Vendredi, 15ème sem. du T. O. — Année Paire

Désespéré



Le désespoir

Edvard Munch (Ådalsbruk, 1863 - Oslo, 1944)

Huile sur toile, 92 x 72,5 cm, 1894

Musée Munch, Oslo (Norvège)


Cantique d’Isaïe (Is 38, 1-6.21-22.7-8)

Je disais : Au milieu de mes jours,

je m’en vais ;

j’ai ma place entre les morts

pour la fin de mes années.


Je disais : Je ne verrai pas le Seigneur

sur la terre des vivants,

plus un visage d’homme

parmi les habitants du monde !


Ma demeure m’est enlevée, arrachée,

comme une tente de berger.

Tel un tisserand, j’ai dévidé ma vie :

le fil est tranché.


« Le Seigneur est auprès d’eux : ils vivront !

Tout ce qui vit en eux vit de son esprit ! »

Oui, tu me guériras, tu me feras vivre :

voici que mon amertume se change en paix.

Méditation

La tristesse devient parfois mélancolie ou nostalgie, parfois encore désespoir. C’est un peu le cri de cet homme. Il se voit déjà descendre dans la tombe. Tout lui semble fini, inutile, sans saveur. Et cet isolement lui est intolérable. Il ne rencontre plus un visage d’homme, il se sent abandonné, même par son Dieu dont il pense ne plus le rencontrer dans sa vie terrestre. Il sait que la vie de nomade est continuellement de bouger, de ne pas s’installer, et du même coup de ne pas posséder grand-chose, de peur que les pauvres ressources qu’il détient, comme sa tente, lui soient arrachées, volées. Tout ne tient qu’à un fil... et ce fil est tranché. Plus rien ne le retient, plus rien ne le relie ni aux autres, ni à Dieu, ni même peut-être à lui-même. Et sans fil, sans racine, nous ne sommes plus que des feuilles mortes volant au vent.


Qui n’a jamais sombré dans le désespoir ? Qui n’a jamais cru que tout était fini ? N’est-ce pas bien humain ? Bien sûr, un jour tout finira. Mais pas sur les ténèbres, pas sur le vide, mais sur le Royaume de Dieu. Un jour, nous entrerons au Paradis, près de Dieu, avec Dieu et en Dieu. C’est cette voix que notre homme a entendue au fond de son cœur, cette petite voix, cette « petite fille espérance » comme l’appelait Charles Péguy.


Si dans le silence nous tendons l’oreille, nous l’entendrons, ce doux murmure, signe de Dieu. Alors, nous chanterons avec le psalmiste ces paroles de foi, d’encouragement et de grâces : « Oui, tu me guériras, tu me feras vivre : voici que mon amertume se change en paix. »