top of page

Ve dimanche de Pâques (A)

L’étymologie du pouvoir -



La hiérarchie ecclésiastique,

Anonyme,

Sacramentaire de Marmoutier à l'usage d'Autun,

Codex sur parchemin, 33,8 x 24,5 cm, vers 840-850

S 019, folio 0001v,

Bibliothèque Municipale, Autun (France)


Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 6, 1-7)

En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, les frères de langue grecque récriminèrent contre ceux de langue hébraïque, parce que les veuves de leur groupe étaient désavantagées dans le service quotidien. Les Douze convoquèrent alors l’ensemble des disciples et leur dirent : « Il n’est pas bon que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables. Cherchez plutôt, frères, sept d’entre vous, des hommes qui soient estimés de tous, remplis d’Esprit Saint et de sagesse, et nous les établirons dans cette charge. En ce qui nous concerne, nous resterons assidus à la prière et au service de la Parole. » Ces propos plurent à tout le monde, et l’on choisit : Étienne, homme rempli de foi et d’Esprit Saint, Philippe, Procore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, un converti au judaïsme, originaire d’Antioche. On les présenta aux Apôtres, et après avoir prié, ils leur imposèrent les mains. La parole de Dieu était féconde, le nombre des disciples se multipliait fortement à Jérusalem, et une grande foule de prêtres juifs parvenaient à l’obéissance de la foi.

Psaume 32 (33), 1-2, 4-5, 18-19)

Criez de joie pour le Seigneur, hommes justes ! Hommes droits, à vous la louange ! Rendez grâce au Seigneur sur la cithare, jouez pour lui sur la harpe à dix cordes.

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ; il est fidèle en tout ce qu’il fait. Il aime le bon droit et la justice ; la terre est remplie de son amour.

Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour, pour les délivrer de la mort, les garder en vie aux jours de famine.


Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre (1 P 2, 4-9)

Bien-aimés, approchez-vous du Seigneur Jésus : il est la pierre vivante rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu. Vous aussi, comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle, pour devenir le sacerdoce saint et présenter des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus Christ. En effet, il y a ceci dans l’Écriture : Je vais poser en Sion une pierre angulaire, une pierre choisie, précieuse ; celui qui met en elle sa foi ne saurait connaître la honte. Ainsi donc, honneur à vous les croyants, mais, pour ceux qui refusent de croire, il est écrit : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle, une pierre d’achoppement, un rocher sur lequel on trébuche. Ils achoppent, ceux qui refusent d’obéir à la Parole, et c’est bien ce qui devait leur arriver. Mais vous, vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut, pour que vous annonciez les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière.


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14, 1-12

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous préparer une place” ? Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Pour aller où je vais, vous savez le chemin. » Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. » Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. » Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. » Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père” ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres. Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne me croyez pas, croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père. »


Le manuscrit

Rainaud qui a été abbé, entre 844-845, de l’ancienne fondation de saint Martin, Marmoutier, est connu des spécialistes de la liturgie carolingienne, pour avoir fait exécuter, sans doute vers 845, un très beau sacramentaire dont l’ambition était d’être maniable. Ce manuscrit est aujourd’hui conservé à la Bibliothèque Municipale d’Autun (ms. 19 bis). Ce livre liturgique qui est destinée à la célébration de la messe est un outil capital dans l’accomplissement de la fonction sacerdotale. Il contient de nombreuses images, assez complexes pour la plupart.


Le folio 1v


Cécile Voyer, « Le sacramentaire de Marmoutier (Autun, BM. 19bis) et l’abbé Rainaud », dans Sulamith Brodbeck, Anne-Orange Poilpré (éd.), La culture des commanditaires. L'œuvre et l'empreinte, actes de la journée d’étude organisée à Paris le 15 novembre 2013, Paris, site de l’HiCSA, mis en ligne en juin 2015, p. 158-173.


L’image du folio 1v est sans aucun conteste la représentation la plus connue du sacramentaire de Marmoutier et celle qui a suscité le plus de commentaires (1). Placée en tête du manuscrit, cette image-frontispice figure les huit ordres ecclésiastiques identifiés par leurs attributs (2). Elle est conçue comme une sorte d’exorde : le sacramentaire contient les mots du rituel qui confèrent au clerc sa fonction, incarnée ici par l’objet qui lui a été remis pendant le rituel.


L’image se divise en deux registres, séparés par deux bandes pourprées sur lesquelles court un titulus écrit à l’encre or. Dans la partie inférieure de l’enluminure, le concepteur des images a représenté les ordres mineurs tandis qu’en toute logique dans la partie supérieure se trouvent les ordres majeurs. Outre les inscriptions sur la bande pourprée, une autre a été peinte dans le champ de l’image, au-dessus de l’évêque, du diacre et du prêtre. Contrairement aux membres des ordres supérieurs qui ne sont pas désignés par le nom de leur grade, chaque figure appartenant aux ordres inférieurs est nommée par sa fonction : ainsi, le sous-diacre (subdiaconus) est entouré à sa droite de l’exorciste (exorcista) et de l’acolyte (acholitus) et à sa gauche, du lecteur (lector) et du portier (ostiarius). L’ordre des personnages et leur énumération dans le Rituel est concordant, à l’exception de l’ordination de l’acolyte, qui dans le rituel, est placée entre celles de l’exorciste et du sous-diacre alors que l’image- frontispice il se tient entre le portier et le lecteur (3).


