Samedi, 2e semaine du T.O. — année paire

« Il a perdu la tête »… Fol en Christ -



L’âme du peuple russe,

Mikhail Nesterov (Ufa, 1862 - Moscou, 1942),

Huile sur toile, 206 x 484 cm, 1914,

Galerie Tretyakov, Moscou (Russie)


Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 3, 20-21)

En ce temps-là, Jésus revint à la maison, où de nouveau la foule se rassembla, si bien qu’il n’était même pas possible de manger. Les gens de chez lui, l’apprenant, vinrent pour se saisir de lui, car ils affirmaient : « Il a perdu la tête. »


Méditation


Interview menée pour la revue russe « FOMA » par Constantin Matsan, avec l’aide de Laurence Guillon. Jean-Claude Larchet est un patrologue et un théologien orthodoxe de renommée internationale.


"Foma" - La folie-en-Christ (yourodstvo), dans la conception de l’Église, c’est un exploit spirituel particulier, une forme particulière d’accomplissement chrétien. Quelle était la motivation des fous-en-Christ, pourquoi choisissaient-ils cette forme d’exploit ?


J.C.L - Il s'agissait pour eux avant tout d'obtenir l'humilité, et aussi l'impassibilité (que les Pères considèrent comme la condition d'accès à l'amour véritable de Dieu et du prochain). En se faisant passer pour fous, ils s'attiraient le mépris, les moqueries, se faisaient insulter et souvent battre. Il supportaient cela avec patience, sans répondre, sans avoir d'agressivité réciproque, de haine ou de rancune à l'encontre de leurs persécuteurs, mais au contraire en leur étant reconnaissant, en les aimant davantage et en priant pour eux.


D'autre part ils vivaient physiquement dans une extrême pauvreté, s'habillant de loques même lorsqu'il faisait très froid (et parfois se couvrant de vêtements quand il faisait chaud !), mangeant peu et dormant peu, vivant dans des lieux misérables (parfois sur des tas de fumier !). La patience, l'humilité, le détachement, l'impassibilité, ils l'acquéraient ainsi à la fois dans leur âme et dans leur corps.


On peut bien sûr acquérir ces vertus par d'autres voies, mais ce moyen était plus radical : il est plus difficile de rester humble, patient, impassible quand on est soumis constamment aux épreuves. Il est plus difficile aussi d'aimer ceux qui nous haïssent : comme l'a dit le Christ et comme l'ont répété plusieurs Pères, on n'a pas de mérite à aimer ses amis ; c'est l'amour des ennemis qui est le critère du véritable amour chrétien.


- Expliquaient-ils aux gens qui les entouraient pourquoi ils se conduisaient comme des fous-en-Christ ?


- Non. S'ils l'avaient fait, leur conduite aurait perdu sa valeur et son sens. Leur but était de passer pour de vrais fous et de cacher soigneusement la raison d'être de leur mode de vie.


- Comment l’Eglise conçoit-elle la mission des fous-en-Christ ? De quelle utilité peut-être un exploit aussi spécifique ?


- Il n’y a pas vraiment de mission des fous-en-Christ qui puisse être définie a priori ; ce n’est pas un ministère ni une institution de l’Église, c’est plutôt un charisme réservé à quelques personnes qui ont reçu un appel pour ce genre de vie, un peu comme les prophètes (dont les fous-en-Christ se montrent souvent proches). Il ne s’agit jamais non plus a priori d’exercer une fonction dans le monde. Les fous-en-Christ menaient ce genre de vie d’abord pour eux-mêmes, comme une forme d’ascèse purement personnelle. À la suite de cette ascèse, du fait la purification de leurs passions, de leur humilité et de leur amour pour le prochain, ils ont reçus des charismes de l’Esprit – le plus souvent de clairvoyance, de prophétie et de guérison – et ils ont alors mis ces charismes au service des autres. Mais c’est plutôt un effet de leur mode de vie que son but.


- Les gens devenaient-ils fous-en-Christ de par leur décision personnelle ou bien était-ce chaque fois une vocation divine accompagnée d’un don particulier ?


