Vendredi, 6ème semaine du temps pascal

Entre bonheur et joie



Les oiseaux de la joie et de la tristesse

Viktor Vasnetsov (Kirov, 1848 - Moscou, 1926)

1896, Huile sur toile, 133 x 250 cm

Tretyakov Gallery, Moscou (Russie)


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 16, 20-23a)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Amen, amen, je vous le dis : vous allez pleurer et vous lamenter, tandis que le monde se réjouira ; vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie. La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée. Mais, quand l’enfant est né, elle ne se souvient plus de sa souffrance, tout heureuse qu’un être humain soit venu au monde. Vous aussi, maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira ; et votre joie, personne ne vous l’enlèvera. En ce jour-là, vous ne me poserez plus de questions. »


Méditation

Que de confusions nous faisons ! Confusions entre la joie et le bonheur, entre la tristesse et le malheur. Car ils n’ont ps le même sens, et l’étymologie nous le confirme. Mais pas besoin d’être philologue... Le bonheur, c’est ce qui arrive lors d’une bonne heure. Le malheur, lors d’une mal-heure (une mauvais heure). C’est donc un sentiment que nous ressentons, mais qui n’est que passager, pour ne pas dire fugace.


Alors, comme sur le tableau, choisissons le bon Ange !


La joie, c’est autre chose ! Le mot est issu du latin gaudia (pluriel de gaudium). Il signifie d’abord, un bien-être, une aise, un contentement. Un bien-être n’est pas passager. Malheureusement, à la différence de l’italien par exemple, le français ne connaît qu’un mot pour définir « être ». En italien existe essere et stare. Sono (essere) bene : je suis bien en ce moment précis. Sto (stare) bene : je vais bien (et ce n’est pas fugace). La joie est de l’ordre du stare, elle correspond à un véritable mouvement de fond. C’est à cette joie-là, à ce bien-être, que Jésus nous appelle. Trouver en nous la source profonde de la joie.


J’ai déjà à plusieurs pris cet exemple : la carte maritime. La carte comporte plusieurs couleurs qui, bien sûr, ne correspondent pas à l’état de la mer en surface, mais aux courant de fond. L’état de la mer en surface, toujours passager, c’est notre bonheur ou notre malheur. Le courant de fond, c’est la joie. Nous sommes invités à descendre au plus profond de nous-mêmes pour la trouver, là où réside le Christ, comme le dira saint Augustin :

« Tu autem eras interior intimo meo et superior sumno meo (Mais Toi, tu étais plus profond que le tréfonds de moi-même et plus haut que le très-haut de moi-même) »

Ou encore (Les confessions, Livre X) :

« J’ai tardé à t'aimer, Beauté si ancienne et si nouvelle, j'ai tardé à t'aimer ! Alors que tu étais au dedans de moi, et moi au dehors, je te cherchais au dehors où je me ruais sur les belles choses d'ici-bas, tes ouvrages. Tu étais avec moi, et je n’étais pas avec toi ; Elles me retenaient loin de toi ces choses qui pourtant si elles n’existaient pas en toi, n’existeraient pas. Tu as appelé, crié, et tu as rompu ma surdité. Tu as brillé par éclairs et par vives lueurs et tu as balayé ma cécité. Tu as exhalé ta bonne odeur, je l'ai respirée, et j’aspire à toi. Je t'ai goûté et j'ai faim et j’ai soif. Tu m'as touché, j'ai pris feu pour la paix que tu donnes. Une fois soudé à toi de tout mon être, il n'y aura plus pour moi douleur et labeur et ma vie sera, toute pleine de toi, la vie. »