Une bordure très sobre de couleur verte délimite le champ de l’image. Aux angles dans des médaillons, les symboles des quatre évangélistes ont été figurés, leurs ailes se détachant sur un disque or. Dans la marge du folio, émergeant de derrière la bordure, un séraphin aux ailes or – une couleur partagée avec les Vivants – couronne la représentation. L’or est par ailleurs amplement employé dans cette image pour qualifier certains vêtements et nimbes.


La disposition des figures dans l’image reflète la hiérarchie. Ainsi les cinq ordres mineurs sont peints au registre inférieur. Au sein de ce premier ensemble de grades, le sommet de la hiérarchie est occupé par le sous-diacre, suivi du lecteur et de l’exorciste, puis du portier et de l’acolyte. Pour le signifier, le concepteur de l’image a campé le sous-diacre sur une sorte d’estrade au point culminant d’un petit mont. L’idée d’une ascension est par ailleurs soulignée par le lecteur qui, dans une attitude dynamique, gravit la pente. L’acolyte et le portier semblent converger vers le sous-diacre et franchissent les limites du champ de la représentation. L’exorciste échappe à ce mouvement collectif et offre au lecteur-spectateur la frontalité du sous-diacre ou du diacre. Contrairement à l’acolyte et à l’ostiaire, il ne regarde pas le sous-diacre.


Outre par son inscription, chaque grade inférieur est identifiable par l’attribut, le symbole de son office : la clé (portier), le livre (lecteur et exorciste) le chandelier (acolyte), le calice et l’aiguière, auxquels on pourrait ajouter la patène, le bassin et la serviette pour celui qui sert à l’autel (sous-diacre). Le lecteur et l’exorciste qui encadrent le sous-diacre sont donc munis d’un lectionnaire pour l’un, d’un livre de rituels pour l’autre, qu’ils tiennent les mains voilées (voile huméral).


Le registre supérieur est également pensé pour distinguer les degrés hiérarchiques : l’évêque, vêtu d’une chasuble, au centre de la composition, d’une échelle supérieure, siège sur sa cathèdre. Il esquisse un geste ambigu, à la fois d’enseignement et de présentation de l’hostie, en direction du prêtre en tenant le sacramentaire de sa main droite (4). Le prêtre, également assis, est entièrement tourné vers le pontife et tend ses mains dans sa direction. Légèrement à l’écart, le diacre, vêtu de la dalmatique, debout, tient le livre d’Évangiles ou l’évangéliaire refermé. Son attitude est similaire à celle de l’exorciste. Les personnages du registre supérieur se détachent sur un aplat turquoise, peint sur les deux tiers de la hauteur. Ainsi la tête de l’évêque nimbée d’or figure sur un fond couleur parchemin. Les clercs, tous nimbés, sont ainsi visuellement retranchés de ceux qui ne sont pas consacrés, les laïcs, à l’instar de la représentation du folio 173v.


Des passerelles visuelles et des rapprochements s’établissent d’un registre à l’autre. Le lecteur, par exemple, ne regarde pas le sous-diacre vers qui il se dirige mais l’évêque peint au registre supérieur. Le sous-diacre est revêtu d’une tunique qui s’apparente à la dalmatique du diacre. De surcroît, les membres des ordres inférieurs – à l’exception de l’exorciste et du sous-diacre – gravissent une petite pente. Ce petit mont est le signe de leur élévation : le portier, le lecteur et l’acolyte s’élèvent pour rejoindre le sous-diacre qui culmine. L’acolyte et le portier entrent juste dans le champ de la représentation pour signifier qu’ils commencent à peine leur cheminement (5). Symbole de l’ascension spirituelle, la montagne est aussi l’image de la stabilité et de la justice divine. Ici, il est en effet question d’ordre et de pouvoir, un pouvoir établi par Dieu. La montagne – lieu de rencontre avec le divin – est aussi la métaphore de la durée (6).


L’ascension des ordres inférieurs est une évocation du cursus honorum qui prévoit le passage progressif d’un grade à un autre selon un ordre séquentiel pour accéder à une fonction minimale (7). Selon Grégoire de Tours qui s’appuie sur les canons de l’Église, l’épiscopat ne peut être accordé « à qui n’a pas d’abord franchi régulièrement les degrés de l’ordre ecclésiastique (8) ». Ainsi, le concepteur de l’image a donné à voir l’organisation interne de la hiérarchie de l’Église : chaque ordre est à la fois une étape et une invitation pour grimper les échelons au sein de la carrière ecclésiastique (9). Seul l’exorciste semble échapper à la nécessité de l’ascension. Nous nous rangeons sur ce point aux réflexions de Joseph Décréaux (10). L’exorciste ne prétend pas au sous-diaconat : il n’est pas au service de l’autel et atteint la perfection dans sa fonction propre en luttant contre le Mal. C’est pourquoi, à l’image de l’évêque, il tient son livre ouvert et observe la même attitude que le diacre.


Après Roger Reynolds, Dominique Iogna-Prat rappelle que le cursus honorum « est rapproché du modèle du Christ par les ordines Christi (11), textes généralement brefs, apparaissant dans des ensembles documentaires variés [...] qui établissent une relation entre chaque grade ecclésiastique et à un moment précis de la vie terrestre du Christ (12) ». Roger Reynolds précise que les ordines Christi ont pour objet d’incorporer au Christ ceux qui sont ordonnés (13). Deux interprétations découlent de cette « incorporation ». Les différents grades sont autant d’étapes de la vie du Christ, la totalité des grades résumant son existence ou bien les fonctions cléricales sont pensées en rapport avec la proximité plus ou moins grande entretenue avec le Christ. Ainsi ceux qui sont au contact direct du Christ et qui manient son corps lors du sacrifice eucharistique sont valorisés. Cette seconde vision, hiérarchique, s’impose vers 1100. Le concepteur du sacramentaire de Marmoutier semble avoir privilégié cette interprétation.


