Vendredi, 33e semaine du T.O. — Année Paire

De miel et de fiel



Jean dévorant le Livre de Vie

Albrecht Dürer (Nuremberg, 1471 - Nuremberg, 1528)

Illustration de l’ « Apocalipsis cu[m] figuris », Nuremburg, 1498,. Typ Inc 2121A, 28,5 x 39,5 cm

Houghton Library, Harvard University, Cambridge (Massachusetts, U.S.A.)


Lecture de l’Apocalypse de saint Jean (Ap 10, 8-11)

Moi, Jean, la voix que j’avais entendue, venant du ciel, me parla de nouveau et me dit : « Va prendre le livre ouvert dans la main de l’ange qui se tient debout sur la mer et sur la terre. » Je m’avançai vers l’ange pour lui demander de me donner le petit livre. Il me dit : « Prends, et dévore-le ; il remplira tes entrailles d’amertume, mais dans ta bouche il sera doux comme le miel. » Je pris le petit livre de la main de l’ange, et je le dévorai. Dans ma bouche il était doux comme le miel, mais, quand je l’eus mangé, il remplit mes entrailles d’amertume. Alors on me dit : « Il te faut de nouveau prophétiser sur un grand nombre de peuples, de nations, de langues et de rois. »


Méditation

Dans le livre d’Ézékiel, on peut lire (Ez 3, 1-3) : « Le Seigneur me dit : « Fils d’homme, ce qui est devant toi, mange-le, mange ce rouleau ! Puis, va ! Parle à la maison d’Israël. » J’ouvris la bouche, il me fit manger le rouleau et il me dit : « Fils d’homme, remplis ton ventre, rassasie tes entrailles avec ce rouleau que je te donne. » Je le mangeai, et dans ma bouche il fut doux comme du miel. » À la différence du prophète du Premier Testament, Jean aura cette douceur du miel, mais aussi cette amertume du fiel. De fait, si nous dévorons la Parole de Dieu, elle peut avoir les mêmes effets : au début, elle nous paraîtra douce, et — avec exagération — nous pourrions imaginer un Jésus aux longs cheveux blonds, et au doux regard de ses yeux bleus. N’en rions, c’est parfois cette vision d’un monde de bisounours à laquelle nous renvoient certaines homélies, ou ouvrages spirituels sirupeux. Et sans aller jusque là, c’est aussi notre propre regard sur la Parole de Dieu, ne gardant que les paraboles et paroles qui nous conviennent et renvoyant celles qui nous dérangent dans la malle des objets perdus. Il suffit de voir, dans notre bréviaire, les versets des psaumes mis entre parenthèses parce qu’ils semblent trop guerriers et vengeurs ! Mais qui sommes-nous, du haut de notre superbe, pour faire des tris dans la Parole de Dieu ? Oui, cette parole peut être douce et goûtue comme le miel, mais ne nous arrêtons pas à la première saveur. Dépassons-la, comme lorsqu’on déguste un grand cru de vin. Alors, nous sentirons que cette parole peut aussi être de fiel, qu’elle peut nous ronger, qu’elle dévore les scories de nos péchés, qu’elle attaque notre présomption à la normalité, qu’elle nous remet en cause et nous oblige à supporter quelques aigreurs de notre vie. Si elle est douce comme le miel, c’est pour nous rassasier et nous donner la force du glucose spirituel. Si elle est amer comme le fiel, c’est pour nous forcer à l’honnêteté, à prendre conscience que sans Lui nous ne pouvons rien, et à nous convertir ! De miel et de fiel…