Vendredi, 22e semaine du T.O. — année impaire

Vêtement neuf



La Madone au tricot

Maître Bertram (Minden, 1345 - Hambourg, 1415)

Détail du retable de Buxtehude

Peinture et or sur bois de chêne, 108,5 x 93 cm, vers 1400

Kunsthalle, Hambourg (Allemagne)


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 5, 33-39)

En ce temps-là, les pharisiens et les scribes dirent à Jésus : « Les disciples de Jean le Baptiste jeûnent souvent et font des prières ; de même ceux des pharisiens. Au contraire, les tiens mangent et boivent ! » Jésus leur dit : « Pouvez-vous faire jeûner les invités de la noce, pendant que l’Époux est avec eux ? Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors, en ces jours-là, ils jeûneront. » Il leur dit aussi en parabole : « Personne ne déchire un morceau à un vêtement neuf pour le coudre sur un vieux vêtement. Autrement, on aura déchiré le neuf, et le morceau qui vient du neuf ne s’accordera pas avec le vieux. Et personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement, le vin nouveau fera éclater les outres, il se répandra et les outres seront perdues. Mais on doit mettre le vin nouveau dans des outres neuves. Jamais celui qui a bu du vin vieux ne désire du nouveau. Car il dit : “C’est le vieux qui est bon.” »


Méditation

En regardant le tableau…


Marie : Voilà mon enfant ! Je te tricote cette tunique que tu pourras porter toute ta vie. Et je la fait sans coutures, d’une seul tenant. Comme toi, tu es Fils de Dieu d’un seul tenant, même si en toi se mêlent humanité et divinité, sans qu’on puisse les séparer, sans qu’on puisse les emmêler. Une tunique d’un rouge profond : le rouge du sang que tu verseras pour sauver les hommes de la mort éternelle. Le rouge de l’Esprit de feu qui tu enverras sur chaque homme pour qu’il trouve le chemin du Royaume des Cieux. Une tunique où chaque point de croix m’annonce ta mort rédemptrice…


Jésus : Ô Mère, ne te fais pas tant de soucis… Mon Père ne veut que le bonheur des hommes, même de ceux qui ne veulent pas croire en Lui. Et je sais que cette rédemption tant espérée passera par la Croix. Je le sais, je la vois. Même ces anges viennent me présenter ce que sera ma Passion, avec La Croix, les clous, la lance et la couronne d’épines. Et regarde, tant eux que moi, nous sourions au projet du Père. Car ce sacrifice inaugurera des temps nouveaux. Des temps où tout sera renouvelé, où je viendrai faire toutes choses nouvelles. Je ne suis pas venu pour abolir ce qui est ancien, mais pour le renouveler, le sortir de la gangue dans laquelle les hommes l’ont enfermé. Tu vois, cette Bible que je lis na pas pour destinée d’être jetée aux orties suite à ma Parole. Non, ma Parole lui donnera son sens, lui rendra son éclat et sa nouveauté. Si les hommes sont attentifs, ils y verront en filigrane ma présence, celle de mon Père et de l’Esprit qui continuera de souffler sur les hommes. Le vin de la vie, le vin enivrant de la Parole de Dieu continuera de couler, mais il retrouvera goût, tanin et vigueur. Il ne s’agit pas de vider au fossé le vieux vin, mais de le laisser coexister avec le nouveau dans la cave. Chacun dans l’outre qui lui convient. Pas l’un ou l’autre, mais l’un ET l’autre. Pas que le Premier Testament, ou que le Nouveau Testament. Mais deux Testaments qui s’éclairent, se répondent mutuellement. Comme il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père, il y a aussi plusieurs caves où tous les vins de la fête peuvent vieillir ensemble !


Marie : Et ce vêtement que je te tisse ?


Jésus : Là encore, ce vêtement neuf ne me fera pas jeter la vieille tunique je porte. Non, au contraire. Les mettant l’une sur l’autre, l’une avec l’autre, je leur donnerai tout leur éclat. Tu me couds cette tunique d’un seul fil, la plus belle des tuniques, comme celle qu’offrit Jacob à son fils Joseph. Je porterai les deux, car les deux sont aussi cadeaux de mon Père.