Comme cette image n’est pas associée aux descriptifs du Rituel mais uniquement aux prières d’ordination prononcées par le célébrant (f° 2-4v), elle expose de manière synthétique, selon la formule d’Éric Palazzo, « la conception carolingienne de la théologie des ordres (14) ». Les objets consacrés sont en effet les signes du rite dans sa dimension symbolique : la remise de l’objet par l’évêque à l’ordinand, soigneusement précisée dans le Rituel, correspondant à la fonction de chacun des membres du clergé (15). Ici le rite est mentionné essentiellement par le titulus qui réaffirme que seul l’évêque peut conférer un grade épiscopal : PONTIFICUM EST PROPRIUM CONFERRE PER ORDINEM HONORES (il revient/convient aux pontifes de conférer les honneurs selon l’ordre). Au sommet de la hiérarchie ecclésiastique, l’évêque règle et ordonne l’Ecclesia. De cet ordonnancement dépend pour partie la sacralité de l’Église dont les ordres ont été rituellement consacrés, les objets sacrés définissant leur fonction.


La pureté absolue est nécessaire au plus haut niveau de l’Église puisqu’il est rappelé sur les bandes pourprées : PONTIFICES CAVEANT DNI NE MYSTICA VENDANT/ CVMQUE GRADVS DEDERINT VIDEANT NE MVNERA SVMANT (Que les pontifes prennent garde à ne pas vendre les biens mystiques du Seigneur/ et quand ils auront donné les grades, qu’ils veillent à ne pas s’approprier de faveurs).


Les avertissements à l’égard de ceux qui sont ordonnés s’inscrivent dans une tradition. Augustin dans son Retractationes se fait l’écho des idées du sage païen, Fonteius de Carthage, auteur du De mente mundanda ad videndum Deum, qui affirme la nécessité d’être pur pour contempler Dieu (16). Selon la Règle épiscopale de Grégoire — modèle pour les évêques et auteur supposé du sacramentaire — si l’appel de Dieu élève le candidat à la charge épiscopale, celui-ci doit en retour rendre compte de son comportement à Dieu seul, car l’évêque possède l’auctoritas qui fait défaut à des sujets (RP II, 6). Raban Maur surenchérit : « L’ordre des clercs est spécialement choisi pour se consacrer à Dieu dans le vrai Tabernacle qu’est la présente Église et le servir jour et nuit dans son saint Temple (17) ». Les desservants de Dieu parce qu’ils instaurent par le rite et la parole l’espace institutionnel qu’est l’Église se doivent d’être purs.


Ainsi, il est figuré une image de l’ordre, une Église bien réglée, composée de clercs dont l’élection est signifiée par leur nimbe. À la date de composition du sacramentaire, la mise en ordre de l’Église s’inscrit dans la préoccupation globale d’une mise en ordre de la société chrétienne dans le cadre de l’Empire carolingien.


———-—

(1) R. E. Reynolds, « The Portrait of Ecclesiastical Officers in the Raganaldus Sacramentary and its Liturgico-canonial Signifiance », Speculum, XLVI, 1971, p. 432-442 ; Id., « Image and Text: The Liturgy of Clerical Ordination in Early Medieval Art », Gesta, XXII, 1983, p. 27-38 ; J. Décréaux, Le sacramentaire de Marmoutier (Autun 19bis) dans l’histoire des sacramentaires carolingiens du ixe siècle, Cié du Vatican (Pontificio Istituto di Archeologia Cristiana), 1985, p. 163-172 ; É. Palazzo, L’évêque et son image : l’illustration du pontifical au Moyen Âge, Turnhout, 1999, p. 85, 115, 140, 196-197 ; D. Iogna-Prat, La Maison Dieu. Une histoire monumentale de l’Église au Moyen Âge (v. 800-v. 1200), Paris, 2006, p. 85-90.


(2) Pour prendre connaissance des systèmes classificatoires que connaissent les Églises d’Occident au cours du haut Moyen Âge, voir Joseph Décréaux, op. cit., p. 158-161 et le résumé de D. Iogna-Prat, La Maison Dieu..., p. 85 qui conclut : « La synthèse des différents systèmes s’élabore autour des années 800, précisément à l’époque où Rainaud de Marmoutier fait exécuter son sacramentaire. Sur la base des Statua ecclesiae antiqua et du De ecclesiastici officiis d’Isidore de Séville, on passe de neuf à huit grades par absorption du grade de psalmiste à celui de lecteur ».


(3) J. Décréaux, Le sacramentaire de Marmoutier..., p. 166.


(4) Ibid., p. 171, souligne que la figure de l’évêque illustre parfaitement le canon 2 des statuta Ecclesiae antiqua : Ut episcopus in ecclesia in concessu presbyterorum sublimiter sedeat. (Ch. Munier, Les statuta Ecclesiae antiqua, Paris, 1960, p. 79).


