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Samedi, 30e semaine du T.O. — Année Paire

Mon âme a soif



Cerf et sa harde

Georges Frédéric RÖTIG (Le Havre, 1873 - Paris, 1961)

Gouache sur papier signée en bas à droite 12 x 17 cm

Collection privée


Psaume 41

Comme un cerf altéré

cherche l’eau vive,

ainsi mon âme te cherche,

toi, mon Dieu.

Mon âme a soif de Dieu,

le Dieu vivant ;

quand pourrai-je m’avancer,

paraître face à Dieu ?


Je me souviens,

et mon âme déborde :

en ce temps-là,

je franchissais les portails !

Je conduisais vers la maison de mon Dieu

la multitude en fête,

parmi les cris de joie

et les actions de grâce.


Méditation

Un tableau de Gustave Courbet, ou le bas de la mosaïque de Saint-Clément de Rome auraient tout aussi bien convenus pour illustrer ce psaume. Mais, c’est Rotig, peintre animalier oublié que j’ai voulu vous faire découvrir. Un cerf, avec sa harde, qui patauge dans la rivière afin de s’y désaltérer. Car la soif nous altère. Boire nous désaltère ! Coluche aurait dit : « le pluriel de bière ? Une bière… des haltères (désaltère) ! » Et si nous sommes altérés, c’est parce que notre âme a soif, soif du Dieu vivant. Nous ne nous en rendons pas toujours compte. Nous mettant cette soif intérieure sous le coup de l’ennui, ou du manque de projets, ou de tant d’autres explications. Mais rarement la bonne… Si nous vivons une sorte de marasme intérieur, c’est que notre âme se racornit, se sèche, se flétrit comme un fruit détaché de son arbre.


Alors, il faut la désaltérer, l’abreuver, la nourrir. Et peut-être commencer par se souvenir… « Je me souviens, et mon âme déborde : en ce temps-là, je franchissais les portails ! » Oui, telle la braise qui couve sous la cendre, notre enthousiasme ne s’éteint pas, il reste au fond de nos coeurs malgré toutes les vicissitudes de la vie, jamais noyé par les soucis du monde. Enthousiasme, dites-vous ? Drôle de mot… Emprunté au gr.ec ενθουσιασμος « possession divine », formé sur le verbe ἐνθουσιάζω « être inspiré par la divinité ». Celui qui est enthousiaste est inspiré, habité par Dieu. Son âme est désaltérée, il retrouve sa verdeur originelle, sa force, sa jeunesse. Dans un monde qui court vers le « jeunisme », il serait bon de rappeler que le corps vieillit, l’intelligence et la mémoire se grippent, mais que si l’on s’occupe de son âme, si on la garde vivante, alors, on reste jeune car Dieu est notre vie, notre jeunesse.


John Locke formule l'idée que « l'âme est ce qu'on appelle une feuille blanche (white paper), vide de tous caractères, sans aucune idée, quelle qu'elle soit ». L’image est belle si elle sort de conceptions trop philosophiques. Si notre âme est une feuille blanche, écrivons, et même raturons, guidés par la main de l’ange. Certains en feront même des cocottes et papier. J’oserais dire, qu’importe ! Qu’importe une fois que nous ne laissons pas cette feuille blanche dans un tiroir où elle prend la poussière… Notre âme, notre page blanche, a soif d’être écrite par Dieu, avec Dieu et en Dieu. Et le Dieu vivant.

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