- Le plus souvent, les fous-en-Christ le sont devenus à la suite d’une indication qu’ils ont reçue de Dieu, directement ou par l’intermédiaire d’un starets. Ils sont entrés dans ce mode de vie parfois très jeunes (comme sainte Pélagie Ivanovna de Diveevo, à l’âge de l’adolescence), parfois déjà âgés (comme saint Syméon d’Émèse, qui avait soixante ans) ; parfois alors que le cours de leur vie était normal, parfois à la suite d’une crise (une maladie grave, comme dans le cas de sainte Pélagie Ivanovna ; la mort du conjoint, comme dans le cas de sainte Xénia de St-Péterbourg…).


- Y a-t-il une différence entre le concept de « fou-en-Christ » et celui de « faire le fou-en-Christ (yourodstovatj) » ? Autrement dit y avait-il dans l’Église des gens qui, parfois, faisaient les fous-en-Christ mais n’étaient pas des fous-en-Christ au sens strict du terme ?


- Il y a eu en Russie, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle une floraison de faux fous-en-Christ. Certains des premiers fous-en-Christ étant devenus des saints qui accomplissaient des miracles avant et après leur mort, les personnes qui avaient un comportement qui ressemblait à ceux des fous-en-Christ ont fini par inspirer du respect voire de la vénération à une partie de la population ; cela a poussé des marginaux en quête de notoriété ou d’aumônes à se faire passer pour des fous-en-Christ, ou amené un certain nombre personnes à prendre pour des fous-en-Christ de vrais malades mentaux.


- A Byzance, les fous-en-Christ étaient principalement des moines, en Russie, des séculiers. Comment cela s’explique-t-il ?


- Je ne pense pas que l’on puisse faire une distinction aussi nette. L’un des plus célèbres fous-en-Christ byzantins, saint André de Constantinople, était un laïc, et parmi les fous-en-Christ russes connus, on trouve un moine, saint Théophile de Kiev ainsi que plusieurs moniales de Diveevo. D’une manière générale le monachisme cénobitique ne se prête pas à ce genre d’ascèse, qui suppose un mode de vie indépendant. Il est donc normal qu’il y ait plus de laïcs que de moines parmi les fous-en-Christ.


- Les rationalistes considèrent les fous en Christ comme des malades mentaux ou des faibles d’esprit. Voyez-vous une part de vérité dans cette démarche ?


- Dans la mesure ou les fous-en-Christ simulent la folie, il est difficile pour un regard extérieur et même pour un psychiatre avisé de les distinguer de malades mentaux. Mais la différence entre un vrai fou-en-Christ et un fou, c’est que le fou-en-Christ n’est pas fou. Les pères spirituels des fous-en-Christ, leurs amis proches ou des personnes qui les observaient sans qu’ils se sachent observés ont constaté et témoigné qu’en privé ils avaient un comportement tout à fait normal. Toute la valeur de la folie-en-Christ est qu’elle est volontaire et non subie. D’un autre point de vue, si on analyse le comportement en apparence irrationnel de certains fous-en-Christ en le replaçant dans son contexte, on voit qu’il est parfaitement sensé : les paroles des fous-en-Christ qui paraissaient incohérentes ou leurs comportements qui semblaient insensés, étaient reçus comme tout à fait pertinents par ceux à qui ils s’adressaient et qui étaient en mesure de les déchiffrer.


Il y a là une grande différence avec un vrai malade mental qui est entièrement enfermé en lui-même et dont les paroles et les actes ne peuvent avoir de sens pour les autres!


- En quoi le comportement provoquant des fous-en-Christ différait-il de celui des bouffons, des saltimbanques ou simplement des voyous ?


J.C.L. - Un bouffon est un employé, une sorte de fonctionnaire du roi, qui a pour rôle de le divertir ou de lui dire franchement des choses que les courtisans lui cachent par peur de lui déplaire, mais il ne le fait pas au nom des valeurs chrétiennes ; un saltimbanque est un artiste ; un voyou a un comportement contraire à l’éthique chrétienne. Rien de tout cela chez un fou-en-Christ. Un fou-en-Christ est avant tout un ascète dont toute la vie est consacrée à Dieu et dont le comportement et les paroles sont inspirées par Dieu. Il peut lui arriver de dire aux grands de ce monde des choses que les autres n’osent pas leur dire, mais ce n’est jamais pour les divertir ni avec leur permission, ni sans prendre de risques.