(5) J. Décréaux, Le sacramentaire de Marmoutier..., p. 167-168, fait remarquer que l’acolytat est un ordre ancien. Or, les ordres inférieurs n’existent qu’en fonction de leur intérêt. Il apparaît qu’il en est ainsi pour l’acolyte qui, à l’origine, était associé au sous-diacre au service de l’autel. Ici, il n’est représenté qu’avec le candélabre et non avec la burette, autre attribut de son grade. Figure de celui qui ouvre les processions des ministres placés selon leur grade, sorte de servant de messe, il n’incarne pas celui qui suit le sous-diacre; d’ailleurs il entreprend sa marche vers le sous-diacre, séparé de ce dernier par l’exorciste, depuis la marge de la représentation. Le sacramentaire de Marmoutier – malgré la réapparition de l’acolyte parmi les ordres inférieurs depuis le viiie siècle – trahit la vision peu claire que se faisaient les contemporains de cette fonction. « Il reste cependant que l’ordre n’est pas pourvu d’une préface à l’instar des autres. C’est comme si, même dans les Gélasiens francs et les Grégoriens carolingiens, il restait encore quelque chose de la défaveur qui avait pesé sur cet ordre ».


(6) X.-L. Dufour, Vocabulaire de théologie biblique, Paris, 2009, p. 791-794.


(7) Sur ce sujet, voir J. S. H. Gibaut, The Cursus Honorum. A study of the Origins and Evolution of Sequential Ordinations, New York, 2000.


(8) Grégoire de Tours, Historia Francorum, VI, 15 ; cité par A. Faivre, Naissance d’une hiérarchie. Les premières étapes du cursus clérical, Paris, 1977, p. 402.


(9) J. Décréaux, Le sacramentaire de Marmoutier..., p. 185, le premier, a souligné la composition pyramidale qui caractérise les deux registres de l’image : « Le sens de l’image est donc clair : l’ascension de la montagne par les clercs inférieurs symbolise leur montée progressive par les degrés de la hiérarchie ecclésiastique. Chaque degré constitue une étape de ce progrès. Les clercs ne sont pas fixés à vie dans une fonction. L’artiste a donc parfaitement réussi à visualiser l’idée de carrière ecclésiastique dans laquelle chaque ordre est une invitation à gravir l’échelon supérieur ».


(10) Ibid., p. 165.


(11) Voir à ce sujet, R. R. Reynolds, The Ordinals of Christ from their Origins to the Twelfth Century, New York/Berlin, 1978.


(12) D. Iogna-Prat, op. cit., p. 88.


(13) Selon une formule d’Honorius Augustodunensis (Sacramentarium, PL. 172, col. 737-806, col. 759). Voir R. E. Reynolds, « Christ as Cleric: The Ordinals of Christ », dans Clerics in the Early Middle Ages. Hierarchy and Image, Londres, 1999, p. 1-50, 30-31.


(14) É. Palazzo, L’évêque et son image..., p. 85.


(15) Ibid., p. 115, 197.


(16) Augustin, Retractationes, I, 26, 2 (Bibliothèque augustinienne, Paris, 1950, p. 526).


(17) Raban Maur, De institutione clericorum, libri tres, éd. D. Zimpel, Francfort-sur-le-Maine/Berlin/New York/Paris/Vienne, 1996, I, 2, p. 293.

————


Une hiérarchie

Normalement, une homélie est faite pour commenter la Parole de Dieu, et éclairer les fidèles dans leurs choix de vie. J’essaye bien humblement de le faire chaque dimanche. Mais aujourd’hui, je vais être plus pragmatique, peut-être incisif. Mais, vu le peu de lecteurs que j’ai, je ne risque pas de faire trop de bruit dans Landerneau. Comme pour Antoine, le marin de Landerneau qui donna naissance à cette expression, je ne suis pas mort, du moins pas encore.


L’enluminure mise en exergue, comme les textes, nous parlent de hiérarchie : les Douze, les diacres choisis et les pierres vivantes que sont les fidèles. Commençons par ce mot : hiérarchie. En langage ecclésiastique, il signifie : « Ordre et subordination des différents degrés de l'état ecclésiastique », c’est-à-dire, comme sur l’image : l’évêque, les prêtres, les diacres et ce que nous appelons aujourd’hui les ministères institués (acolyte, lecteur et exorciste). Plus de sous-diacre, ni de portier, depuis 1972, même si l’Église réfléchit à un nouveau ministère institué : celui de catéchiste.


Mais plus intéressant est l’étymologie du mot. Il est composé du grec « hiéros », sacré, et du grec « arkhê », ordre, commandement, régir. La hiérarchie est donc cet ordre sacré, pour ne pas dire divin, qui organise l’institution ecclésiale. Et cet ordre va se déployer en plusieurs rangs, de façon pyramidale : le Pape (qui est d’abord évêque de Rome), les cardinaux (titre honorifique donné à des ecclésiastiques curés du diocèse de Rome qui élisent en leur sein leur évêque), les évêques (avec certains chargés de veiller sur des diocèse suffragants : les archevêques), les prêtres soumis à un évêque, les diacres, et les fidèles dont certains reçoivent un ministère institué. C’est la dimension « séculière » de l’ordre de l’Église, celle qui est « dans le siècle ». Notons d’abord deux choses : les « réguliers » (ceux qui suivent une règle monastique, canoniale, ou d’un institut) restent des laïcs, sauf s’ils reçoivent le sacrement de l’ordre. Mais les prêtres réguliers doivent obéissance à leur supérieur et non à un évêque. Deuxième remarque : la structure pyramidale a perverti le sens de l’Église. En effet, lorsque l’on parle de l’Église, chacun pense à la structure hiérarchique. Au point qu’on en oublie que l’Église, c’est d’abord le peuple de Dieu, chacun de ses membres. La hiérarchie aurait-elle dominé les membres de son corps ? Première de mes interrogations…


