top of page

Ve dimanche du temps ordinaire (B)

Il élève les humbles…



Prière à l’Enfant-Jésus,

Anonyme,

Illustration du psaume 146, enluminure sur parchemin, 19 x 13 cm,

Psautier d’Amiens, Ms Latin 10435, folio 355 recto, 1280-1290,

Bibliothèque Nationale de France, Paris (France)


Lecture du livre de Job (Jb 7, 1-4.6-7)

Job prit la parole et dit : « Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée, il fait des journées de manœuvre. Comme l’esclave qui désire un peu d’ombre, comme le manœuvre qui attend sa paye, depuis des mois je n’ai en partage que le néant, je ne compte que des nuits de souffrance. À peine couché, je me dis : “Quand ­pourrai-je me lever ?” Le soir n’en finit pas : je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube. Mes jours sont plus rapides que la navette du tisserand, ils s’achèvent faute de fil. Souviens-toi, Seigneur : ma vie n’est qu’un souffle, mes yeux ne verront plus le bonheur. »


Psaume 146

Il est bon de fêter notre Dieu,

il est beau de chanter sa louange :

il guérit les cœurs brisés

et soigne leurs blessures.


Il compte le nombre des étoiles,

il donne à chacune un nom ;

il est grand, il est fort, notre Maître :

nul n’a mesuré son intelligence.


Le Seigneur élève les humbles

et rabaisse jusqu’à terre les impies.

Entonnez pour le Seigneur l’action de grâce,

jouez pour notre Dieu sur la cithare !


Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (I Co 9, 16-19.22-23)

Frères, annoncer ­l’Évangile, ce n’est pas là pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! Certes, si je le fais de moi-même, je mérite une récompense. Mais je ne le fais pas de moi-même, c’est une mission qui m’est confiée. Alors quel est mon mérite ? C’est d’annoncer l’Évangile sans rechercher aucun avantage matériel, et sans faire valoir mes droits de prédicateur de l’Évangile. Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous afin d’en gagner le plus grand nombre possible. Avec les faibles, j’ai été faible, pour gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns. Et tout cela, je le fais à cause de l’Évangile, pour y avoir part, moi aussi.


Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 1, 29-39)

En ce temps-là, aussitôt sortis de la synagogue de Capharnaüm, Jésus et ses disciples allèrent, avec Jacques et Jean, dans la maison de Simon et d’André. Or, la belle-mère de Simon était au lit, elle avait de la fièvre. Aussitôt, on parla à Jésus de la malade. Jésus s’approcha, la saisit par la main et la fit lever. La fièvre la quitta, et elle les servait. Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal ou possédés par des démons. La ville entière se pressait à la porte. Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies, et il expulsa beaucoup de démons ; il empêchait les démons de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il était. Le lendemain, Jésus se leva, bien avant l’aube. Il sortit et se rendit dans un endroit désert, et là il priait. Simon et ceux qui étaient avec lui partirent à sa recherche. Ils le trouvent et lui disent : « Tout le monde te cherche. » Jésus leur dit : « Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Évangile ; car c’est pour cela que je suis sorti. » Et il parcourut toute la Galilée, proclamant l’Évangile dans leurs synagogues, et expulsant les démons.


Le psaume 146 complet

01 Alléluia ! Il est bon de fêter notre Dieu, il est beau de chanter sa louange !

02 Le Seigneur rebâtit Jérusalem, il rassemble les déportés d'Israël ;

03 il guérit les coeurs brisés et soigne leurs blessures.

04 Il compte le nombre des étoiles, il donne à chacune un nom ;

05 il est grand, il est fort, notre Maître : nul n'a mesuré son intelligence.

06 Le Seigneur élève les humbles et rabaisse jusqu'à terre les impies.

07 Entonnez pour le Seigneur l'action de grâce, jouez pour notre Dieu sur la cithare !

08 Il couvre le ciel de nuages, il prépare la pluie pour la terre ; il fait germer l'herbe sur les montagnes et les plantes pour l'usage des hommes ;

09 il donne leur pâture aux troupeaux, aux petits du corbeau qui la réclament.

10 La force des chevaux n'est pas ce qu'il aime, ni la vigueur des guerriers, ce qui lui plaît ;

11 mais le Seigneur se plaît avec ceux qui le craignent, avec ceux qui espèrent son amour.