Les hommes veulent toujours du nouveau. Ils n’arrivent pas à se contenter de ce qui est. Toujours plus… Toujours plus au point de ne pas savoir profiter. Ne crois-tu pas que si tous nos frères avaient su profiter de la Parole divine du Premier Testament ils auraient pu éviter de s’enfoncer dans le péché ? Ne crois-tu pas que si notre première mère, Ève, avait su résister aux paroles suaves et dangereuses de l’Ennemi, les hommes seraient encore en Paradis ? Mains, non. Ils veulent toujours plus et ne savent ni se contenter, et encore moins profiter de ce qu’ils ont. Ils ne cherchent même pas à en tirer la substantifique moelle. Alors, ils jettent le vieux pour acquérir le neuf, jusqu’à ce que plus neuf vienne. Un prophète chasse l’autre mais… aucun n’a vraiment été écouté !


D’autres, se croyant plus intelligents, veulent mêler le neuf et le vieux, faire une sorte de plat méridional, de bouillabaisse ! Ce n’est pas mieux ! Le neuf corrompt le goût du vieux. Le neuf déchire le vieux ou le fait éclater.


Vois-tu, Mère, je suis en train de lire le livre premier de notre Bible : la Genèse. Et l’on y raconte l’histoire du rêve de Jacob (Gn 28, 11-17) :


« Il atteignit le lieu où il allait passer la nuit car le soleil s’était couché. Il y prit une pierre pour la mettre sous sa tête, et dormit en ce lieu. Il eut un songe : voici qu’une échelle était dressée sur la terre, son sommet touchait le ciel, et des anges de Dieu montaient et descendaient. Le Seigneur se tenait près de lui. Il dit : « Je suis le Seigneur, le Dieu d’Abraham ton père, le Dieu d’Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je te la donne, à toi et à tes descendants. Tes descendants seront nombreux comme la poussière du sol, vous vous répandrez à l’orient et à l’occident, au nord et au midi ; en toi et en ta descendance seront bénies toutes les familles de la terre. Voici que je suis avec toi ; je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai sur cette terre ; car je ne t’abandonnerai pas avant d’avoir accompli ce que je t’ai dit. » Jacob sortit de son sommeil et déclara : « En vérité, le Seigneur est en ce lieu ! Et moi, je ne le savais pas. » Il fut saisi de crainte et il dit : « Que ce lieu est redoutable ! C’est vraiment la maison de Dieu, la porte du ciel ! »



L’échelle de Jacob

William Blake (Londres, 1757 - Londres, 1827)

Crayon et aquarelle, 39,8 x 30,6 cm, vers 1800

British Museum, Londres (Royaume-Uni)


Cette échelle n’est-elle pas la meilleur image qui soit ? Si tu veux rejoindre le ciel et que tu retires les premiers barreaux parce qu’ils sont trop vieux, comment pourras-tu monter et atteindre les barreaux neufs qui sont trop hauts ? Et si tu veux alterner les barreaux neufs et vieux, ne risques-tu pas de casser un vieux barreau fragile, situé trop haut, et alors tomber ? Dieu nous donne une échelle pour le rejoindre. Une échelle faire de premiers barreaux vieux, mais utiles. Et de nouveaux barreaux plus souples mais plus hauts.


Marie : je comprends, mais les hommes veulent-ils encore grimper ?


Jésus : Là est le libre-arbitre que nous avons donné aux hommes. Jamais mon Père ne forcera quelqu’un à gravir cette échelle. Certains, c’est vrai, préfèrent rester en bas, estimant que le meilleur vin est l’ancien et qu’il est inutile de goûter au nouveau. Ils refuseront d’écouter ma Parole, trop neuve pour eux, préférant s’arrêter aux anciennes prophéties. Ils sont effrayés, pensant que cette parole va annuler la première, ou la déchirer. Alors, que tout est progression, escalade divine. Quand ils étaient encore des petits dans la foi, Dieu leur donnait des interdictions pour qu’ils évitent de se faire mal. Plus grand, Dieu leur donna des obligations pour qu’ils prennent le bon chemin. Aujourd’hui, je veux leurs distribuer des invitations pour rejoindre librement le ciel. Puissent)ils profiter de la présence de l’époux pour grimper un barreau neuf de plus, tout en s’appuyant sur les premiers barreaux anciens de l’échelle.


Marie : Fiat ! Que ta volonté soit faite !