Permettez-moi une analogie, peut-être risquée. Quand on parle d’une nation démocratique et que l’on y voit uniquement le rôle du Président et du gouvernement, n’en est-il pas de même ? Le peuple aurait-il été soumis, voire absorbé par les structures administrative, législative, judiciaire et exécutive ? Je ne prêche pas pour la révolution, encore moins pour l’anarchie (étymologiquement, un système qui n’a plus d’ordre), mais il me semble bon de se rappeler que tout type de gouvernement se fait sur la crête et qu’un moindre souffle, il peut tomber dans des excès. Bien sûr, Churchill l’avait annoncé : « La démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes », c’est vrai, mais de démocratie, elle peut vite devenir oligarchie (forme de gouvernement où le pouvoir est détenu par un petit groupe de personnes qui forme une classe dominante), voire une ploutocratie (système de gouvernement où la richesse constitue la base principale du pouvoir politique). Ne parle-t-on pas aujourd’hui de « démocrature ». Le Larousse en donne une définition : « Régime politique qui, tout en ayant certains attributs de la démocratie, comme le pluripartisme, n’en est pas moins dirigé d’une façon autoritaire, voire dictatoriale. »


Rassurez-vous, l’Église n’est pas une démocrature, mais n’est pas non plus une démocratie. Ce n’est pas non plus un système théocratique comme on l’entend parfois dire (système que voulait instituer Savonarole à Florence). Peut-être devrait-on plutôt parler d’un système « hiérocratique », dirigé par les religieux. Certains, comme la démarche synodale allemande actuelle, voudrait faire de l’Église une démocratie participative : on élirait ainsi les évêques et les prêtres. Je ne crois pas non plus que ce système soit adéquat. Du moins, j’ai peur qu’au bout d’un moment, le Christ soit « viré » de son Église !


En fait, le vrai problème est ailleurs, comme pour la politique. De nouveau, je rapproche mes propos du contexte politique français. Quand vous écoutez les émissions politiques, les mots qui reviennent le plus sont « légitimité » et « pouvoir ». Ce qui est légitime est ce qui est conforme aux règles. Et nul ne pourra en toute honnêteté contester la légitimité des élus de notre pays, ni de la façon dont les lois sont promulguées : c’est le principe de notre République. L’ennui est que le mot légitimité est immédiatement associé à pouvoir : le dirigeant légitime a le pouvoir. Le pouvoir c’est « être capable de, qui est en mesure de faire » (issu du latin potere). Mais le mot a dérivé au XIIe siècle pour donner le terme « puissant » : celui qui a un grand pouvoir, qui a de l’influence, qui en impose aux autres. Le pouvoir est alors détenu par les puissants, ceux qui peuvent faire plier le récalcitrant, le rebelle (je dois en être). Pourtant, à ce système d’ordre, il manque un aspect : l’autorité. En effet, on peut avoir le pouvoir entre ses mains, être très puissant, et n’avoir aucune autorité… Quand le pouvoir s’exerce sans autorité, il devient puissance écrasante.


Mais qu’est-ce que l’autorité ? Allez, encore un peu d’étymologie ! Si j’insiste sur l’étymologie, ce n’est pas sans raison. Il me semble que les mots perdent leurs sens, ou du moins ne recouvrent plus leur véritable sens. Et même certains deviennent des mots qui compilent de multiples concepts, ce qui amoindrit la nuance. Relisez 1984 de George Orwell et sa prophétie sur la novlangue… ce dangereux instrument de destruction intellectuelle. Sans parler du wokisme et de la cancel culture, nos hommes politiques, bien malgré eux (du moins je l’espère), se réfugient dans ce parler flou pour définir leur politique. Notez que la cancel culture portait un autre nom voici bientôt un siècle : l’art dégénéré… Rassurez-vous, dans l’Église, nous avons aussi de bons maîtres : la langue de bois (« de buis » devrions-nous dire) a encore devant elle de beaux jours !


J’en reviens, après cette sournoise digression, au mot d’ « autorité ». Et pour cela, je me reporte au Dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey (Le Robert, 2000) :

Nom féminin emprunté au latin « auctoritas », dérivé de « auctor », désignant le fait d’être fondateur, conseiller, garant.

L’autorité, avant d’être autoritaire (d’imposer le pouvoir), est d’abord fondatrice et représente une garantie. Ainsi, peut-on lire dans l’Évangile que Jésus parlait avec autorité (Mt 7, 28-29) :

Lorsque Jésus eut terminé ce discours, les foules restèrent frappées de son enseignement, car il les enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme leurs scribes.

Sa parole a du crédit, elle fait autorité. Quand la parole n’a plus de crédit aux oreilles de ceux qui l’entendent, elle devient autoritaire et elle impose un pouvoir avec puissance. Mais qu’est-ce « avoir du crédit » ? Ce qui a du crédit, c’est ce qui est crédible, que l’on peut croire. Cette parole mérite considération, car celui qui la prononce est crédible. Et s’il est crédible dans ses propos, c’est parce qu’il les a lui-même éprouvés, il en a fait la preuve. Si je suis incapable de pardonner, comment pourrais-je parler de miséricorde ? Si je ne médite jamais les évangiles (ou que je les tire à moi comme une couverture pour couvrir ma pensée, et « moraliser » les autres), comment pourrais-je annoncer en vérité la Parole de Dieu ? Mais si ma parole est crédible, qu’elle a du poids, alors j’ai de l’autorité, alors l’éventuel pouvoir que je peux détenir ne risque pas de venir puissance, alors je suis véritablement légitime. Et c’est aussi valable pour une démocratie républicaine que pour L’Église catholique, que je sois fidèle, religieux, diacre, prêtre, évêque, cardinal ou pape. Et même, plus on détient de capacité de pouvoir, plus notre parole doit être crédible, faire autorité.