Les fous-en-Christ ne se livrent pas à des excentricités pour amuser les gens ; au contraire, ils s’attirent le plus souvent leur colère. Parfois ils commettent des actes qui paraissent contraire à l’éthique chrétienne (par exemple voler des riches pour donner à des pauvres ; manger de la viande un jour de jeûne ; aller dans des maisons de prostitution) mais c’est toujours en restant intérieurement purs et dans le but conduire les gens à s’améliorer (par exemple, pour reprendre les trois cas précédents : en étant plus honnête et plus généreux ; en dépassant le formalisme de la pratique religieuse ; en changeant de vie).


- À l’époque antépétrovienne, en Russie, les fous-en-Christ pouvaient impunément injurier le pouvoir du tsar. Pourquoi impunément ? Parce que les tsars les prenaient pour des bouffons ou parce qu’ils voyaient en eux des messagers de la volonté divine ?


- Pas toujours impunément. Certains ont été frappés ou emprisonnés après avoir parlé. D’autres ont impressionné leurs interlocuteurs pour leur avoir révélé leurs pensées secrètes ou prédit des choses qui se sont réalisées aussitôt. D’autres encore étaient précédés par la réputation d’être des hommes spirituels et des saints qu’il convenait d’écouter.


- Le pouvoir royal comme celui de l’Église étaient critiqués non seulement par les fous-en-Christ mais aussi par les hérétiques, et les partisans de toutes sortes de réformes. Quelle est la différence ? Dans le contenu de ces critiques ? Dans leur forme ? Dans leurs objectifs ?


- Les fous-en-Christ n’étaient pas des contestataires permanents, ils ne remettaient pas en cause un régime politique en tant que tel et ils ne critiquaient pas le pouvoir en général. Ils respectaient la foi de l’Église et les réformes qu’ils visaient était surtout celles des comportements, en vue d’un meilleur respect des commandements de Dieu, et cela selon l’esprit et non selon la lettre. Ils avaient avec les puissants qu’ils rencontraient une relation qui était toujours personnelle, et ce qu’ils disaient visait avant tout à obtenir un changement de comportement personnel de leur interlocuteur, ou la modification d’une décision nuisible que ce dernier avait prise ou allait prendre.


- L’exploit de la folie-en-Christ, au XVIII° siècle, en Russie, s’il n’a pas disparu, est devenu fort rare. Qui ont été les derniers fous en Christ russes ? Sont-ils célébrés ?


- Les fous-en-Christ étaient plutôt nombreux dans la seconde moitié du XIXe siècle et au début du XXe siècle, même trop nombreux puisque, comme je l’ai dit, beaucoup de faux fous-en-Christ se mêlaient aux vrais. La Révolution a évidemment contribué à la réduction du nombre des fous-en-Christ, et même à leur disparition, d’autant que ce mode de vie se pratique en public et que pendant la période communiste toutes les manifestations publiques de la vie religieuse étaient réprimées, de même que toutes les formes de marginalité. Les fous-en-Christ qui se manifestaient encore ont été enfermés comme malades mentaux. Quelques-uns ont été martyrisés et canonisés comme néo-martyrs, comme Maxime Rouminantsev († 31.7.1928) et Alexis Vorochine († 12.9.1937). Je peux citer aussi un fou-en-Christ géorgien, dont je connais bien l’histoire : l’archimandrite Gabriel (Ourguébadzé), qui est décédé en 1995, et qui continue aujourd’hui à influencer la vie de ceux qui l’ont fréquenté ; de très nombreux visiteurs viennent prier chaque jour devant sa tombe à Samtavro près de Mskheta, et il va être prochainement canonisé par l’Église de Géorgie.


- La folie-en-Christ, dans la conception de l’Église, est-elle possible de nos jours ?


