Vendredi, 33e semaine du T.O. — année impaire

Un nouvel autel -



Le triomphe de Judas Maccabée,

Pierre-Paul Rubens (Siegen, 1577 - Anvers, 1640),

Huile sur toile, 310 x 228 cm, 1635,

Musée des Beaux-Arts, Nantes (France)

Lecture du premier livre des Martyrs d’Israël (1 M 4, 36-37.52-59)

En ces jours-là, Judas et ses frères déclarèrent : « Voilà nos ennemis écrasés, montons purifier le Lieu saint et en faire la dédicace. » Toute l’armée se rassembla, et ils montèrent à la montagne de Sion. Le vingt-cinquième jour du neuvième mois, de grand matin, les prêtres offrirent le sacrifice prescrit par la Loi sur le nouvel autel qu’ils avaient construit. On fit la dédicace de l’autel au chant des hymnes, au son des cithares, des harpes et des cymbales. C’était juste l’anniversaire du jour où les païens l’avaient profané. Le peuple entier se prosterna la face contre terre pour adorer, puis ils bénirent le Ciel qui avait fait aboutir leur effort. Pendant huit jours, ils célébrèrent la dédicace de l’autel, en offrant, dans l’allégresse, des holocaustes, des sacrifices de communion et d’action de grâce. Ils ornèrent la façade du Temple de couronnes d’or et de boucliers, ils en restaurèrent les entrées et les salles et y replacèrent des portes. Il y eut une grande allégresse dans le peuple, et l’humiliation infligée par les païens fut effacée. Judas Maccabée décida, avec ses frères et toute l’assemblée d’Israël, que l’anniversaire de la dédicace de l’autel serait célébré pendant huit jours chaque année à cette date, dans la joie et l’allégresse.


Méditation

Il faut purifier le lieu saint que fut le Temple, souillé par les ennemis. Premier acte, première construction : l’édification de l’autel. Si vous lisez Les étoiles de Compostelle d’Henri Vincenot, livre qui raconte la construction de l’Abbaye de la Bussière-sur-Ouche en Bourgogne, vous verrez que la première chose que bâtissent les moines, avant leur propre demeure, est celle de Dieu, particulièrement en commençant par l’abside et l’autel. « Dieu premier servi » disait Jeanne d’Arc ! Et comme pour la messe, Judas et ses frères célèbrent la dédicace au grand matin, au soleil levant : le Christ n’est-il pas le soleil qui est venu à Noël se lever sur terre, et qui se lève ainsi à chaque célébration eucharistique ? Les femmes ne viennent-elles pas au tombeau au soleil levant pour y découvrir le Ressuscité ?


Et le texte nous explique qu’ils offrirent alors le premier sacrifice. Ancêtre, ou racine, de toutes nos eucharisties. Ainsi, nous offrons nous-mêmes le sacrifice du Christ sous la forme de l’hostie (qui veut dire « victime »). Et pour nous rappeler que ce sacrifice est unique, mais renouvelé à chaque messe, nos pierres d’autel sont gravées de cinq croix, signes des cinq plaies du Christ (allez relire l’homélie du Lundi, 16e semaine du temps ordinaire, année impaire, sur le sens de l’autel). Un autel qui, comme son nom l’indique, est en hauteur (altare) sur la montagne. Auparavant, pour rappeler cette montagne, on plaçait les autels sur un emmarchement. Et l’on appelait même le support où l’on posait le Saint-Sacrement pour l’adoration : un Thabor (comme la montagne sur laquelle eut lieu la Transfiguration).


Alors, le peuple se prosterne devant son Seigneur. Malheureusement, nous avons perdu ce sens corporel de la prière dans notre liturgie occidentale. Seuls les orthodoxes pratiquent encore véritablement la proskynèse (la prosternation). Aurions-nous honte de nous abaisser devant notre Dieu ?


Enfin, le peuple rend grâce à Dieu (qui est le sens du mot « eucharistie ») : il retourne à Dieu les grâces qu’ils reçurent, dont celle, dans notre texte, d’être allé au bout de leur effort. Et de l’action de grâce, ils passent à la louange. Ce n’est pas la même chose. On rend grâce pour ce que l’on a reçu, on loue sans raison, uniquement pour la beauté, la grandeur de notre Dieu. Nous ne savons pas toujours trouver les mots de la louange. L’Église nous en offre par ce très beau texte que nous devrions connaître par coeur et dire chaque matin pour inaugurer notre journée : le Te Deum


À toi Dieu, notre louange !

Nous t'acclamons, tu es Seigneur !

À toi Père éternel,

L’hymne de l’univers.

Devant toi se prosternent les archanges,

les anges et les esprits des cieux ;

ils te rendent grâce ;

ils adorent et ils chantent :

Saint, Saint, Saint, le Seigneur,

Dieu de l'univers ;

le ciel et la terre sont remplis de ta gloire.

C'est toi que les Apôtres glorifient,

toi que proclament les prophètes,

toi dont témoignent les martyrs ;

c'est toi que par le monde entier

l'Église annonce et reconnaît.


Dieu, nous t'adorons :

Père infiniment saint,

Fils éternel et bien-aimé,

Esprit de puissance et de paix.

Christ, le Fils du Dieu vivant,

le Seigneur de la gloire,

tu n'as pas craint de prendre chair

dans le corps d'une vierge

pour libérer l'humanité captive.


Par ta victoire sur la mort,

tu as ouvert à tout croyant

les portes du Royaume ;

tu règnes à la droite du Père ;

tu viendras pour le jugement.


Montre-toi le défenseur et l'ami

des hommes sauvés par ton sang :

prends-les avec tous les saints

dans ta joie et dans ta lumière.