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Vendredi, 25e semaine du T.O. — année impaire

J’emplirai de gloire cette Maison



Jérusalem

Anonyme

Mosaïques, Ve siècle, Arc triomphal, 4e registre de la gauche

Basilique Sainte-Marie-Majeure, Rome (Italie)


Lecture du livre du prophète Aggée (Ag 1, 15b à 2, 9)

La deuxième année du règne de Darius, le vingt et unième jour du septième mois, la parole du Seigneur se fit entendre par l’intermédiaire du prophète Aggée : « Va parler à Zorobabel, fils de Salathiel, gouverneur de Juda, à Josué, fils de Josédeq, le grand prêtre, et au reste du peuple. Tu leur diras : Reste-t-il encore parmi vous quelqu’un qui ait vu cette Maison dans sa gloire première ? Eh bien ! Qu’est-ce que vous voyez maintenant ? N’est-elle pas devant vous réduite à rien ? Mais à présent, courage, Zorobabel ! – oracle du Seigneur. Courage, Josué fils de Josédeq, grand prêtre ! Courage, tout le peuple du pays ! – oracle du Seigneur. Au travail ! Je suis avec vous – oracle du Seigneur de l’univers –, selon l’engagement que j’ai pris envers vous à votre sortie d’Égypte. Mon esprit se tient au milieu de vous : Ne craignez pas ! Encore un peu de temps – déclare le Seigneur de l’univers –, et je vais ébranler le ciel et la terre, la mer et la terre ferme. Je vais mettre en branle toutes les nations, leurs trésors afflueront ici, et j’emplirai de gloire cette Maison – déclare le Seigneur de l’univers. L’argent est à moi, l’or est à moi – oracle du Seigneur de l’univers. La gloire future de cette Maison surpassera la première et dans ce lieu, je vous ferai don de la paix, – oracle du Seigneur de l’univers. »


Méditation

Beaucoup se disent parfois que l’on n’a pas besoin d’une église pour rencontrer Dieu. Certains iront même jusqu’à dire que l’Église (avec un grand É) elle-même est inutile. Pourtant, à bien y réfléchir, toutes les religions ont édifié des temples, je ne connais aucune exception. Toutes ont besoin d’un lieu de culte ; que ce soient les Romains ou les Grecs avec leur Panthéon, que ce soient les bouddhistes ou les hindous avec leurs temples chamarrés, que ce soient les juifs avec le Temple de Jérusalem puis les synagogues, que ce soient les musulmans avec leurs mosquées rutilantes. Même les animistes édifient des sortes d’oratoires devant des arbres considérés comme réceptacle des esprits. Et nous, du haut de notre superbe, faisant foi de notre histoire et de notre patrimoine, nous espérerions faire tabula rasa ? Serions-nous aussi ceux que condamne Aggée ?


Pourtant, dès la sortie d’Égypte, le peuple édifie des autels, puis des lieux de culte plus importants jusqu’à la construction du Temple de Jérusalem. Pourtant, par la voix des prophètes, Dieu nous dit qu’il se réjouit de ces Maisons dont il fait sa demeure sur terre. N’affirme-t-il pas que c’est le lieu où réside sa Gloire ?


Je sais que certains sont capables de prier n’importe où, même dans un hall de gare animé. Moi, je n’y arrive pas ! Et j’ai besoin d’un lieu où je peux me recueillir, où je puisse ressentir cette présence et cette Gloire. Et même, j’ai besoin de m’y préparer… Iriez-vous dîner chez une notabilité sans revêtir vos plus beaux atours, sans vous préparer, sans s’inquiéter d’un cadeau ? Accepteriez-vous que ce notable vous reçoive dans la cuisine, sans un minimum d’égard, de prestige ou de protocole ? Il suffit de se rappeler le choc provoqué par la tente de Khadafi lorsqu’il rendait une visite officielle à un autre état !


Dieu sait que nous avons besoin de ce lieu, de cette préparation pour le rencontrer. Et cette rencontre est terrible comme le rappelle le livre de la Genèse (Gn 28, 17) : « Terribilis est locus iste: hic domus Dei est et porta caeli : et vocabitur aula Dei. » (Ce lieu est redoutable : c'est ici la demeure de Dieu et la porte du ciel ; on l'appellera la maison de Dieu.) Oui, c’est la porte du ciel. Une porte qu’il faut franchir avec crainte, car on y rencontre Dieu. Comme à chaque fois que nous allons à la messe, temps et espace où Dieu se donne à voir, à toucher, à manger. Porte qu’il faut franchir avec soin, car elle est un passage, une pâque. Porte terrestre qui préfigure la porte céleste. Et je pense à toutes ces portes d’églises, romanes ou gothiques, dont les embrasures, en forme d’entonnoir, nous invitent à nous resserrer sur nous-mêmes. Ces portes qui s’ouvrent sur l’Éternel, sur l’éternelle beauté.


Et pourquoi refuser cette beauté, voire ce qu’elle coûte ? Hésiteriez-vous à acheter la plus belle des bagues pour votre dulcinée ? Hésiteriez-vous à dépenser pour vos enfants ? Ainsi, l’histoire du saint Curé d’Ars peut nous éclairer. Dieu sait qu’il vécût pauvrement et qu'il n’hésitait pas à donner à tous ceux qui étaient dans le besoin. Mais il dépensa de grosses sommes pour embellir son église. C’est pourquoi il se rend un jour à Lyon avec Mademoiselle d'Ars et visite les magasins pour acheter un ornement de messe. Mais devant tous ceux qu'on lui présente, il s'écrie : « Ce n'est pas assez beau, rien n'est trop beau pour le bon Dieu… » Si notre générosité avec les pauvres masque, voire détruit, notre générosité envers Dieu, alors nous n'avons rien compris ! Bien sûr, inutile de dépenser des sommes folles pour acquérir des calices en or dont nous n’aurions pas besoin. Mais pour autant, faut-il célébrer le Saint Sacrifice dans un verre en Pyrex ? De même, devrions-nous être choqués des « ors » de la République ? Je ne crois pas. D’abord, c’est notre patrimoine commun, ensuite c’est le symbole de la Gloire de la Nation. Alors, pourquoi refuser à Dieu ces « ors » ? Le prophète nous répond : « Je vais mettre en branle toutes les nations, leurs trésors afflueront ici, et j’emplirai de gloire cette Maison – déclare le Seigneur de l’univers. L’argent est à moi, l’or est à moi – oracle du Seigneur de l’univers. La gloire future de cette Maison surpassera la première et dans ce lieu, je vous ferai don de la paix, – oracle du Seigneur de l’univers. »

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