel, tout nous intéresse et c'est avec un coeur jeune et des yeux jeunes que nous abordons le monde, les âmes et la vie. Notre allure, notre langage, notre esprit, nos méthodes, sont d'aujourd'hui et non d'hier, car notre christianisme est toujours neuf, (...) Mûrir, soit, comme le blé ou la grappe, - pour le sacrifice ; mais vieillir n'est point propos de Prêtre : on ne consacre pas de vieilles hosties ! »