top of page

Ve dimanche du Carême (B)

Rends-moi la joie d’être sauvé !



David, Nathan et le repentir (Μετάνοια)

Anonyme

Psautier de Paris, Grec 139, f. 136v, vers 940-960, parchemin, 37 x 26,5 cm,

Bibliothèque Nationale de France, Paris (France)


Lecture du livre du prophète Jérémie (Jr 31, 31-34)

Voici venir des jours – oracle du Seigneur –, où je conclurai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda une alliance nouvelle. Ce ne sera pas comme l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères, le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte : mon alliance, c’est eux qui l’ont rompue, alors que moi, j’étais leur maître – oracle du Seigneur. Mais voici quelle sera l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël quand ces jours-là seront passés – oracle du Seigneur. Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Ils n’auront plus à instruire chacun son compagnon, ni chacun son frère en disant : « Apprends à connaître le Seigneur ! » Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands – oracle du Seigneur. Je pardonnerai leurs fautes, je ne me rappellerai plus leurs péchés.


Psaume 50

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,

selon ta grande miséricorde, efface mon péché.

Lave-moi tout entier de ma faute,

purifie-moi de mon offense.


Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,

renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.

Ne me chasse pas loin de ta face,

ne me reprends pas ton esprit saint.


Rends-moi la joie d’être sauvé ;

que l’esprit généreux me soutienne.

Aux pécheurs j’enseignerai tes chemins,

vers toi reviendront les égarés.


Lecture de la lettre aux Hébreux (He 5, 7-9)

Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 12, 20-33)

En ce temps-là, il y avait quelques Grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque. Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui firent cette demande : « Nous voudrions voir Jésus. » Philippe va le dire à André, et tous deux vont le dire à Jésus. Alors Jésus leur déclare : « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle. Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera. « Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! » Alors, du ciel vint une voix qui disait : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. » En l’entendant, la foule qui se tenait là disait que c’était un coup de tonnerre. D’autres disaient : « C’est un ange qui lui a parlé. » Mais Jésus leur répondit : « Ce n’est pas pour moi qu’il y a eu cette voix, mais pour vous. Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors ; et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » Il signifiait par là de quel genre de mort il allait mourir.


Le psautier de Paris

Parmi les livres bibliques circulant dans le Moyen Âge byzantin, le livre des Psaumes est, avec les tétraévangiles, l’un des plus diffusés : plus de 600 exemplaires en sont encore conservés de nos jours. L’un des plus remarquables est le Psautier de Paris, le manuscrit Grec 139 de la Bibliothèque nationale de France, qui date du milieu du Xe siècle.


Livre de piété personnelle par excellence, le psautier grec revêt une forme particulière, attestée dès le Ve siècle de notre ère : outre les psaumes proprement dits, il contient également les cantiques ou odes, chants présents dans d’autres livres de la Bible et qui, de par leur forme poétique, se prêtaient particulièrement à un regroupement avec les psaumes. Psaumes et cantiques sont tirés de la Septante, traduction grecque du texte hébreu élaborée à Alexandrie probablement au début du IIe siècle avant notre ère.  


Le Psautier de Paris ne contient toutefois pas seulement le texte biblique proprement dit, mais également un très grand nombre d’extraits d’auteurs patristiques qui le commentent : ces extraits se présentent sous la forme de « chaînes » ; écrites dans un module nettement plus petit que les versets bibliques, ces citations des Pères de l’Église sont disposées autour des versets du psaume auxquels elles se rapportent.


En fonction du nombre de commentaires exégétiques à placer sur la page, le copiste du Psautier de Paris adopte une mise en page qui peut prendre des formes extrêmement élaborées. Si la présentation concomitante du texte biblique et de son exégèse patristique répond en général à une visée pratique, celle de disposer sur une même page du texte sacré et de l’interprétation qui en est faite par les auteurs reconnus, celle-ci prend dans le Psautier de Paris un aspect esthétique qui atteste le soin extrême avec lequel a été composée chaque page du manuscrit.