Le manuscrit (présentation de la BNF)

Selon François Avril (cat. exp., 1998), le commanditaire était probablement le chevalier aux armes de Clary qui figure en prière dans l'initiale du f. 169. À partir du f. 12v des noms de personnages figurés dans les marges sont écrits à l'encre rouge en haut et en bas des feuillets. Pour J. Porcher (cat. exp., 1955), il s'agit d'une autre main que celle du rubricateur des légendes, il s'agit d'annotations d'un des premiers possesseurs, qui aurait donné aux petites figures des marges les noms de ses amis.


Pour F. Avril (cat. exp., 1998), le rubricateur a non seulement légendé les initiales des psaumes, mais a tenu à préciser l'identité des personnages ainsi mis en scène.


Plusieurs portent des noms de terres de la région d'Abbeville (cf f. 12v : « Me demisele de Hiencourt »), de la région d'Amiens (F. 20 : « Me demisele de Fouencamp », la demoiselle de Bonnay, f. 126v, Gillote de Mailly, f. 147) et surtout de Péronne (la demoiselle d'Athies au f. 16 « Le demisele Daties », la demoiselle de Longeval au f. 17v « Me demisele de Longeval », la demoiselle de Chuingnolles et sa soeur Agnès au f. 38, monseigneur Gillon de Bouchavesnes au f. 78, Pierre et Philippe de Sainte-Radegonde au f. 92 et 111), ainsi que d'autres personnages affiliés à des familles nobles d'autres parties de la Picardie et de l’Artois.


Certains correspondent à des personnages ayant réellement existé cf f. 61 Jean de Lens, Gillon de Bouchavesnes f. 78. Petits écus des bouts de ligne aux armes de Mailly, de Longueval, surtout de Clary, d'argent à la fasce d'azur, ces dernières non seulement dans les bouts de ligne mais également au f. 1, elles ornent le cheval d'un des jouteurs, ornent la robe d'une dame aux f. 27, 98.


L'origine picarde du manuscrit est confirmée par le style de la décoration peinte qui a été rapproché de tout un groupe de manuscrits d'origine amiénoise, notamment le psautier-livre d'heures de Yolande de Soissons (New York, Pierpont Morgan Library, Ms 729). Daté généralement des années 1290 (vers 1290 selon Jean Porcher, cat. exp., 1955 ; vers 1290-1297 selon Elizabeth Anne Peterson, 1987). Selon François Avril (cat. exp., 1998), le manuscrit remonte aux années 1280-1290, eu égard aux antennes végétales du décor marginal, qui procèdent visiblement des manuscrits enluminés à Paris autour des années 1260-1280 (Evangéliaire de la Sainte-Chapelle (BnF, Latin 17326) et Chansonnier de Montpellier (Montpellier, Bibliothèque de la faculté de Médecine, Ms H 196).


Acquis le 23 février 1856 de Benjamin Duprat, à la suite de la vente A.F. Hurez, imprimeur et collectionneur de Cambrai (vente Paris Drouot 12 février 1856).


Ce que je vois



L’image est assez simple : un enfant aux longs cheveux blonds, simplement habillé d’une tunique rouge, est à genoux, mains jointes, et prie devant le berceau de l’Enfant-Jésus. Un berceau en forme de murs d’église, comme une nef haute percée de fenêtres gothiques. Sur le « toit » de cette nef, le bébé est emmailloté, telle une momie, la tête ceinte aussi d’un capuchon, avec au-dessus une auréole crucifère. Son visage expressif n’est pas des plus heureux et paraît faire la même moue que l’enfant. Est-ce l’illustration du verset 6 : « Le Seigneur élève les humbles et rabaisse jusqu'à terre les impies » ? Ou une réponse à l’histoire de Job de la première lecture : « À peine couché, je me dis : “Quand ­pourrai-je me lever ?” Le soir n’en finit pas : je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube » ? Contraste entre une première lecture d’affliction, et un psaume de louange. Alors qu’on dit le psaume « responsorial »…


