Vendredi, 14e semaine du T.O. — année impaire

J’ai revu ton visage



La rencontre de Joseph et Jacob en Égypte

William Brassey Hole (Salisbury, 1846 - Édimbourg, 1917)

Illustration extraite de « La sainte Bible. Contenant les Ancien et Nouveau Testaments », Eyre & Spottiswoode, 1925


Lecture du livre de la Genèse (Gn 46, 1-7.28-30)

En ces jours-là, Israël, c’est-à-dire Jacob, se mit en route pour l’Égypte avec tout ce qui lui appartenait. Arrivé à Bershéba, il offrit des sacrifices au Dieu de son père Isaac, et Dieu parla à Israël dans une vision nocturne. Il dit : « Jacob ! Jacob ! » Il répondit : « Me voici. » Dieu reprit : « Je suis Dieu, le Dieu de ton père. Ne crains pas de descendre en Égypte, car là-bas je ferai de toi une grande nation. Moi, je descendrai avec toi en Égypte. Moi-même, je t’en ferai aussi remonter, et Joseph te fermera les yeux de sa propre main. » Jacob partit de Bershéba. Ses fils l’installèrent, avec leurs jeunes enfants et leurs femmes, sur les chariots que Pharaon avait envoyés pour le transporter. Ils prirent aussi leurs troupeaux et les biens qu’ils avaient acquis au pays de Canaan. Jacob arriva en Égypte avec toute sa descendance. Ainsi donc, ses fils et ses petits-fils, ses filles et ses petites-filles, bref toute sa descendance, il les emmena avec lui en Égypte. Jacob avait envoyé Juda en avant vers Joseph, pour préparer son arrivée dans le pays de Goshèn. Quand ils furent arrivés dans le pays de Goshèn, Joseph fit atteler son char et monta à la rencontre de son père Israël. Dès qu’il le vit, il se jeta à son cou et pleura longuement dans ses bras. Israël dit à Joseph : « Maintenant que j’ai revu ton visage, je peux mourir, puisque tu es encore vivant ! »


Méditation

Quelle joie pour Jacob de revoir son fils vivant alors qu’il le croyait mort depuis longtemps. Une joie que partagera Syméon lorsqu’il vit l’Enfant-Jésus que ses parents amenaient au Temple pour la circoncision (Lc 2, 29-32) :

« Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. »

Joie du père du fils prodigue revenant à la maison (Lc 15, 20) :

Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.

Joie dans la bénédiction que Dieu enseigne à Moïse (Nb 6, 24-27) :

« Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il te prenne en grâce ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix !” Ils invoqueront ainsi mon nom sur les fils d'Israël, et moi, je les bénirai. »

Joie dans la prière de Sarra (Tb 3, 11-12) :

« Béni sois-tu, Dieu de miséricorde ; béni soit ton nom pour les siècles ; que toutes tes œuvres te bénissent à jamais ! Et maintenant, j’élève vers toi mon visage et mes yeux. »

Joie du bien-aimé du Cantique qui cherche sa belle (Ct 2, 14) :

« Ma colombe, dans les fentes du rocher, dans les retraites escarpées, que je voie ton visage, que j’entende ta voix ! Ta voix est douce, et ton visage, charmant. »

Car, comme le dire Ben Sira le Sage (Sir 13, 25) :

« Le cœur de l’homme modèle son visage soit en bien, soit en mal. »

Car, comme le dit le Psaume (Ps 4, 7-9) :

Beaucoup demandent : « Qui nous fera voir le bonheur ? » Sur nous, Seigneur, que s'illumine ton visage ! Tu mets dans mon coeur plus de joie que toutes leurs vendanges et leurs moissons. Dans la paix moi aussi, je me couche et je dors, car tu me donnes d'habiter, Seigneur, seul, dans la confiance.

Soyons donc attentifs au visage des autres, à voir en eux la présence de Dieu. Car, comme le chante Didier Rimaux, Dieu « Éclaire aussi l'envers du cœur où le péché revêt d'un masque de laideur ta ressemblance. » En l’autre, Dieu se révèle. En moi aussi. Je ne suis pas responsable de la tête que j’ai, mais de celle que je fais ! Regardons-nous et montrons un visage de grâce, moi le premier. Évitons de tomber sous le couperet de cette citation de Nietzsche : « Je croirai en Dieu lorsque les chrétiens auront des gueules de ressuscités » !