Mais le Psautier de Paris doit avant tout sa célébrité aux quatorze enluminures en pleine page, véritables tableaux et authentiques chefs-d’œuvre de l’art byzantin dans sa plus haute perfection. Ces enluminures se répartissent en deux ensembles ;  le premier, au tout début du manuscrit, est un cycle de la vie de David, qui comprend sept enluminures. Il est complété un peu plus loin par une huitième illustration, consacrée à la Pénitence de David, en face du psaume 50. Le second ensemble se trouve à la fin du manuscrit et comprend six enluminures conçues comme autant de frontispices des odes de l’Ancien Testament à la fin du manuscrit.  


Ce que je vois

Sujet principal des huit premières miniatures, David est certes l’auteur du psautier, mais il représente aussi et peut-être même surtout la figure idéalisée de l’empereur byzantin. Cette identification de David et de l’empereur est particulièrement manifeste dans l’illustration du Psaume de la Pénitence : il est ici habillé à la façon d’un « basileus ». Dans ce dernier tableau, l’on voit d’abord  David couronné sur son trône face à Nathan, puis David prosterné en-dessous de la personnification du Repentir (Μετάνοια) : outre l’aspect vestimentaire, c’est la posture de David dans cette deuxième scène qui est significative dans la mesure où elle rappelle très nettement la représentation de l’empereur au pied du Christ dans la mosaïque du narthex de Sainte-Sophie. 



Au-dessus de chacun des personnages est inscrit leur nom en grec. Tous ont le visage chagriné et portent une auréole, dorée pour David (il est roi !) et blanche pour les deux autres, peut-être le signe de la pureté de leurs intentions. Notons l’attitude codifiée des mains : Nathan bénit le roi qui, en signe de regret, se tient la couronne. Ne se sentant plus digne après le péché commis avec Bethsabée, il tente de la retirer.


Nathan l’invite à la pénitence, ce qu’il fait en se prosternant au sol, mains ouvertes en signe d’offrande de sa vie à Dieu. Derrière lui, comme agenouillé sur un prie-dieu recouvert d’un coussin, se tient le repentir, la conversion, sous les traits d’un jeune homme habillé d’une tunique grecque, le front ceint d’un bandeau, tel un éphèbe. De la main droite, il bénit le roi, alors que sa main gauche se porte à sa bouche, signe de l’expression du repentir.


Repentir

Nous sommes dans une époque où chacun se doit de pratiquer une repentance. Que ce soit pour nos péchés personnels — mais on parle aujourd’hui de faute, ou d’erreur, (bien que ce ne soit pas la même chose) quand ce n’est pas de crime —  ou pour un péché, une faute collective. Impossible d’allumer la télé ou de lire un journal sans que l’on y dénonce un crime contre les bonnes moeurs, un appel à la repentance pour des fautes passées comme le colonialisme, ou pour condamner tel ou tel de nos illustres ancêtres accusé d’un méfait inavouable. C’est l’époque du wokisme, qui, comme son nom l’indiquerait, nous invite à ouvrir les yeux, à nous réveiller face aux abominations de notre monde contemporain. Personne n’y échappe, et l’on déboulonne aussi vite une statue qu’une réputation. Même le droit à l’erreur n’existe plus : vous êtes par principe fautif. C’est l’ère du soupçon où un camp qui se qualifie de « champion du bien », de défenseur des valeurs républicaines et de la morale bienpensante, et se dresse face à la honte du camp du mal. Ce sont les mêmes champions qui, pourfendeurs des fautes d’autrui, refusent de croire à la conversion et au rachat (pour ne pas parler de rédemption) : celui qui l’a fait une fois le refera automatiquement. Et vous devenez de suite un potentiel récidiviste.