Job

Et peut-être devrions-nous, pour comprendre le sens de ce psaume en revenir à la première lecture. Le pauvre Job n’en peut plus. Lui qui fut comblé de biens, d’une famille heureuse, lui qui priait le Seigneur et suivait ses commandements, se trouve maintenant le jouet du tribunal divin. Dieu a accepté la demande de Satan : voir jusqu’où Job supporterait les épreuves sans renier son Dieu. Les malheurs lui tombent dessus un par un : ses bêtes mortes, ses fermes brûlées, jusqu’à sa famille entièrement décimée par une tempête lors d’une fête familiale, avant de se retrouver recouvert des furoncles de la lèpre. Même sa femme se joint au choeur des malheurs pour demander au pauvre homme de renier sa foi. Quant aux amis qui viennent le voir, ils font plus preuve d’une morale casuistique, « si tu souffres c’est que tu as péché » et de discours abscons, « Non seulement tu as péché (la preuve, c’est que tu souffres), mais en plus tu as l’audace de le nier ! », que d’un véritable soutien amical et religieux. Chirac avait raison : « Les emmerdes volent toujours en escadrille » !


Alors, notre pauvre homme finit par désespérer. Aujourd’hui, il reprendrait un titre de film pour dire son angoisse : « Mais qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? » Ce qui est intéressant à découvrir dans le livre de Job est que ce dernier ne demande pas qu’on le réconforte par quelques paroles, mais simplement qu’on l’écoute, sans rien ajouter, sans ergoter : (Jb 13, 5-7) « Ah ! Si seulement vous gardiez une bonne fois le silence, il vous tiendrait lieu de sagesse ! Écoutez donc ma récrimination, au plaidoyer de mes lèvres, prêtez l’oreille. Est-ce pour Dieu que vous dites des paroles injustes, pour lui que vous débitez des faussetés ? ». Et plus loin (Jb 21, 2) : « Écoutez, écoutez mes paroles, et que s’arrêtent là vos consolations. » Nous-mêmes, ne faisons-nous pas comme les trois amis de Job ? N’avons-nous pas tendance à parler plutôt que d’écouter celui qui souffre ? Certainement parce que nous ne savons pas quoi dire… Alors, faute de paroles justes, nous préférons des paroles flagorneuses ou mensongères. Paroles auxquelles nous ne croyons même pas ! Que nous demande Job ? Une seule chose, si simple, et si difficile : Ayez l’humilité de vous taire et de m’écouter ! Soyez assez humbles pour reconnaître que vous êtes aussi démunis que moi ! Soyez simplement là, à mes côtés. Là pour écouter et supporter en silence, humblement, ma plainte


Le livre de Job ne donne aucune réponse au problème de la souffrance. Ce n’est pas son message. Il est ailleurs. Ce livre vient simplement nous dire que, au sein de notre souffrance, si nous le voulons, si nous le désirons, si nous-mêmes, souffrants, nous choisissons le chemin de l’humilité, nous découvrirons peu à peu que Dieu est présent à nos côtés. Nous le croyions absent, alors qu’il est là et nous indique le chemin : ne pas retenir nos cris, mais garder confiance et tenir avec persévérance la main de Dieu, Lui qui nous a dit (Mt 28, 20) : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » Ce que Paul Claudel confirmera par cette profonde remarque : « Jésus n’est pas venu expliquer la souffrance mais l’habiter par sa présence. » Et j’ajouterai, son HUMBLE présence…


Et c’est là où je rebondis sur le psaume, qui est la réponse au récit angoissé et désespéré de Job.


La réponse

Oui, car, comme le dit le verset 3 : « il guérit les coeurs brisés et soigne leurs blessures. » N’est-ce pas ce que Job découvre à la fin du livre : Dieu est avec lui, il affermit son âme brisée, désespérée, et il rend la force pour soigner cette blessure d’angoisse qui le taraude Car Dieu n’agit pas par un coup de baguette magique (ou du moins rarement) pour guérir le corps brisé. Parfois à Lourdes ou dans d’autres lieux de pèlerinage. Et souvent, c’est par l’intercession d’un saint ou de la Vierge. Dieu veut surtout guérir et soigner les coeurs. Car nous avons le coeur brisé…


