Vendredi, 5e semaine du T.O. (Année impaire)

Et leurs yeux s’ouvrirent



Étude d’un figuier

John Singer Sargent (Florence, 1856 - Londres, 1925)

Huile sur toile, 56.51 x 72.39 cm, 1908

Collection privée


Lecture du livre de la Genèse (Gn 3, 1-8)

Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : “Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin” ? » La femme répondit au serpent : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : “Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.” » Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus. Ils attachèrent les unes aux autres des feuilles de figuier, et ils s’en firent des pagnes. Ils entendirent la voix du Seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour. L’homme et sa femme allèrent se cacher aux regards du Seigneur Dieu parmi les arbres du jardin.


Méditation

Trop souvent nous pensons que le fruit défendu mangé par Adam et Ève est une pomme, d’autant plus que nous appelons la glotte une pomme d’Adam ! Pourtant, ce n’est qu’une simple erreur de transcription de l'hébreu au latin de la Vulgate de saint Jérôme. Le texte latin traduit ainsi le verset 5 : « Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. — Scit enim Deus quod in quocumque die comederitis ex eo, aperientur oculi vestri, et eritis sicut dii, scientes bonum et malum. » Mais le mot « malum », s’il est mal écrit, tel « mallum » prend un autre sens… Il évoque tout fruit rond que l’on appelait une « pomme ». On parle ainsi des pommes d’orange, voire, en parlant des tomates, des pommes d’or, ce qui donne le mot italien : pomodoro. Pensez aussi à la malléole, cette saillie osseuse ronde de notre cheville. Bref, ils n’ont pas mangé du fruit du « bien (bonus) et de la pomme (mallus) » ! Ce n'est qu'une simple erreur de copiste. Mais quel était donc ce fruit, si ce n’est la figue ? En effet, se découvrant nus, ils se vêtent de feuilles de figuier.


Dans la Bible, le figuier symbolise la Loi. C’est bien pour cela que Nathanaël est présenté comme un homme juste, car il reste sous le figuier, sous la Loi (Jn 1, 48). Ainsi, Adam et Ève se découvrent nus, sans règles, démunis. Ils vont se protéger devant ce dénuement par des feuilles de figuier, des feuilles de la Loi, les premiers articles pour régler la vie communautaire ! Mais, choisissons les bonnes feuilles… pas uniquement celles qui cachent la « misère » mais d’abord celles qui révèlent l’humanité, qui la rapprochent de son Créateur et qui permet l’épanouissement de l’homme, de tout l’homme. N’est-ce pas la difficulté à laquelle est confronté notre monde qui se fait plus judiciaire et punitif que éducateur et confiant en l’homme ?