Dernièrement, au sujet de la manifestation à Sciences-Po, un journaliste décrivait les sept péchés capitaux du camp de la moraline. Je les trouve assez éclairants…


1- L’essentialisation : on ne parle plus de ce que vous faites, mais de ce que vous êtes. Un peu à l’instar de cette question récurrente en mai 68 : « D’où parles-tu ? » qui fait que l’on vous retire tout droit à avoir un avis contraire si vous ne faite pas partie du soi-disant camp du bien…

2- La polarisation : plus de nuances ! Vous devez choisir votre camp, et le choisir complètement, sans avis divergents. On est l’un ou l’autre, pas question d’accepter un point de vue intéressant de l’autre camp. Ainsi, il est interdit de reconnaître un seul aspect positif d’un dictateur comme Poutine, ou de déclarer que telle proposition d’un homme politique de l’autre camp mérite d’être écoutée…

3- L’effacement : vous ne convenez pas au climat actuel, à la praxis du bon camp, alors on ne parle plus de vous, on vous efface, on ne vous laisse plus d’espace pour vous exprimer. C’est le cas de plusieurs intellectuels bannis des plateaux télévisuels…

4- L’intimidation : si vous continuez à proclamer vos opinions, vous risquez d’être potentiellement condamné. Cela se résume souvent par cette petite locution : « Faites attention… » sans pour autant vous dire la peine risquée ; ça a plus de force, et vous sentirez au-dessus de votre tête pendre l’épée de Damoclès… Comme le disait César : « Le danger que l'on pressent, mais que l'on ne voit pas, est celui qui trouble le plus. »

5- L’euphémisation : Ce serait de croire que de ne pas nommer les choses les empêcherait d’exister. Ne pas parler des violences évite d’aborder le sujet. Nous allons voir cet aspect prendre toute son ampleur quand le Parlement commencera à aborder la question de l’euthanasie. En fait, on parle déjà de fin de vie plutôt que de mort, d’aide à mourir plutôt que de suicide… Comme ma femme de ménage que je devrais appeler « technicienne de surface » ! Pourtant Boileau disait « qu’un chat est un chat » (« J’appelle un chat un chat, et Rollet un fripon. », Nicolas Boileau, Satires, 1666, Satire I).

6- La précipitation : elle est souvent le signe d’une absence de réflexion et de mesure. Ainsi, quand on fait des lois, on prend rarement le temps de consulter ni ceux qui vont les appliquer, ni ceux qui vont en bénéficier, et encore moins un philosophe, un religieux, un historien ou un linguiste. Ce fut le cas jusqu’à aujourd’hui pour les lois dites sociétales des cinquante dernières années. Ce sera aussi le cas pour l’euthanasie, qui plus est parce que les religieux, par couardise, se taisent lâchement…

7- L’instrumentalisation : dernière étape de cet univers carcéral de la pensée ! Si votre avis n’est pas dans la doxa contemporaine, l’exprimer risque de vous vouer aux gémonies. Vous deviendrez responsables du mal de notre monde, on vous soupçonnera de vouloir tirer la couverture à vous, ou de l’utiliser à des fins politiques, etc. Bref, vous allez être rhabillé pour l’hiver, et en plus avec le costume du diable !


Vous vous demandez pourquoi une telle diatribe ? Tout simplement parce qu’elle est aux antipodes du psaume entendu. Nous n’en avons lu qu’une petite partie (le psaume complet est en annexe). Tous les vendredis, les religieux le prient le matin au bréviaire. L’histoire veut qu’il fut rédigé par David après avoir commis son péché contre Urie le Hittite (II Samuel 11). Nathan vient voir le roi, lui annonce, sous forme d’une historiette, que son péché est connu de Dieu, et lui annonce la mort prochaine de son enfant. David pria pour le sauver, et le psaume serait l’expression de son repentir et de sa volonté de conversion.


Et donc, un homme qui a péché, est reconnu coupable. Jusque là, tout va bien. Mais un homme qui reconnaît son péché, demande pardon, et croit en la rédemption. Là, ça commence à choquer ! Ça choque car le mot mis la plupart du temps en avant est « impardonnable » ! Et puis, comment quelqu’un qui fait partie du camp du bien pourrait prononcer les mêmes mots que David (verset 7) : « Moi, je suis né dans la faute, j'étais pécheur dès le sein de ma mère. » Seuls les autres sont coupables. Et comment oser prétendre que ce pécheur pourrait devenir une référence (verset 15) : « Aux pécheurs, j'enseignerai tes chemins ; vers toi, reviendront les égarés » ? Impossible ! Cet homme est définitivement condamné, et son nom devrait même être voué à la « damnatio memoriae », à l’effacement. Comment croire qu’il puisse être sauvé (verset 14) : « Rends-moi la joie d'être sauvé » ? Comment ose-t-il espérer être lavé de sa faute (verset 16) : « Libère-moi du sang versé, Dieu, mon Dieu sauveur » ?