Coeur brisé

Je ne parle pas ici du jeune homme à qui sa dulcinée à annoncé la fin de leurs amours. Ce qui brise notre coeur, profondément, c’est le péché. Je vous rappelle, à dix jours du début du Carême, que le péché en hébreu, signifie « manquer sa cible ». Nous avons manqué notre cible. Notre arrogance , le serpent des origines, nous a fait croire que nous pouvions en sortir seuls, que nous étions capables non pas d’être adoptés par Dieu, mais de prendre sa place, de définir nous-mêmes ce qui était bien ou mal. Je serais mauvaise langue, je dirais qu’en regardant les actualités, rien ne change. Surtout quand l’homme se croit capable de définir qui peut vivre et qui doit mourrir avant l’heure. Ou quand il espère qu’une intelligence artificielle va remplacer sa fainéantise à s’instruire. Ou plutôt, devrais-je dire, à s’élever. S’élever, là est la clef… La seule clef qui va guérir notre coeur, combler la brisure, la division (rappelez-vous que le mot diable se traduit par diviseur), nous rendre notre unité comme le dit le psaume 85 (verset 11) : « unifie mon coeur pour qu'il craigne ton nom. » C’est en s’élevant qu’on s’unifie.


S’élever

Attention, nous pourrions mal interpréter ce mot et croire que nous devrions faire parie de l’élite, telle qu’on la présente aujourd’hui : l’élite intellectuelle (si rare), l’élite des stars (si fugace), l’élite politique (si menteuse) ou l’élite religieuse (si perdue)…  En fait, ceux qui auraient réussi à la force de leur poignet, ou de leur naissance, voire de leur entregent, à s’élever au-dessus des autres pour les dominer. C’est d’autant plus ridicule qu’on m’a fait découvrir ce néologisme : la kakistocratie — emprunté au grec ancien κάκιστος, kakistos (« pire »), superlatif de κακός, kakós (« mauvais »), avec le suffixe -cratie (« gouvernement ») — : le gouvernement par les pires personnes, ou par des personnes considérées comme particulièrement médiocres. À force de s’élever, ils n’ont fait que s’enfoncer, et entraîner les autres avec eux. Le Christ ne disait-il pas (Mt 15, 14) : « Laissez-les ! Ce sont des aveugles qui guident des aveugles. Si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou » ?


Alors, que veut dire s’élever ? S’élever, c’est se redresser. Et se redresser, c’est ressusciter ! C’est le même mot en grec. À chaque fois que Jésus dit à un paralytique — ce qui est notre cas à tous — « Lève-toi ! », il lui dit « Ressuscite ! » Nous devons donc nous élever, ressusciter, rendre vie à notre âme. Ou, comme je le disais la semaine dernière, débroussailler et dépoussiérer notre « cabâme », réouvrir les portes pour que le Christ en sorte et nous délivre de nous-même. Ne vous proposerai-je pas dans quelques instants : « Élevons notre coeur » ? Mais pour s’élever, il nous faut un point d’appui…


Point d’appui

Si notre péché nous a mis à terre, c’est une bonne chose en fait… Victor Sion intitulait un de ses livres : La chance d’être pécheur. Oui, c’est une chance car Jésus l’a dit (Mc 2, 17) : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. » C’est pour nous sauver, nous relever, nous ressusciter qu’il est venu. Oui, nous sommes pécheurs, et c’est une chance. À condition… à condition que nous le reconnaissions ! Notre orgueil, notre arrogance, voire notre peur fait que nous nous refusons à le reconnaître, que ce soit devant un prêtre, devant Dieu, et même à nos propres yeux, nous trouvant continuellement des circonstances atténuantes, voire des justifications. Ainsi, nous nous disons parfois : « Dieu m’a fait ainsi, qu’il assume ! »


Mais, rassurez-vous, il assume !!! Et pour reprendre le mot en son premier sens étymologique : il prend pour lui, et en lui, il éleve vers lui. Il désire nous assumer, il rêve de notre assomption. Mais pas à l’encontre de notre liberté, pas sans notre désir profond. Une nouvelle fois, c’est la clef. En fait, j’essaye de nous approcher de la serrure !


Pour s’élever vers Dieu, il ne s’agit pas de s’élever aux yeux des hommes. Sinon, ce serait faire la même erreur que ceux qui voulurent édifier la tour de Babel : détrôner Dieu. À chaque fois que nous édifions nos propres tours de Babel, nous sombrons dans la confusion (c’est le sens du mot Babel en hébreu). Pour s’élever vers Dieu, il faut accepter de retourner à terre, là où nous aurons ce fameux point d’appui qui nous permettra de donner l’impulsion nécessaire vers l’assomption.


