Vendredi, 25ème semaine du T.O. — Année Paire

Un temps pour tout



La mélancolie

Domenico FETTI (Rome, 1588/1589 - Venise, 1623)

Huile sur toile, 171 x 128 cm, vers 1618 - 1623

Musée du Louvre, Paris (France)


Lecture du livre de Qohèleth (Qo 3, 1-11)

Il y a un moment pour tout, et un temps pour chaque chose sous le ciel : un temps pour donner la vie, et un temps pour mourir ; un temps pour planter, et un temps pour arracher. Un temps pour tuer, et un temps pour guérir ; un temps pour détruire et un temps pour construire. Un temps pour pleurer, et un temps pour rire ; un temps pour gémir, et un temps pour danser. Un temps pour jeter des pierres, et un temps pour les amasser ; un temps pour s’étreindre, et un temps pour s’abstenir. Un temps pour chercher, et un temps pour perdre ; un temps pour garder, et un temps pour jeter. Un temps pour déchirer, et un temps pour coudre ; un temps pour se taire, et un temps pour parler. Un temps pour aimer, et un temps pour ne pas aimer ; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix. Quel profit le travailleur retire-t-il de toute la peine qu’il prend ? J’ai vu la besogne que Dieu impose aux fils d’Adam pour les tenir en haleine. Toutes les choses que Dieu a faites sont bonnes en leur temps. Dieu a mis toute la durée du temps dans l’esprit de l’homme, mais celui-ci est incapable d’embrasser l’œuvre que Dieu a faite du début jusqu’à la fin.


Méditation

Victor Hugo écrivait que « la mélancolie est le bonheur d’être triste ». Tel ce jeune homme qui sombre dans ce mal de l’âme. Il médite, il regrette, il est nostalgique. Car c’est bien un mal que l’on appelait autrefois la bile noire, elle qui nous rend hypocondriaque, si ce n’est du corps, au moins du coeur. Est-ce un bonheur ? Je ne sais pas. Peut-être le bonheur de la rêverie, de la flanerie au sein de nos souvenirs.


En fait, la véritable maladie est celle de notre rapport au temps. Il est tellement insaisissable qu’il nous perturbe. Il fuit tel le sable entre nos doigts. Le présent existe-t-il alors que, dès que j’y pense, il est déjà passé. Et ce futur, que sera-t-il ? On ne sait jamais ce qui va advenir, quel est notre ad-venir ? Un présent insaisissable, un futur inconnu, un passé qui ne reviendra pas…


Il me semble qu’il nous est utile de tirer deux leçons de ce texte. D’abord, d’apprendre à « organiser » notre temps, c’est-à-dire d’être tout à ce que l’on fait, mais aussi d’apprendre à faire les choses au bon et juste moment. Alors, et c’est la seconde leçon, notre temps prend du poids. Rappelez-vous ce verset d’Horace : « Carpe diem, quam minimum credula postero » (Cueille le jour présent sans te soucier du lendemain). Ce qui importe est de donner du poids à ce que nous vivons à l’instant. Donner du poids, c’est donner de la gloire, du sens, de la force, de la densité (le mot hébreux kabôd que l'on traduit par « gloire » signifie à l'origine « être lourd »). Donnons-du poids à chaque instant, chaque minute, chaque seconde. C’est peut-être la dernière…