Rédemption

J’exagère ? Peut-être, mais je n’en suis pas sûr… Car le véritable problème qui se cache derrière tout cela est l’idée que la rédemption est un leurre. Le condamné, même s’il a fait sa peine, sera toujours marqué au fer rouge. Comment une société peut-elle se réfugier derrière des « valeurs républicaines » si le mot fraternité en est ainsi galvaudé, puisque cet homme n’est plus mon frère ? Comment le camp du bien peut-il crier à l’égalité, s’il ne reconnaît pas la chance d’être racheté ? Comment la société peut-elle parler de liberté si celle-ci est contrainte par la bien-pensance, et ne croit pas qu’un homme puisse changer ?


Notre monde a oublié le pardon et la rédemption… C’est d’autant plus intéressant quand on regarde l’étymologie du mot « rédemption ». Il vient du verbe « rédimer » qui signifie : « Racheter une obligation par le versement d'une contribution ». C’est un rachat, comme lorsque votre banque rachète votre dette auprès d’un établissement de crédit. C’est aussi, et surtout, le rachat des péchés des hommes par le Christ qui offre sa vie en contribution. Et comme le précise l’Académie française, c’est encore « obtenir, en contrepartie d'une bonne conduite ou de sacrifices, le pardon de ses fautes ou de ses erreurs ».


Ce qui distingue peut-être notre foi de toutes les autres religions est cette notion de pardon, associée à celle de la rédemption. Car il ne suffit pas uniquement de pardonner la faute de l’autre. Ce ne serait que ponctuel et n’inclurait pas la foi en sa conversion. Il faut pardonner et croire que l’autre va se racheter, devenir meilleur. Ça c’est la rédemption ! Notre société peut faire preuve de pardon, mais rarement de rédemption… à tel point que le pécheur lui-même ne croit plus en sa propre rédemption. Et ça, c’est le plus grave ! Comment ne pas faire mémoire de cette page de Crime et châtiment où Marmeladov, lui qui se sait être un porc, entend le Christ l’inviter à entrer au paradis avec ces mots : « Entrez parce que vous ne vous en êtes jamais crus dignes ».


Le psaume vient nous affirmer notre dignité. Même si nous sommes le pire des pécheurs, Dieu ne veut ni nous essentialiser, ni ni nous effacer, et encore moins nous instrumentaliser. Il ne veut qu’une chose pour nous : la rédemption. Car il croit l’homme capable de conversion, de retournement, de métanoïa. Ce psaume et le livre d’Isaïe en sont les porte-drapeaux. Écoutons le prophète rappeler la parole divine :


  • Isaïe 55, 7 : « Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon. »

  • Isaïe 44, 22 : « J’efface tes révoltes comme des nuages, tes péchés comme des nuées. Reviens à moi, car je t’ai racheté. »

  • Isaïe 43, 24-25 : « Tu n’as rien dépensé pour m’offrir des aromates, tu ne m’as pas rassasié de la graisse de tes sacrifices. Au contraire, tu m’as asservi par tes péchés, tu m’as fatigué par tes fautes. C’est moi, oui, c’est moi qui efface tes crimes, à cause de moi-même ; de tes péchés je ne vais pas me souvenir. »


Que faire ?