Je dois reconnaître que c’est là, à mes yeux, où le bât blesse. Je ne parle pas du gouvernement, évitons la politique de bas niveau, mais plutôt du gouvernement ecclésial. A-t-il encore du crédit aux yeux de nos contemporains ? Voilà une vraie question que nous devons avoir le courage de nous poser…


Cependant, pourriez-vous rétorquer, qu’est-ce qui fait que l’on a du crédit ? À mon humble avis, grâce à deux choses : l’humilité et la foi. Si l’on reproche à quelqu’un son arrogance, c’est qu’il manque d’humilité. L’humilité est bien le contraire de l’orgueil. L’orgueil, c’est croire que l’on est meilleur que les autres, au-dessus d’eux. À un tel point que l’on se moque de ce qu’ils pensent, puisque l’on est convaincu de détenir la vérité. L’humilité, c’est accepter de reconnaître que l’on peut se tromper, accepter d’écouter l’avis des autres. Être humble, ce n’est pas abdiquer son pouvoir, contrairement à ce que croient beaucoup. Au contraire, le pouvoir ne se situe pas dans une éventuelle détention de la vérité, mais dans le pouvoir de prendre une décision finale après avoir écouté les conseils des autres, pouvoir de trancher avec autorité, crédit, et légitimité. Être humble, c’est aussi reconnaître que l’on est pas capable de tout savoir, de tout comprendre, et même de reconnaître que l’on est parfois perdu. Alors, humblement, on s’entoure de ceux qui peuvent nous aider à trouver le bon chemin. « La force d’un chef est de s’entourer de gens plus compétents que soi », disait Charles de Gaulle. Attention je vais faire grincer des dents : cette citation du Général mériterait d’être appliquée dans l’Église… Être chef ne veut pas dire manquer d’humilité. Être chef, c’est reconnaître qu’on est à la tête, mais pas qu’on est tout le corps ! Allez relire plus bas ce qu’en écrivait saint Paul (1 Co 12, 12-31) ! Être chef, c’est jouer avec tous ses membres.


Deuxième dimension : la foi. Attention, ne confondons pas la foi et les convictions. Les convictions sont une idée que l’on s’est forgée soi-même à force de temps, de lectures, de rencontres et de réflexions. On se donne une conviction, on se l’approprie. La foi, on ne se la donne pas, elle nous est donnée par Dieu. On ne se l’approprie pas, c’est qu’elle qui fait de notre vie sa propriété. Au point que l’on peut dire à la suite de saint Paul (Ga 2, 20) :

Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi.

La foi nous donne des convictions, ce dont on est convaincu (convaincre plutôt que vaincre). En fait, cela devrait se résumer dans le Credo ! Ma conviction, c’est que je vis pour, avec, et dans le Christ. Ma conviction est que le Christ est le seul qui puisse me donner du crédit. Si sa Parole habite en moi, si je regarde mes actes, mes paroles à l’aune de sa Parole, alors j’aurai du crédit. Par contre, si je fige sa Parole, ou plus exactement si je cherche continuellement à l’adapter à notre monde, afin d’éviter de brusquer, de choquer, de « faire des vagues », alors ma parole n’a plus de goût, plus de sel (Mt 5, 13) :

Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens.

L’Église aurait-elle peur du martyr ? Aurait-elle peur de sa foi ? Ne risque-t-on pas de ressembler au Grand Inquisiteur dénoncé par Dostoïevsky (Les frères Karamazov) ? Ainsi, je lisais ce petit texte sous la plume d’une « coach » :

La machine est en marche, alors on continue et on s’enfonce sur un mauvais chemin, chacun dans son rôle :
– Le meneur d’équipe devant ; fier de son rang et grisé par son pouvoir, il fonce !
– Le bon soldat vient juste derrière, « je suis là chef, tu peux compter sur moi ! »
– Ensuite vient le mec sympa, celui qui veut juste que ça se passe bien, sans tension, sans heurt
– A côté de lui, le politique, il n’est pas fou, il ne va pas questionner le patron, ça pourrait lui coûter sa place !
– Et puis celui qui manque de confiance en lui, il n’aimerait pas que l’on le challenge, jamais il n’oserait challenger les autres
– Quant à celui qui vient d’arriver, surtout pas de vagues, il n’a qu’une idée en tête, être accepté et ne faire de l’ombre à personne !
La petite armée s’avance tout droit… mais droit dans le mur !

Je ne le cache pas, j’ai peur. Je crains pour notre Église de France. Et je reconnais même parfois être désespéré. Oh, je ne suis pas le seul, bien loin de là. Modestement, je le dis, et je l’écris…


Je termine sur une idée. On nous parle souvent de la pyramide de l’Église. C’est vrai et c’est justifié. Pourrait-il en être autrement ? La seule question que je me pose est d’imaginer si l’on réussirait à l’inverser : à la faire tenir sur la pointe ? Qu’est-ce à dire ? Tout simplement que, même si les chefs ont le dernier mot, ce sont eux qui tranchent, il serait bon que la parole des fidèles, des religieux, des diacres et des prêtres puissent délicatement couler jusqu’en bas. Il est en effet plus facile de faire couler de l’eau d’en haut vers le bas que de la faire remonter de bas en haut : le système de capillarité, certes, existe mais il est long, fastidieux et laisse passer bien peu de liquide !


Peut-être devrions-nous suivre le conseil d’Einstein, « N’écoutez pas la personne qui a les réponses, écoutez la personne qui a les questions. »


J’espère ne pas vous avoir choqués, mais comme le dit saint Paul (1 Co 9, 16) :

En effet, annoncer l’Évangile, ce n’est pas là pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !


