Samedi, 16e semaine du T.O. — année impaire

Douze pierres



Pierre d’autel

Anonyme

Pierre d’autel en marbre, gravée d’une croix, de douze carrés et d’une dédicace «P.F. Boulier, curé »

Église Saint-Héray, La Motte-Saint-Heray (France)


Lecture du livre de l’Exode (Ex 24, 3-8)

En ces jours-là, descendant du Sinaï, Moïse vint rapporter au peuple toutes les paroles du Seigneur et toutes ses ordonnances. Tout le peuple répondit d’une seule voix : « Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique. » Moïse écrivit toutes les paroles du Seigneur. Il se leva de bon matin et il bâtit un autel au pied de la montagne, et il dressa douze pierres pour les douze tribus d’Israël. Puis il chargea quelques jeunes garçons parmi les fils d’Israël d’offrir des holocaustes, et d’immoler au Seigneur des taureaux en sacrifice de paix. Moïse prit la moitié du sang et le mit dans des coupes ; puis il aspergea l’autel avec le reste du sang. Il prit le livre de l’Alliance et en fit la lecture au peuple. Celui-ci répondit : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique, nous y obéirons. » Moïse prit le sang, en aspergea le peuple, et dit : « Voici le sang de l’Alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le Seigneur a conclue avec vous. »


Méditation

Vous devez être surpris de voir la photographie d’une pierre d’autel pour illustrer le livre de l’Exode ! Pourtant, n’est-ce pas le même autel (je rappelle que le mot vient du latin altar qui signifie « élever »). Les deux sont élevés pour la gloire de Dieu, et c’est sur cet autel que nous sommes aussi élevés par la grâce du Corps du Christ. Mais en plus, sur cette plaque, les douze pierres des douze tribus d’Israël, dressées par Moïse sont symboliquement représentées par ces carrés. Au centre, un calvaire dressé sur une petite colline (le Golgotha - lieu du crâne d’Adam) avec les clous de la crucifixion sur le patibulum (barre transversale que portaient les condamnés et qui, par la souffrance, leur donnait un visage patibulaire).


En fait, les autels qu’ont dressés les patriarches bibliques ne sont que la préfiguration de l’autel sur lequel nous célébrons. Jusqu’en 1971, il était obligatoire que l’autel de la messe comporte une pierre comme celle-ci. Elle pouvait être retirées pour célébrer en extérieur. Ainsi, par un indult du 15 juillet 1929, le pape Pie XI donne aux aumôniers scouts le privilège de l'autel portatif, un usage concédé aux missionnaires itinérants depuis au moins un siècle auparavant. Ça pesait sur les épaules du prêtre itinérant, comme pour lui rappeler la Croix que portât Jésus…


Cette pierre était gravée de cinq croix (ici, elles sont devenues des carrés dans les coins) : une au centre et quatre aux angles, pour rappeler que nos autels ne reçoivent plus de sacrifices sanglants comme ceux de l’Ancien Testament. Le dernier sacrifice a été réalisé par le Christ sur la Croix et ces cinq croix sont le rappel des cinq plaies de Jésus, dernier sang versé.


Dans la pierre était insérée une relique d’un saint, souvent un martyr. On explique cette coutume par la sentence de Tertullien (160-220) : « Le sang des martyrs est une semence de Chrétiens ». Ainsi, au début de l’Église, on célébrait là où les martyrs avaient versé leur sang pour la Gloire de Dieu. Un exemple : l’autel (et le baldaquin) de Gian Lorenzo Bernini construit au-dessus la tombe de Pierre dans la Basilique Saint-Pierre de Rome. Mais comment ne pas faire aussi référence à l’Apocalypse (Ap 6, 9) : « Et quand il ouvrit le cinquième sceau, je vis sous l’autel les âmes de ceux qui furent égorgés à cause de la parole de Dieu et du témoignage qu’ils avaient porté. »

Mais n’oublions pas non plus que sur cet autel fut sacrifié, et continue ce sacrifice à chaque messe, le Christ qui est à la fois, l’autel, le prêtre et la victime. « Quand il livre son corps sur la croix, chante la cinquième Préface pascale, tous les sacrifices de l’ancienne Alliance parviennent à leur achèvement ; et quand il s’offre pour notre salut, il est à lui seul l’autel, le prêtre et la victime. »


Comment ne pas faire preuve de respect devant cet autel ? Autel qui est à la fois la mangeoire de la Nativité où le Verbe se fait chair, mais aussi la tombe de Jésus de laquelle il sortira ressuscité. On comprend pourquoi le prêtre baise l’autel. Le Dictionnaire de la Liturgie nous le précise :

C’est un geste de vénération, de communion et de tendresse respectueuse. Quand le prêtre (et le diacre) baise l’autel à l’entrée et à la sortie de la messe, il exprime sa communion avec Dieu, avec le Christ et avec toute l’Eglise du ciel, dont la présence est symbolisée par les reliques des saints présentes dans la pierre d’autel. Le fait que le prêtre mette habituellement les mains sur l’autel en le baisant -et non le diacre- manifeste son pouvoir d’agir sacramentellement sur lui par son sacerdoce.

L’autel ne nous rappelle-t-il pas que Dieu est toujours le « Premier servi » ?