Comment changer la situation ? D’abord en étant attentif à ne pas sombrer dans les « sept péchés capitaux » que j’évoquais plus haut, peut-être même déjouer tous les pièges dressés sur la route de nos contemporains. Ensuite, en croyant au pardon et à la rédemption, pour les autres, et pour nous-mêmes, et ce n’est pas inutile d’aller se confesser… ! Puis en osant affirmer nos convictions, notre foi, et j’espère que l’Église osera affirmer ce qu’elle croit lorsqu’arrivera le débat sur l’euthanasie. Et enfin, en n’hésitant pas à rappeler l’urgence de cette rédemption, voire à l’enseigner : « Rends-moi la joie d'être sauvé ; que l'esprit généreux me soutienne. Aux pécheurs, j'enseignerai tes chemins ; vers toi, reviendront les égarés. »



Psaume 50

03 Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché.

04 Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense.

05 Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi.

06 Contre toi, et toi seul, j'ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait. Ainsi, tu peux parler et montrer ta justice, être juge et montrer ta victoire.

07 Moi, je suis né dans la faute, j'étais pécheur dès le sein de ma mère.

08 Mais tu veux au fond de moi la vérité ; dans le secret, tu m'apprends la sagesse.

09 Purifie-moi avec l'hysope, et je serai pur ; lave-moi et je serai blanc, plus que la neige.

10 Fais que j'entende les chants et la fête : ils danseront, les os que tu broyais.

11 Détourne ta face de mes fautes, enlève tous mes péchés.

12 Crée en moi un coeur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.

13 Ne me chasse pas loin de ta face, ne me reprends pas ton esprit saint.

14 Rends-moi la joie d'être sauvé ; que l'esprit généreux me soutienne.

15 Aux pécheurs, j'enseignerai tes chemins ; vers toi, reviendront les égarés.

16 Libère-moi du sang versé, Dieu, mon Dieu sauveur, et ma langue acclamera ta justice.

17 Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange.

18 Si j'offre un sacrifice, tu n'en veux pas, tu n'acceptes pas d'holocauste.

19 Le sacrifice qui plaît à Dieu, c'est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un coeur brisé et broyé.

20 Accorde à Sion le bonheur, relève les murs de Jérusalem.

21 Alors tu accepteras de justes sacrifices, oblations et holocaustes ; alors on offrira des taureaux sur ton autel.


Jean-Paul II. Mercredi 24 octobre 2001

1. Nous avons écouté le Miserere, l'une des prières les plus célèbres du Psautier, le Psaume pénitentiel le plus intense et le plus répété, le chant du pécheur et du pardon, la méditation la plus profonde sur la faute et sur la grâce. La Liturgie des Heures nous le fait répéter lors des Laudes de chaque vendredi. Depuis de nombreux siècles, il s'élève vers le ciel du cœur de nombreux fidèles juifs et chrétiens, comme un soupir de repentir et d'espérance adressé à Dieu miséricordieux.


La tradition hébraïque a placé le Psaume sur les lèvres de David, invité à la pénitence par les paroles sévères du prophète Nathan (cf. vv. 1-2; 2 S 11-12), qui lui reprochait l'adultère accompli avec Bethsabée et d'avoir tué son mari, Urie. Toutefois, le Psaume s'enrichit au cours des siècles suivants par la prière de nombreux autres pécheurs, qui reprennent les thèmes du « cœur nouveau » et de l'« Esprit » de Dieu communiqué à l'homme racheté, selon l'enseignement des prophètes Jérémie et Ezéchiel (cf. v. 12; Jr 31, 31-34 ; Ez 11, 19; 36, 24-28).


Les scènes que le Psaume 50 décrit sont au nombre de deux. Il y a tout d'abord la région ténébreuse du péché (cf. vv. 3-11), dans laquelle l'homme se trouve depuis le début de son existence: « Vois, mauvais je suis né, pécheur ma mère m'a conçu » (v. 7). Même si cette déclaration ne peut pas être prise comme une formulation explicite de la doctrine du péché originel, telle qu'elle a été définie par la théologie chrétienne, il ne fait aucun doute qu'elle y correspond : elle exprime en effet la dimension profonde de la faiblesse morale innée de l'homme. Le Psaume apparaît dans cette première partie comme une analyse du péché, effectuée devant Dieu. Trois termes hébreux sont utilisés pour définir cette triste réalité, qui provient de la liberté humaine mal utilisée.