- Elle est de nos jours rendue plus difficile en raison des circonstances. Les gens même dans les villages n’ont plus une vie publique commune comme autrefois. Il n’y a plus de laïcs ni même de moines qui mènent une vie ascétique aussi rude que celle que menaient les fous-en-Christ et qui semble indissociable de leur condition. Lorsque j’ai commencé à aller en pèlerinage au Mont-Athos il y a quarante ans, il y avait encore quelques fous-en-Christ, et j’en ai encore rencontré un il y a seulement une dizaine d’années grâce à un de mes amis qui est devenu moine au Mont-Athos sous son influence. Bien qu’âgé de soixante dix ans, il se faisait insulter et battre comme un chien par l’Ancien auprès duquel il vivait, mais il supportait tout avec patience et amour et était toujours joyeux ; à ceux qui avaient perçu sa qualité spirituelle et qui allaient lui rendre visite, il donnait des conseils ou prophétisait au moyen de paraboles ou de paroles énigmatiques, dont on pouvait ensuite vérifier la pertinence.

- La folie-en-Christ a-t-elle existé, non en qualité d’exception mais en tant que phénomène, dans le catholicisme ou le protestantisme ?


- Non. Je crois que cela vient du fait que l’ascèse dans l’Église orthodoxe est de nature différente et peut prendre des formes plus radicales.


- Aujourd’hui, on donne facilement le nom de « iourodivis » à des artistes qui organisent des manifestations choquantes destinées à épater la galerie. On voit dans leur comportement une parenté avec celui des anciens fous-en-Christ. En quoi la provocation et les objectifs d’ordre social diffèrent-ils tout de même de l’exploit de la folie-en-Christ ?


- C’est une perversion de l’usage du mot « iourodivi », une extension abusive de son sens. Le but de artistes dont vous parler est de se faire remarquer, d’acquérir la notoriété, de se mettre eux-mêmes en valeur ; le but de leur action est égoïste ; ils sont mus au fond par l’orgueil et le désir de réussite sociale. La motivation et le but des iourodivis chrétiens sont à l’opposé. Comme je l’ai dit précédemment, le but des fous en Christ, dans leur vie sociale, n’était pas de provoquer ni de choquer, mais d’amener certaines personnes, à qui leurs comportements s’adressait spécifiquement, à améliorer leur vie spirituelle. Le fou-en-Christ ne vit plus du tout pour lui-même, mais pour le Christ, et pour les autres par amour du Christ. Il ne recherche pas la gloire, mais le mépris ; son but n’est pas de réussir socialement mais de monter la vanité de la réussite sociale. Sa qualité majeure est l’humilité.


C’est cette vertu principalement qui permet toujours de bien distinguer un vrai iourodivi d’un faux. Plutôt que d’utiliser le même mot « iourodivi » pour désigner les deux catégories que vous évoquez, il faudrait systématiquement utiliser pour les iourodivi chrétiens l’expression qui figure dans les textes liturgiques : « Христа ради юродивых » et qui est utilisée aussi en grec ou en français : « fous en Christ » ou fous pour le Christ ». Car ce qui est vraiment importants en ce quoi concerne les iourodivis chrétiens, ce n’est pas qu’ils aient un comportement qui a l’apparence de la folie, mais qu’il aient ce comportement pour oe Christ et dans le Christ.


- Le yourodstvo peut-il être considéré comme un phénomène nécessaire ou du moins utile à la vie de l’Église, qui réalise un rééquilibrage en contribuant à résoudre certaines tensions ou à contester certains aspects de l’institution qui risquent de formaliser ou d’assécher la vie spirituelle ?


