Samedi, 27e semaine du T.O. — année impaire

Le pressoir est rempli



Le pressoir mystique

Frères de Limbourg (Nimègue, 1380 - Paris, 1416) puis les Maître de Jouvenel, Maître du Boccace de Genève, Maître de Jeanne de Laval et Georges Truber

Bible moralisée de Philippe le Hardi

Enluminures sur parchemin, de 1402 à 1493, folio de 41,5x 29 cm, folio 123v

Bibliothèque Nationale de France, Paris (France)


Lecture du livre du prophète Joël (Jl 4, 12-21)

Ainsi parle le Seigneur : « Que les nations se réveillent, qu’elles montent jusqu’à la vallée de Josaphat (dont le nom signifie : le Seigneur juge), car c’est là que je vais siéger pour juger tous les peuples qui vous entourent. Lancez la faucille : la moisson est mûre ; venez fouler la vendange : le pressoir est rempli et les cuves débordent de tout le mal qu’ils ont fait ! Voici des multitudes et encore des multitudes dans la vallée du Jugement ; il est tout proche, le jour du Seigneur dans la vallée du Jugement ! Le soleil et la lune se sont obscurcis, les étoiles ont retiré leur clarté. De Sion, le Seigneur fait entendre un rugissement, de Jérusalem, il donne de la voix. Le ciel et la terre sont ébranlés, mais le Seigneur est un refuge pour son peuple, une forteresse pour les fils d’Israël. Vous saurez que je suis le Seigneur votre Dieu, qui demeure à Sion, sa montagne sainte. Jérusalem sera un lieu saint, les étrangers n’y passeront plus. Ce jour-là, le vin nouveau ruissellera sur les montagnes, le lait coulera sur les collines. Tous les torrents de Juda seront pleins d’eau, une source jaillira de la maison du Seigneur et arrosera le ravin des Acacias. L’Égypte sera vouée à la désolation, Édom sera un désert désolé, car ils ont multiplié les violences contre les fils de Juda, ils ont répandu leur sang innocent dans le pays. Mais il y aura toujours des habitants en Juda, ainsi qu’à Jérusalem, de génération en génération. Je vengerai leur sang, que je n’avais pas encore vengé. » Et le Seigneur aura sa demeure à Sion.


Méditation


La Prière de Sainte Thérèse d'Avila « Combien le Regard de Jésus-Christ dans le dernier Jugement sera doux pour les bons et terrible pour les méchants »


« Ô mon Seigneur et mon véritable Dieu ! Celui qui ne Vous connaît pas ne Vous aime pas. Hélas ! Que cette vérité est grande, et que malheureux sont ceux qui ne veulent pas Vous connaître ! L'heure de la mort est une heure redoutable ; et qui peut, mon Créateur, assez craindre ce jour terrible qui verra exécuter le dernier arrêt que doit prononcer Votre justice ? Jésus, mon Sauveur et tout mon Bien, j'ai considéré plusieurs fois quelle est la douceur et la joie que votre Regard porte dans les âmes de ceux qui Vous aiment, et que Vous daignez voir d'un œil favorable. Il me semble qu'un seul de ces Regards leur donne tant de consolation, qu'il suffit pour les récompenser de plusieurs années de service. Oh ! Qu’il est difficile de faire comprendre ceci à ceux qui ne savent pas par expérience combien le Seigneur est doux ! Ô chrétiens, chrétiens, considérez que vous êtes devenus les frères de votre Sauveur et de votre Dieu ! Considérez qui Il est, et ne Le méprisez pas. Sachez qu'en ce Jour de Sa majesté et de Sa gloire, autant que Son regard sera doux et favorable pour Ses serviteurs et Ses amis, autant Il sera terrible et plein de fureur pour Ses persécuteurs et Ses ennemis. Ô que nous comprenons mal que le péché n'est autre chose qu'une guerre que nous faisons à Dieu, qu'un combat contre Lui de tous nos sens et de toutes les puissances de notre âme, qui conspirent comme à l'envi à qui usera de plus de trahisons et de perfidies contre leur Créateur et leur commun Roi. Vous savez, mon Seigneur, que j'ai souvent plus appréhendé de voir Votre divin Visage animé de colère contre moi dans ce Jour épouvantable de Votre dernier Jugement, que d'être au milieu des supplices et des horreurs de l'enfer, et que je Vous priais, comme je Vous prie encore, mon Dieu, de vouloir, par votre Miséricorde, me préserver d'un malheur si déplorable. Que me serait-il arrivé dans le monde qui en approche ? Je l'aime mieux, mon Dieu, quoi que ce puisse être, je l'aime mieux, pourvu que Vous me garantissiez d'une telle peine. Faites que je ne cesse jamais, mon Sauveur, de jouir de la vue de Votre souveraine Beauté. Votre Père Vous a donné à nous : ne souffrez pas, ô mon cher Maître, que je perde un Trésor si précieux. Je confesse, ô Père éternel, que je L'ai très mal conservé ; mais cette faute n'est pas sans remède ; elle n'est pas sans remède, mon Seigneur, pendant que nous respirons encore dans l'exil de cette vie. Ô mes frères, mes frères, qui êtes comme moi les enfants de Dieu, efforçons-nous, mais de tout notre pouvoir, de réparer nos fautes passées, puisque vous savez qu’Il a dit que lorsque nous aurons regret d'avoir péché contre Lui, Il oubliera toutes nos offenses. Ô Bonté sans mesure, que demandons-nous davantage ? Oserons-nous même tant demander sans quelque pudeur et quelque honte ? Mais c'est à nous maintenant de recevoir ce que son extrême Bonté nous veut donner. Puis donc qu’Il ne désire de nous que notre amour, qui pourrait le refuser à Celui qui n'a pas refusé de répandre tout son Sang pour nous, et de nous donner Sa propre Vie ? Considérons qu’Il ne nous demande rien qui ne soit pour notre avantage. Ô mon Dieu ! Quelle dureté, quel aveuglement, quelle folie ! La perte d'une aiguille nous fait de la peine ; un chasseur se fâche de perdre un oiseau, dont il ne tire autre avantage que le plaisir de le voir voler ; et nous ne sommes point touchés de regret de perdre cet Aigle royal, de perdre la majesté de Dieu même, et ce Royaume dont la possession et le bonheur dureront éternellement ! Qu'est-ce que cela, Seigneur, qu'est-ce que cela ? J'avoue que je ne le comprends pas. Tirez-nous, ô mon Dieu, d'un si grand aveuglement, guérissez-nous d'une si extrême folie ! »

Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582) – « Exclamations ou Méditations de l'âme à son Dieu » , N°14