Vendredi, 7e semaine du T.O. — année paire

Oui ou non ? -



Colère,

Giovanni di Niccolò de Lutero dit Dosso Dossi (Mantoue, 1489 - Ferrare, 1542),

Peinture à l’huile sur bois, 107 x 95 cm, 1515-1516,

Collection Vittorio Cini, Venise (Italie)


Lecture de la lettre de saint Jacques (Jc 5, 9-12)

Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres, ainsi vous ne serez pas jugés. Voyez : le Juge est à notre porte. Frères, prenez pour modèles d’endurance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. Voyez : nous proclamons heureux ceux qui tiennent bon. Vous avez entendu dire comment Job a tenu bon, et vous avez vu ce qu’à la fin le Seigneur a fait pour lui, car le Seigneur est tendre et miséricordieux. Et avant tout, mes frères, ne faites pas de serment : ne jurez ni par le ciel ni par la terre, ni d’aucune autre manière ; que votre « oui » soit un « oui », que votre « non » soit un « non » ; ainsi vous ne tomberez pas sous le jugement.


Méditation

Qu’est-ce qui peut bien causer cette colère qui fait grincer des dents ces quatre personnages, sans parler de ces deux femmes qui s’arrachent la joue ? Ne savent-elles pas, comme le dit la sagesse populaire, que la colère est mauvaise conseillère ?


En fait, quand on y regarde de près, nos colères trouvent souvent leur racine dans notre manque d’humilité : incapacité à reconnaître nos erreurs, ou sentiment de supériorité et d’agacement qui nous retire toute indulgence.


Et c’est bien pour cela que saint Jacques parle de ces deux vertus que sont l’endurance et la patience. Pour éviter la colère, il faut être patient avec les autres, mais aussi avec soi-même ! Mais encore plus, il faut être endurant, c’est-à-dire supporter dans la durée les éventuelles attaques, qu’elles soient verbales ou physiques. Et cela nous évitera tout jugement.


Car c’est bien cela qui occupe l’esprit de notre apôtre : éviter le Jugement de Dieu. Ce n’est pas le juge terrestre qu’il redoute, mais ce que Dieu pense de lui. Comme le disait un de mes confrères : « suis-je à la hauteur de ma vocation, de ce que Dieu attend de moi ? » Et saint Jacques sait que toute colère mène souvent au péché. Même une colère froide peut être « mortelle »… Mt 15,11 : « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme impur ; mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l’homme impur. » Nos paroles méchantes peuvent blesser, voire tuer l’âme de notre frère.


Ainsi, que nous recommande-t-il ? D’abord, une persévérance certaine ! Ne pas céder à la colère devant la provocation ou l’insulte : « nous proclamons heureux ceux qui tiennent bon ».


Ensuite, de savoir que la récompense est au bout du chemin. Vous avez tenu bon, comme Job. Vous serez récompensé comme Job. Dieu ne fait que vérifier votre persévérance et purifier votre foi, tel que l’atteste saint Pierre (1 P 1, 6-7) : « Aussi vous exultez de joie, même s’il faut que vous soyez affligés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ; elles vérifieront la valeur de votre foi qui a bien plus de prix que l’or – cet or voué à disparaître et pourtant vérifié par le feu –, afin que votre foi reçoive louange, gloire et honneur quand se révélera Jésus Christ. »


Et enfin de « mesurer » notre effort et nos engagements. Il ne fait que synthétiser ce que le Christ avait déjà annoncé (Lc 14, 28-32) : « Quel est celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? Car, si jamais il pose les fondations et n’est pas capable d’achever, tous ceux qui le verront vont se moquer de lui : “Voilà un homme qui a commencé à bâtir et n’a pas été capable d’achever !” Et quel est le roi qui, partant en guerre contre un autre roi, ne commence par s’asseoir pour voir s’il peut, avec dix mille hommes, affronter l’autre qui marche contre lui avec vingt mille ? S’il ne le peut pas, il envoie, pendant que l’autre est encore loin, une délégation pour demander les conditions de paix. » Que dit Jacques ? Si vous ne vous sentez pas capable de telle ou telle chose, ne vous engagez pas. Sinon, vous risquez de ne pas y arriver et de déclencher la colère de celui auprès de qui vous vous êtes engagé, et même votre propre colère, déçu de vous-même… Alors, faites des choix. Mais avant de faire des choix, regardez si vous êtes apte à le faire. Qu’est-ce d’autre que dire « oui » ou « non » ?


En effet, il vaut mieux humblement dire « non », que fanfaronner un « oui » que l’on ne tiendra pas. Et le cercle est bouclé : nous aurons manqué de patience et d’endurance !

Ô clément Rédempteur et Dieu infiniment patient. Je suis ahuri et déconcerté face à ton inlassable patience, toi qui attends toujours que l’on revienne à toi. Aide-moi à t’imiter et accorde-moi de grandir en patience dans l’adversité, conformément à ta sainte volonté. Je t’offre toutes mes souffrances, internes et externes, pour cette intention. Renforce ma faiblesse, confirme ma résolution d’être patient en tout temps. Je confie tout cela à ton cœur infiniment patient.