Première épître aux Corinthiens (12, 12-31)

12 Prenons une comparaison : le corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ.

13 C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit.

14 Le corps humain se compose non pas d’un seul, mais de plusieurs membres.

15 Le pied aurait beau dire : « Je ne suis pas la main, donc je ne fais pas partie du corps », il fait cependant partie du corps.

16 L’oreille aurait beau dire : « Je ne suis pas l’œil, donc je ne fais pas partie du corps », elle fait cependant partie du corps.

17 Si, dans le corps, il n’y avait que les yeux, comment pourrait-on entendre ? S’il n’y avait que les oreilles, comment pourrait-on sentir les odeurs ?

18 Mais, dans le corps, Dieu a disposé les différents membres comme il l’a voulu.

19 S’il n’y avait en tout qu’un seul membre, comment cela ferait-il un corps ?

20 En fait, il y a plusieurs membres, et un seul corps.

21 L’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi » ; la tête ne peut pas dire aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous ».

22 Bien plus, les parties du corps qui paraissent les plus délicates sont indispensables.

23 Et celles qui passent pour moins honorables, ce sont elles que nous traitons avec plus d’honneur ; celles qui sont moins décentes, nous les traitons plus décemment ;

24 pour celles qui sont décentes, ce n’est pas nécessaire. Mais en organisant le corps, Dieu a accordé plus d’honneur à ce qui en est dépourvu.

25 Il a voulu ainsi qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les différents membres aient tous le souci les uns des autres.

26 Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie.

27 Or, vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps.

28 Parmi ceux que Dieu a placés ainsi dans l’Église, il y a premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement ceux qui ont charge d’enseigner ; ensuite, il y a les miracles, puis les dons de guérison, d’assistance, de gouvernement, le don de parler diverses langues mystérieuses.

29 Tout le monde évidemment n’est pas apôtre, tout le monde n’est pas prophète, ni chargé d’enseigner ; tout le monde n’a pas à faire des miracles,

30 à guérir, à dire des paroles mystérieuses, ou à les interpréter.

31 Recherchez donc avec ardeur les dons les plus grands. Et maintenant, je vais vous indiquer le chemin par excellence.


Prière pour aimer l'Eglise

Nous te prions, Seigneur, pour ton Eglise, et pour chacun de nous qui composons cette Eglise. Aide-nous à l'aimer telle qu'elle est, dans ses grandeurs et dans ses faiblesses. Aide-nous à reconnaître son unité dans les mille visages de ton peuple. Aide-nous à surmonter les divisions, à éviter les jugements hâtifs et à bannir les caricatures. Aide-nous à découvrir, au-delà des apparences, l'immense réseau des saintetés cachées, qui sont les pierres vivantes de l'Eglise. Puisse ton Eglise retrouver la fraîcheur et la force dont elle a besoin pour annoncer l'Evangile aujourd'hui. Qu'en renforçant les liens de l'unité entre les évêques, les prêtres et les laïcs, elle renforce aussi l'Espérance. Qu'elle apparaisse aux yeux de tous comme une porte ouverte et une source de vie. Qu'elle soit toujours davantage l'Eglise des pauvres et des saints. Nous te le demandons par Marie, mère de l'Eglise Amen.


Prière de sainte Faustine pour l'Eglise

Ô mon Jésus, je te prie pour toute l'Église, accorde-lui l'amour et la lumière de ton Esprit,donne vigueur aux paroles des prêtres, de sorte que les cœurs endurcis s'attendrissent et reviennent à toi, Seigneur.

Ô Seigneur, donne-nous de saints prêtres ; conserve les toi-même dans la sainteté. Ô Divin et Souverain Prêtre, que la puissance de ta miséricorde les accompagne partout et les défende des embûches que le diable tend continuellement aux âmes des prêtres.

Que la puissance de ta miséricorde, ô Seigneur, brise et anéantisse tout ce qui peut obscurcir leur sainteté , puisque tu peux tout.

Mon Jésus très aimé, je te prie pour le triomphe de l'Église, pour que tu bénisses le Saint Père et tout le clergé ; pour obtenir la grâce de la conversion des pécheurs endurcis dans le péché ; pour une bénédiction et une lumière spéciales, je t'en prie, Jésus, pour les prêtres auprès de qui je me confesserai au cours de la vie.

Sainte Faustine Kowalska


Prière de Jean Paul II à Marie, Mère de l'Eglise

Ô Mère de miséricorde, nous confions à Ton cœur et à Ton amour le peuple entier et l'Église de cette terre. Garde-nous de toute injustice, de toute division, de toute violence et de toute guerre. Garde-nous de la tentation et de l'esclavage du péché et du mal. Sois avec nous ! Aide-nous à vaincre le doute par la foi, l'égoïsme par le service, l'orgueil par la mansuétude, la haine par l'amour. Aide-nous à vivre l'Évangile et la folie de la Croix afin de pouvoir ressusciter avec ton Fils à la vraie vie, avec le Père, dans l'unité de l'Esprit Saint.

Ô Mère du Christ, sois notre réconfort et donne force à tous ceux qui souffrent : aux pauvres, à ceux qui sont seuls, aux malades, aux non-aimés, aux abandonnés. Donne la paix à notre terre divisée ; et à tous, la lumière de l'espérance. Ainsi soit-il.


Homélie de saint Ambroise (+ 397), Du bien de la mort, 12, 52-55; CSEL 32, 747-750.