Le premier terme, hattá, signifie littéralement « manquer la cible » : le péché est une aberration qui nous mène loin de Dieu, objectif fondamental de nos relations, et par conséquent également loin de notre prochain.


Le deuxième terme hébreu est 'awôn, qui renvoie à l'image de « tordre », de « courber ». Le péché est donc une déviation tortueuse de la voie droite ; il est l'inversion, la distorsion, la déformation du bien et du mal, dans le sens déclaré par Isaie : « Malheur à ceux qui appellent le mal bien et bien le mal, qui font des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres » (Is 5, 20). C'est précisément pour cette raison que, dans la Bible, la conversion est indiquée comme un « retour » (en hébreu shûb) sur la voie droite, après avoir effectué une correction de la route.


Le troisième mot avec lequel le Psalmiste parle du péché est peshá. II exprime la rébellion d'un sujet à l'égard de son souverain, et donc un défi ouvert lancé à Dieu et à son projet pour l'histoire humaine.


4. Cependant, si l'homme confesse son péché, la justice salvifique de Dieu est prête à le purifier radicalement. C'est ainsi que l'on passe dans la seconde région spirituelle du Psaume, la région lumineuse de la grâce (cf. vv. 12-19). En effet, à travers la confession des fautes s'ouvre pour l'orant un horizon de lumière, dans lequel Dieu est à l'œuvre. Le Seigneur n'agit pas seulement négativement, en éliminant le péché, mais il recrée l'humanité pécheresse à travers son Esprit vivifiant : il donne à l'homme un « cœur » nouveau et pur, c'est-à-dire une conscience renouvelée, et il lui ouvre la possibilité d'une foi limpide et d'un culte agréable à Dieu.


Origène parle à ce propos d'une thérapie divine, que le Seigneur accomplit à travers sa parole et à travers l'œuvre de guérison du Christ : « De la même façon que, pour le corps, Dieu prédispose les remèdes des herbes thérapeutiques savamment mélangées, il prépare également des médicaments pour l'âme, grâce aux paroles qu'il communique, en les transmettant dans les divines Ecritures... Dieu se livra également à une autre activité médicale, dont l'archiâtre est le Sauveur, qui dit de lui-même : Ce ne sont pas les personnes saines qui ont besoin de médecins, mais les malades ». Il était le médecin par excellence capable de soigner toute faiblesse, toute infirmité ».


5. La richesse du Psaume 50 mériterait une exégèse soigneuse de chacune de ses parties. C'est ce que nous ferons, lorsqu'il recommencera à retentir dans les divers vendredi des Laudes. Le regard d'ensemble, que nous avons à présent donné à cette grande supplication biblique, nous révèle déjà plusieurs composantes fondamentales d'une spiritualité qui devrait se refléter dans l'existence quotidienne des fidèles. Il y a tout d'abord un sens très vif du péché, perçu comme un choix libre, possédant une connotation négative au niveau moral et théologal : « Contre toi, toi seul, j'ai péché, ce qui est coupable à tes yeux, je l'ai fait » (v. 6).


Le Psaume contient ensuite un sens tout aussi vif de la possibilité de la conversion : le pécheur, sincèrement repenti, (cf. v. 5), se présente dans toute sa misère et sa nudité à Dieu, en le suppliant de ne pas le repousser loin de sa présence (cf. v. 13).


Il y a enfin, dans le Miserere, la conviction bien enracinée du pardon divin qui « efface, lave et purifie » le pécheur (cf. vv. 3-4) et qui parvient même à le transformer en une nouvelle créature, qui possède un esprit, une langue, des lèvres, un cœur transfigurés (cf. vv. 14-19). « Même si nos péchés - affirmait sainte Faustyna Kowalska - étaient noirs comme la nuit, la miséricorde divine est plus forte que notre misère. Il n'y a besoin que d'une chose : que le pécheur entrouvre un peu la porte de son propre cœur [..] le reste c'est Dieu qui l'accomplira [.] Chaque chose commence dans ta miséricorde et finit dans ta miséricorde ».

4 vues

Posts récents

Voir tout

Comentários


bottom of page