Samedi, 7e semaine de Pâques

Il voit tout -



L’œil de la Providence,

Anonyme,

Plafond peint du chœur, fin XVIIe siècle,

Église Saint-Nicolas de Véroce, Saint-Gervais-Les Bains (France)


Psaume 10 (Ps 10 (11), 4, 5.7)

Le Seigneur, dans son temple saint,

le Seigneur, dans les cieux où il trône,

garde les yeux ouverts sur le monde.

Il voit, il scrute les hommes.

Le Seigneur a scruté le juste et le méchant :

l’ami de la violence, il le hait.

Vraiment, le Seigneur est juste ; il aime toute justice :

les hommes droits le verront face à face.


Méditation

Cet œil qui nous scrute, comme sur ce plafond. « Dieu garde les yeux ouverts sur le monde ». Mais nous pouvons l’entendre de plusieurs façons... Ou un œil inquisiteur, une sorte de Big Brother qui surveillerait chacun de nos actes, qui nous prendrait en défaut, nous préparerait un jugement implacable. Un œil bien janséniste en somme. Curieusement, c’est souvent celui que nous voyons en premier. Un œil qui fait peur, qui s’attaque à notre conscience et qui ne nous laisse pas en paix. Le moindre acte de nos vies semble soumis à jugement et punition, au point de nous faire douter que nous puissions faire des choses belles et pures. C’est l’œil du Dieu de l’interdiction, du Dieu de l’Ancien Testament. Il est juste mais ne correspond qu’à la première étape de notre vie spirituelle : « Tu ne feras pas ».


Puis le regard de cet œil peut s’adoucir. Il devient l’œil de l’obligation. L’œil qui corrige avant de fouetter. L’œil du Père éducateur qui veut le meilleur pour son enfant et qui sait que ça commence par lui donner des règles. Après le « tu ne dois pas » arrive le « tu dois » ! Oui, nous ne devons pas accepter le péché. Oui, nous devons prier et écouter la Parole de Dieu pour la mettre en pratique.


Puis il est un « troisième œil », celui qu’en Inde on appelle le jnana chakshus, l’œil de la connaissance. Non pas d’une connaissance ésotérique réservée aux initiés des arcanes de la pensée, mais un œil exotérique, un œil qui nous fait sortir de nous-mêmes, un œil qui nous invite à entrer en contact avec soi-même (le tréfonds de notre âme), avec les autres et avec le Tout-Autre. C’est l’œil de l’invitation. Nous passons du « tu ne dois pas » au « tu dois » et enfin au « tu devrais » !


Et ce n’est pas pour rien qu’est utilisé ce symbole de l’œil, du regard. Le regard est le reflet de l’âme. Cet œil que Dieu jette sur nous est celui où nous pouvons voir l’amour de Dieu pour nous, la valeur que nous avons à ses yeux (Isaïe 43, 4) : « Parce que tu as du prix à mes yeux, que tu as de la valeur et que je t’aime ».


Alors, laissons Dieu porter un regard d’amour sur nous. Laissons-le nous révéler que nous sommes aussi des êtres dignes d’amour, des êtres étonnants (Psaume 138, 14 — que je vous invite à, lire en entier — : « Je reconnais devant toi le prodige, l'être étonnant que je suis : étonnantes sont tes oeuvres toute mon âme le sait. » ) Et nous, apprenons à porter ce même regard sur les autres, ce regard qui n’est autre que celui du Christ. Et comme lui, en regardant nos frères, soyons émus, saisis de compassion (Luc 7, 13) : le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit : « Ne pleure pas. »