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Vendredi, 16ème sem. du T. O. — Année Paire

Je vous donnerai des pasteurs



Brebis et leur berger

Charles-Émile Jacque (Paris, 1813 - Paris, 1894)

Huile sur toile, 19,5 x 26 cm, 1875

Collection privée


Lecture du livre du prophète Jérémie (Jr 3, 14-17)

Revenez, fils renégats – oracle du Seigneur ; c’est moi qui suis votre maître. Je vais vous prendre, un par ville, deux par clan, et vous faire venir à Sion. Je vous donnerai des pasteurs selon mon cœur : ils vous conduiront avec savoir et intelligence. Quand vous vous serez multipliés, quand vous aurez fructifié dans le pays, en ces jours-là – oracle du Seigneur –, on ne dira plus “Arche de l’Alliance du Seigneur”, on ne gardera plus mémoire de l’Arche, on ne s’en souviendra plus, on ne s’en occupera plus, on n’en fera pas une autre. En ce temps-là, on appellera Jérusalem “Trône du Seigneur”. Toutes les nations convergeront vers elle, vers le nom du Seigneur, à Jérusalem ; elles ne suivront plus les penchants mauvais de leur cœur endurci.


Méditation

Jean-Paul II a commencé une des ses exhortations apostoliques sur les prêtres par les mêmes mots (1992) : Pastores dabo vobis. Car Dieu, par l’entremise de son Église, veut toujours donner des pasteurs à son peuple. Le Concile Vatican II rappellera alors les trois missions du prêtre : guider son peuple vers Dieu, lui dispenser les sacrements pour sa sanctification, et lui enseigner la Parole divine. Et comme le dira Jérémie, cela demande savoir et intelligence... Ce que nous pourrions traduire en termes actuels : formation continue et discernement de situations ! Car on n’est pas pasteur pour devenir une notabilité (même si ça reste dans certains pays une élévation sociale), on le devient, sur appel de Dieu, pour se sacrifier, se donner en sacrifice pour son troupeau. Non pas en faisant un voeu de martyr (même si cela n’est jamais exclu), ni en voulant devenir docte au point d’en être cuistre (cela guette toujours), encore moins en voulant se donner en spectacle (Dieu seul est spectaculaire, c’est-à-dire qu’il se donne à voir dans les sacrements en l’occurrence), mais en se sacrifiant tel le pélican : pour nourrir ses petits, le peuple confié, si petit soit-il (j’en fais l’expérience !). Très simplement, je n’en donnerai que l’illustration qu’en fait Alfred de Musset dans son poème « La nuit de mai » écrit en 1835 :


Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage,

Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,

Ses petits affamés courent sur le rivage

En le voyant au loin s'abattre sur les eaux.

Déjà, croyant saisir et partager leur proie,

Ils courent à leur père avec des cris de joie

En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.

Lui, gagnant à pas lents une roche élevée,

De son aile pendante abritant sa couvée,

Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.

Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte ;

En vain il a des mers fouillé la profondeur ;

L'Océan était vide et la plage déserte ;

Pour toute nourriture il apporte son coeur.

Sombre et silencieux, étendu sur la pierre

Partageant à ses fils ses entrailles de père,

Dans son amour sublime il berce sa douleur,

Et, regardant couler sa sanglante mamelle,

Sur son festin de mort il s'affaisse et chancelle,

Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur.

Mais parfois, au milieu du divin sacrifice,

Fatigué de mourir dans un trop long supplice,

Il craint que ses enfants ne le laissent vivant ;

Alors il se soulève, ouvre son aile au vent,

Et, se frappant le coeur avec un cri sauvage,

Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu,

Que les oiseaux des mers désertent le rivage,

Et que le voyageur attardé sur la plage,

Sentant passer la mort, se recommande à Dieu.

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