Vendredi, 21ème semaine du T.O. — Année Paire

Folie de Dieu, folie pour Dieu



Calvaire médiéval

Anonyme

Bois sculpté, XVème siècle

Chœur de l’église Notre-Dame, Douai (France)


Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Co 1, 17-25)

Frères, le Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l’Évangile, et cela sans avoir recours au langage de la sagesse humaine, ce qui rendrait vaine la croix du Christ. Car le langage de la croix est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, il est puissance de Dieu. L’Écriture dit en effet : Je mènerai à sa perte la sagesse des sages, et l’intelligence des intelligents, je la rejetterai. Où est-il, le sage ? Où est-il, le scribe ? Où est-il, le raisonneur d’ici-bas ? La sagesse du monde, Dieu ne l’a-t-il pas rendue folle ? Puisque, en effet, par une disposition de la sagesse de Dieu, le monde, avec toute sa sagesse, n’a pas su reconnaître Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par cette folie qu’est la proclamation de l’Évangile. Alors que les Juifs réclament des signes miraculeux, et que les Grecs recherchent une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes. Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient juifs ou grecs, ce Messie, ce Christ, est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.


Méditation

Une folie, un vrai scandale... Voici comment Paul interprète la réaction des juifs et des païens. Mais à y bien regarder, ne sommes-nous pas un peu comme eux ? La Croix de Jésus ne nous semble-t-elle pas être une folie à nous recherchons calme, paix, voire volupté ? La Croix de Jésus n’est-elle pas un scandale pour nous qui essayons d’évacuer la souffrance et la mort ? Il suffit de s’interroger sincèrement sur les réactions que suscitent la crise sanitaire actuelle. Mourir devient un scandale, alors que tous nous vivrons un jour ou l’autre ce passage. Encore plus étonnant de voir que les plus anciens, presque au terme de leur vie, s’inquiètent plus pour leur santé que pour celle des plus jeunes. Ou des serviteurs de Dieu qui ont donné la vie pour le Christ, refuser d’aller donner les derniers sacrements par peur de la maladie... Je sais bien que de tels propos peuvent paraître choquants, je ne désire la mort de personne. Mais redonner sens à nos vies en communion avec celle des autres, et non dans un égotisme exacerbé me paraît être la voie chrétienne. N’est-ce pas ce que Jésus accepte en se laissant crucifier : il donne sa vie pour sauver la nôtre des ténèbres éternelles. Ce qui me paraît, au contraire, choquant serait de ne s’intéresser qu’à ma propre vie sans la situer dans un corps commun qu’on appelle l’humanité. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13) est un des derniers enseignements du Christ. Promesse que nous renouvelons à chaque eucharistie : « Prions ensemble au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Église ». Qui est cette Église, sinon nous-mêmes peuple de Dieu ? Et nous répondons que nous offrons nos vies « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». Offrir sa vie peut paraître un scandale pour certains, une folie pour d’autres. Mais être chrétien, est-ce autre chose ? Car le chrétien prend sa Croix comme Jésus nous l’a demandé, et fait tout en mémoire de lui : il enseigne sa Parole, il reçoit la puissance de Dieu dans le pain eucharistique, et prend la route de l’offrande de sa vie pour la Gloire de Dieu et le salut du monde ! Alors, soyons des « fols en Christ » tels que décrient dans la spiritualité orthodoxe russe !