Il faut éviter de parler de la folie en Christ comme étant elle-même une institution, ou même comme un phénomène univoque et permanent. Évidemment, si on lit en continuité les Vies des fous-en-Christ, on peut observer qu’ils ont certains traits en commun, mais que pourtant il s’agit toujours d’un phénomène individuel. Comme je l’ai suggéré dans les réponses précédentes, la folie-en-Christ naît d’une vocation personnelle et constitue avant tout une voie d’ascèse personnelle, ses incidences sociales étant un effet épisodique mais jamais un but. En même temps qu’ils ont certains traits communs, les fous-en-Christ sont très différents l’un de l’autre. Il me paraît donc inapproprié de parler de yourodstvo comme s’il s’agissait d’une institution. Les yourodivi ne forment pas d’écoles, et ils n’ont pas de disciples. Cela est exprimé de manière explicite par saint André de Constantinople qui rejette la demande d’un homme s’approche de lui en lui disant qu’il veut devenir son disciple. Les fous-en-Christ jouent certes un rôle dans la société, mais beaucoup plus, je l’ai dit, par rapport à des personnes particulières que par rapport à l’institution.


Beaucoup de fous en Christ ont été persécutés par des évêques ou des autorités ecclésiastiques, et pour cela il peut sembler qu’il y a une tension entre le yourodstvo et l’Église en tant qu’institution. Mais cela n’est pas propre aux fous-en-Christ. Les prophètes ont été persécutés par certains détenteurs de l’autorité religieuse, certains startsi aussi, et même certains évêques. Dans tous les cas ils s’agit de personnes doués de charismes qui leur confèrent une autorité spirituelle et leur attire la vénération d’un grand nombre de fidèles ils sont souvent la source autour d’eux d’un renouveau spirituel et de nombreuses vocations monastiques ; certains évêques ou métropolites locaux bénissent ou encouragent cela, mais d’autres ressentent cela comme une menace par rapport à leur propre autorité, comme une sorte de concurrence, et éprouvent de la jalousie, ce qui les rend malveillants. On peut trouver des exemples de personnalités charismatiques qui ont été ainsi persécutées à différentes époques et dans différents pays orthodoxes : saint Syméon le Nouveau Théologien au XIe siècle, saint Séraphim de Sarov en Russie au XIXe siècle, saint Nectaire d’Égine en Grèce au début du XXe siècle, et, pour citer un cas que je connais bien, le starets Taddej en Serbie au cours de ces dernières décennies.


Ce dernier, sans qu’il le cherche, attirait beaucoup de monde autour de lui, et l’évêque du lieu, que je connais et dont je peux dire que ce n’est pas un homme spirituel, l’a exilé dans une autre éparchie. Lorsqu’il est sorti du monastère où il résidait, une colombe est venue se poser sur son épaule, signe manifeste qu’il bénéficiait de la bénédiction divine. Mais il est à noter que dans l’autre éparchie où il a été reçu, non seulement il a bénéficié de la bénédiction de l’évêque, mais ce dernier venait régulièrement lui rendre visite et lui demander des conseils spirituels, ce qui montre que ce n’est pas un phénomène institutionnel qui est en cause…


Je ne veux cependant pas nier que l’Église, en tant qu’institution, a tendance à se figer dans le ritualisme et le formalisme, et qu’elle peut être séduite par le pouvoir, par les richesses et par l’esprit de ce monde. Les prophètes, les startsi, les fous-en-Christ, mais aussi tous les fidèles qui vivent profondément leur foi sont là pour rappeler la véritable réalité de l’Église, qui est le Corps du Christ animé par l’Esprit et non une société humaine ou un État dans l’État. Je ne veux pas nier non plus que les fous-en-Christ, du fait de leur vie publique et du fait qu’ils témoignent par leur genre de vie d’un parfait détachement par rapport à ce monde et à ses lois, expriment d’une manière particulièrement forte que le Royaume de Dieu n’est pas de ce monde (cf. Jean 18, 36). Ils rappellent aussi, contre le ritualisme, le formalisme et le moralisme, que la lettre tue et que c’est l’esprit qui vivifie (cf. 2 Corinthiens 3, 6). Mais le Christ Lui-même, par diverses paroles (comme « les premiers seront les derniers et les derniers les premiers », ou comme les Béatitudes [Matthieu 5, 3-12]) a souligné que le christianisme obéit à des lois différentes de celles du monde ; et saint Paul a souligné que le christianisme est folie pour le monde (cf. 1 Corinthiens 1, 17-27) et a dit au nom de tous les chrétiens qui vivent profondément leur foi : « nous sommes fous à cause du Christ » (1 Corinthiens 4, 10).