Avançons hardiment vers notre Rédempteur Jésus, rejoignons hardiment l'assemblée des saints, le concile des justes. Car nous irons vers ceux qui sont nos frères, vers ceux qui nous ont instruits dans la foi. Ainsi, même si nos oeuvres sont insuffisantes, que la foi vienne à notre secours et préserve notre héritage. <>


Le Seigneur sera la lumière de tous, et cette vraie lumière qui éclaire tout homme (Jn 1,9) brillera pour tous. Nous irons là où le Seigneur Jésus a préparé des demeures pour ses serviteurs, afin que là où il est, nous soyons nous aussi, car telle est sa volonté. Quelles sont ces demeures ? Écoutons-le en parler : Dans la maison de mon Père il y a beaucoup de demeures. Et il nous dit ce qu'il veut : Je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous soyez vous aussi (Jn 14,2-3).


Mais, me direz-vous, il ne parlait ainsi qu'à ses disciples, c'est à eux seuls qu'il promettait ces nombreuses demeures; et où voyez-vous qu'on viendra de partout prendre part au banquet dans le royaume de Dieu ?


Comment pouvez-vous mettre en doute l'efficacité de la parole divine ? Pour le Christ, vouloir, c'est réaliser. Enfin il a montré le lieu et le chemin, quand il a dit : Où je vais, vous le savez, et vous savez le chemin (Jn 14,4). Le lieu, c'est chez le Père ; le chemin, c'est le Christ, comme il l'a dit lui-même : Moi je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi (Jn 14,7).


Entrons dans ce chemin, attachons-nous à la vérité, suivons la vie. Le chemin est ce qui conduit, la vérité est ce qui affermit, la vie est ce qui se donne de soi-même. Et pour que nous comprenions bien ce qu'il veut, il ajoutera plus loin : Père, ceux que tu m'as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, pour qu'ils contemplent ma gloire, Père (cf. Jn 17,24). Il est beau de voir que ce qu'il avait promis auparavant, maintenant il le demande. En effet, parce qu'il avait promis d'abord et qu'il demande maintenant, et non pas le contraire, on voit qu'il a promis d'abord comme étant maître du don, conscient de sa puissance ; ensuite il a demandé au Père, comme étant l'interprète de la piété filiale. Il a promis d'abord, pour que vous reconnaissiez son pouvoir. Il a demandé ensuite, pour que vous compreniez sa piété envers le Père.


Nous te suivons, Seigneur Jésus. Mais pour que nous te suivions, appelle-nous, parce que, sans toi, nul ne montera vers toi. Car tu es le chemin, la vérité, la vie. Tu es aussi notre secours, notre foi, notre récompense. Ceux qui sont à toi, accueille-les, toi qui es le chemin ; fortifie-les, toi qui es la vérité ; vivifie-les, toi qui es la vie.


Saint Grégoire le Grand, Morales sur Job 23, 23-24

L’enseignement des hommes arrogants a ceci de caractéristique, qu’ils ne savent pas présenter avec humilité, ce qu’ils enseignent, et qu’ils sont incapables de transmettre de façon véridique les vérités, qu’ils possèdent. Ils montrent par leurs paroles, lorsqu’ils enseignent, qu’ils se considèrent comme installés sur un sommet, qu’ils regardent leurs auditeurs comme situés très en dessous d’eux. S’ils daignent leur adresser la parole, ce n’est pas pour les aider, mais seulement pour les dominer.


C’est donc à juste titre que le Seigneur leur dit, par la bouche du prophète : Vous les gouverniez avec violence et dureté. En effet, ils gouvernent avec violence et dureté, ceux qui s’empressent non pas de redresser leurs inférieurs par de paisibles raisonnements, mais de les courber en les dominant avec âpreté.


Au contraire, le véritable enseignement fuit d’autant plus vivement ce vice de l’orgueil, même en pensée, qu’il attaque plus ardemment par les flèches de ses paroles celui qui est en personne le maître de l’orgueil. Il veille à ne pas mettre en valeur par ses manières hautaines celui qu’il combat avec de saintes paroles dans le cœur de ses auditeurs. Il s’efforce de recommander par ses paroles et de manifester par sa vie l’humilité qui est la maîtresse et la mère de toutes les vertus, afin de l’inculquer aux disciples de la vérité par la conduite plus encore que par la parole.


C’est pourquoi Paul a dit aux Thessaloniciens, comme s’il oubliait la grandeur de sa propre fonction d’Apôtre : Nous nous sommes faits tout petits au milieu de vous. L’Apôtre Pierre disait d’abord : Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous. Et il ajoutait, pour montrer la manière dont on doit enseigner, tout en faisant connaître la doctrine : Mais faites-le avec douceur et respect, en gardant une conscience droite.


Lorsque saint Paul dit à son disciple Timothée : Voilà ce que tu dois prescrire et enseigner avec autorité, il ne lui recommande pas une domination tyrannique, mais cette autorité qui vient de la façon de vivre. En effet, on enseigne avec autorité ce que l’on pratique avant de le professer. Car on manque de confiance pour enseigner, lorsque la mauvaise conscience fait obstacle à la parole. Aussi est-il écrit, au sujet du Seigneur : Il parlait comme un homme qui a autorité, et non pas comme les scribes et les pharisiens. Car il fut le seul, d’une façon unique et primordiale, à parler en vertu d’une parfaite autorité, parce qu’il n’a jamais commis aucun mal par faiblesse. La puissance de sa divinité lui permettait de nous servir ainsi par l’innocence de son humanité.

15 vues

Posts récents

Voir tout
bottom of page