Humilité

Et j’en reviens enfin à mon psaume, du moins à un verset : « Le Seigneur élève les humbles et rabaisse jusqu'à terre les impies. » C’est le verset central, la charnière de tout le psaume. Tous ceux qui veulent édifier des « Babel » sont des impies, et comme tels seront rabaissés jusqu’à terre. De là, ils pourront reprendre appui ! Car ceux qui sont à terre, près de l’humus, qui vivent leur humanité, sont humbles. Rappelez-vous ce que j’écrivais dans une autre homélie sur l’humilité et l’humus (XXIXe dimanche du temps ordinaire B). Si nous sommes humbles, alors nous serons élevés, assumés, ressuscités. La clef qui ouvre la serrure du ciel est toute simple : soyons humbles. Je sais, ce n’est pas facile, d’autant plus que la sagesse populaire nous met en garde : « Humilité, sacrée vertu : quand tu crois que l’as, tu ne l’as plus ! » Et l’enluminure nous montre-t-elle autre chose que cet enfant qui, humblement à genoux, implore son Sauveur ? À genoux sur la terre pour rejoindre cet autre Enfant, au ciel de son Église.


Le psaume

Mais relisons maintenant l’ensemble de ce psaume à la lumière de ce verset charnière.


Des versets 1 à 5, c’est l’espérance qui nous est proposée : chantez le Seigneur, louez-le. Ayez foi en lui, il va vous guérir. Car vous êtes les étoiles promises de son ciel. Des versets 7 à 11, si vous avez exécuté la demande d’humilité du verset central, alors le bonheur fleurira dans votre vie, et sur votre terre intérieure. Alors, il vous nourrira et vous comblera de son amour.


Voilà ce qu’il nous reste à faire avant le 14 février, jour des Cendres !




Puissance et bonté du Seigneur - Jean-Paul II. Mercredi 23 juillet 2003

1. Le Psaume qui vient d'être chanté est la première partie d'une composition qui comprend également le Psaume 147, qui suit, et que l'original hébreu a conservé dans son unité. Ce sont l'ancienne version grecque et la version latine qui ont divisé le cantique en deux Psaumes distincts.


Le Psaume commence par une invitation à louer Dieu, puis énumère une longue série de motifs de louange, tous exprimés au présent. Il s'agit d'activités de Dieu considérées comme caractéristiques et toujours actuelles ; elles sont cependant de genres très divers : certaines concernent les interventions de Dieu dans l'existence humaine (cf. Ps 146, 3.6.11) et en particulier en faveur de Jérusalem et d'Israël (cf. v. 2) ; d'autres concernent l'univers créé (cf. v. 4) et plus particulièrement la terre avec sa végétation et les animaux (cf. vv. 8-9).


En disant, à la fin, de qui le Seigneur est satisfait, le Psaume nous invite à une double attitude : de crainte religieuse et de confiance (cf. v. 11) Nous ne sommes pas abandonnés à nous-mêmes ou aux énergies cosmiques, mais nous sommes toujours entre les mains du Seigneur pour son projet de salut.


2. Après l'invitation joyeuse à la louange (cf. v. 1), le Psaume se déploie en deux mouvements poétiques et spirituels. Dans le premier (cf. vv. 2-6), est introduite avant tout l'action historique de Dieu, sous l'image d'un bâtisseur qui reconstruit Jérusalem revenue à la vie après l'exil de Babylone (cf. v. 2). Mais ce grand artisan qu'est le Seigneur se révèle également comme un père qui se penche sur les blessures intérieures et physiques, présentes chez son peuple humilié et opprimé (cf. v. 3).


