Vendredi, 2e semaine de Carême

Ne touchons pas à sa vie -



Joseph jeté dans la citerne,

Maître du roman de Fauvel (actif dans la première moitié du XIVe siècle),

Enluminure, entre 1320 et 1337, Bible historiale, Ms 00020,

Bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris (France)


Lecture du livre de la Genèse (Gn 37, 3-4.12-13a.17b-28)

Israël, c’est-à-dire Jacob, aimait Joseph plus que tous ses autres enfants, parce qu’il était le fils de sa vieillesse, et il lui fit faire une tunique de grand prix. En voyant qu’il leur préférait Joseph, ses autres fils se mirent à détester celui-ci, et ils ne pouvaient plus lui parler sans hostilité. Les frères de Joseph étaient allés à Sichem faire paître le troupeau de leur père. Israël dit à Joseph : « Tes frères ne gardent-ils pas le troupeau à Sichem ? Va donc les trouver de ma part ! » Joseph les trouva à Dotane. Ceux-ci l’aperçurent de loin et, avant qu’il arrive près d’eux, ils complotèrent de le faire mourir. Ils se dirent l’un à l’autre : « Voici l’expert en songes qui arrive ! C’est le moment, allons-y, tuons-le, et jetons-le dans une de ces citernes. Nous dirons qu’une bête féroce l’a dévoré, et on verra ce que voulaient dire ses songes ! » Mais Roubène les entendit, et voulut le sauver de leurs mains. Il leur dit : « Ne touchons pas à sa vie. » Et il ajouta : « Ne répandez pas son sang : jetez-le dans cette citerne du désert, mais ne portez pas la main sur lui. » Il voulait le sauver de leurs mains et le ramener à son père. Dès que Joseph eut rejoint ses frères, ils le dépouillèrent de sa tunique, la tunique de grand prix qu’il portait, ils se saisirent de lui et le jetèrent dans la citerne, qui était vide et sans eau. Ils s’assirent ensuite pour manger. En levant les yeux, ils virent une caravane d’Ismaélites qui venait de Galaad. Leurs chameaux étaient chargés d’aromates, de baume et de myrrhe qu’ils allaient livrer en Égypte. Alors Juda dit à ses frères : « Quel profit aurions-nous à tuer notre frère et à dissimuler sa mort ? Vendons-le plutôt aux Ismaélites et ne portons pas la main sur lui, car il est notre frère, notre propre chair. » Ses frères l’écoutèrent. Des marchands madianites qui passaient par là retirèrent Joseph de la citerne, ils le vendirent pour vingt pièces d’argent aux Ismaélites, et ceux-ci l’emmenèrent en Égypte.


Méditation

Joseph est une préfiguration de la Passion du Christ, il fut lui aussi mis trois jours dans le trou de la mort. l’enluminure accentue cette idée nous montrant un homme nu, descendu les bras en croix vers les enfers. Mais malgré la jalousie des frères (à l’instar de celle de Juda), ou le peu de courage des autres (comme les disciples qui fuient devant la Croix, seul reste Jean), il y en a toujours un qui a un sursaut de lucidité, ou de témérité, comme l’on veut. Ici, c’est Ruben qui refuse d’aller au bout de la démarche commencée par ses frères. Lui donner une leçon à ce garçon qui a voulu nous en remonter avec ses songes, d’accord. Mais lui ôter la vie, non ! C’est effarant comme l’orgueil et l’arrogance peuvent emmener certains dans ces actes qu’ils n’auraient même pas imaginer faire eux-mêmes ! S’il y a une leçon à tirer de ce récit, c’est celui de cet ultime sursaut de lucidité qui nous concerne tous. Car nous aurions parfois envie de nous venger, ou d’appliquer tel ou tel règlement de façon implacable. Mais n’oublions jamais la vie... La vie d’un homme est en jeu. La vie doit toujours prendre le dessus. Je viens de lire un futur roman d’un ami avocat (qui doit lire cette méditation...) et j’ai senti que, malgré toutes les fautes des hommes, ce qui devait emporter nos cœurs, ce qui nous rend à l’image de Dieu, c’est la miséricorde, c’est-à-dire mettre la vie en avant, car elle est le plus grand don que Dieu nous fait.