Faisons place à saint Augustin qui, dans le Commentaire au Psaume 146 fait à Carthage en 412, commentait la phrase « Le Seigneur guérit les cœurs brisés » de la manière suivante : « Celui qui n'a pas le cœur brisé n'est pas guéri... Qui sont ceux qui ont le cœur brisé ? Les humbles. Et ceux qui ne l'ont pas ? Les orgueilleux. Quoi qu'il en soit, le cœur brisé est gué-ri, le cœur gonflé d'orgueil est abaissé à terre. Et même, selon toute probabilité, s'il est abaissé à terre, c'est pour pouvoir être redressé, pour pouvoir être guéri... « Il guérit les cœurs brisés et bande leurs blessures »... En d'autres termes, il guérit ceux qui ont le cœur humble, ceux qui confessent, qui se punissent, qui se jugent avec sévérité pour pouvoir faire l'expérience de sa miséricorde. Voilà ceux qu'il guérit. La santé parfaite ne sera toutefois atteinte qu'au terme de l'état mortel présent, lorsque notre être corruptible se sera revêtu d'incorruptibilité et que notre être mortel se sera revêtu d'immortalité ».


3. Mais l'œuvre de Dieu ne se manifeste pas seulement en guérissant son peuple de ses souffrances. Lui qui entoure de tendresse et d'attention les pauvres, s'élève en juge sévère à l'égard des impies (cf. v. 6). Le Seigneur de l'histoire n'est pas indifférent face à la fureur des tyrans qui croient être les seuls juges de l'histoire humaine; Dieu abaisse jusqu'à terre ceux qui défient le ciel par leur orgueil (cf. 1 S 2, 7-8 ; Lc 51-53).


L'action de Dieu ne se limite pourtant pas à la domination sur l’histoire ; il est également le roi de la création, l'univers tout entier répond à son appel de Créateur. Il peut non seulement compter le nombre infini d'étoiles, mais il est également en mesure de donner un nom à chacune d'elles, définissant ainsi sa nature et sa caractéristique (cf. Ps 146, 4).


Le prophète Isaie chantait déjà : « Levez les yeux là-haut et voyez : qui a créé ces astres ? II déploie leur armée en bon ordre, il les appelle tous par leur nom » (40, 26). Les « armées » du Seigneur sont donc les étoiles. Le prophète Baruch poursuivait ainsi : « Les étoiles brillent à leur poste, joyeuses; les appelle-t-il, elles répondent : Nous voici ! elles brillent avec joie pour leur créateur » (3, 34-35).


4. Après une nouvelle invitation joyeuse à la louange (cf. Ps 146, 7), voici que s'ouvre le deuxième mouvement du Psaume 146 (cf. vv. 7-11). Celui-ci met encore en scène l'action créatrice de Dieu dans le cosmos. Dans un paysage souvent aride comme peut l'être le paysage oriental, le premier signe de l'amour divin est la pluie qui féconde la terre (cf. v. 8). Par ce moyen, le Seigneur organise un festin pour les animaux. Il se préoccupe même de donner de la nourriture aux plus modestes êtres vivants, comme les petits corbeaux qui crient de faim (cf. v. 9). Jésus nous invitera à regarder « les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit ! » (Mt 6, 26 ; cf. également Lc 12, 24 avec une référence explicite aux « corbeaux »).


Mais une fois de plus, l'attention passe de la création à l'existence humaine. Et ainsi, le Psaume se conclut en montrant le Seigneur qui se penche sur celui qui est juste et humble (cf. Ps 146, 10-11), comme il était déjà apparu dans la première partie de l'hymne (cf. v. 6). À travers deux symboles de puissance, le cheval et le « jarret de l'homme » qui court, est définie l'attitude divine, qui ne se laisse pas conquérir ou intimider par la force. Une fois de plus, la logique du Seigneur ignore l'orgueil ou l'arrogance du pouvoir, mais prend le parti de ceux qui sont fidèles et « espèrent son amour» (v. 11), c'est-à-dire qui se laissent entièrement guider par Dieu dans leur action et leur pensée, dans leur programme et dans leur vie quotidienne elle-même.


L'orant doit lui aussi se placer parmi ces derniers, en fondant son espérance sur la grâce du Seigneur, assuré d'être enveloppé par le manteau de l'amour divin ; « L'œil de Yahvé est sur ceux qui le craignent, sur ceux qui espèrent son amour, pour préserver leur âme de la mort et les faire vivre au temps de la famine... en lui la joie de notre cœur, en son nom de sainteté notre foi » (Ps 32, 18-19.21).

1 vue

Posts récents

Voir tout
bottom of page