Vendredi, 8e semaine du T.O. — Année impaire

Le figuier desséché



Figuier, vallée de Hinnom

James Tissot (Nantes, 1836 - Chenecey-Buillon, 1902)

Illustration pour « La vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ »

Encre sur papier, 15,9 x 15,9 cm

Brooklyn Museum of Art, New-York (U.S.A.)


Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 11, 11-25)

Après son arrivée au milieu des acclamations de la foule, Jésus entra à Jérusalem, dans le Temple. Il parcourut du regard toutes choses et, comme c’était déjà le soir, il sortit pour aller à Béthanie avec les Douze. Le lendemain, quand ils quittèrent Béthanie, il eut faim. Voyant de loin un figuier qui avait des feuilles, il alla voir s’il y trouverait quelque chose ; mais, en s’approchant, il ne trouva que des feuilles, car ce n’était pas la saison des figues. Alors il dit au figuier : « Que jamais plus personne ne mange de tes fruits ! » Et ses disciples avaient bien entendu. Ils arrivèrent à Jérusalem. Entré dans le Temple, Jésus se mit à expulser ceux qui vendaient et ceux qui achetaient dans le Temple. Il renversa les comptoirs des changeurs et les sièges des marchands de colombes, et il ne laissait personne transporter quoi que ce soit à travers le Temple. Il enseignait, et il déclarait aux gens : « L’Écriture ne dit-elle pas : Ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les nations ? Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits. » Apprenant cela, les grands prêtres et les scribes cherchaient comment le faire périr. En effet, ils avaient peur de lui, car toute la foule était frappée par son enseignement. Et quand le soir tomba, Jésus et ses disciples s’en allèrent hors de la ville. Le lendemain matin, en passant, ils virent le figuier qui était desséché jusqu’aux racines. Pierre, se rappelant ce qui s’était passé, dit à Jésus : « Rabbi, regarde : le figuier que tu as maudit est desséché. » Alors Jésus, prenant la parole, leur dit : « Ayez foi en Dieu. Amen, je vous le dis : quiconque dira à cette montagne : “Enlève-toi de là, et va te jeter dans la mer”, s’il ne doute pas dans son cœur, mais s’il croit que ce qu’il dit arrivera, cela lui sera accordé ! C’est pourquoi, je vous le dis : tout ce que vous demandez dans la prière, croyez que vous l’avez obtenu, et cela vous sera accordé. Et quand vous vous tenez en prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez, afin que votre Père qui est aux cieux vous pardonne aussi vos fautes. »


Méditation

Pauvre figuier ! Il n’a rien fait — c’est le cas de le dire ! — et le voici desséché... Je connais certains potagers qui auraient peur de la visite de Jésus ! Mais comme beaucoup d’autres arbres (la vigne, l’olivaie, etc.) ou animaux (l’âne, le serpent, etc.), il faut y voir ici une figure symbolique. Et pour bien comprendre la raison de cette malédiction, il est utile de nous reporter au Dictionnaire encyclopédique de la Bible :

Le figuier croît bien, même en terrain maigre et pierreux, du moment qu’il a suffisamment d’eau et qu’on emploie un peu de fumure ; pour ce motif, un figuier stérile étonne (Lc 13, 6-9). L’arbre, qui pousse très tôt ses bourgeons (Mt 24, 32 et parallèles), fructifie deux fois par an : la première fois en juin (figue précoce qui a passé l’hiver sur l’arbre ; Jr 24, 2 ; Os 9, 10) et la seconde fois, fin août (figue tardive). Le fruit non encore mûr s’appelle pag (Ct 2, 13), d’où le nom de Bethphagé (« maison des figues vertes »). Cette fructification presque permanente peut expliquer, dans l’épisode du figuier maudit, le désappointement de Jésus de ne pas trouver de figues (Mt 21, 16 et parallèles). Avec le raisin et l’olive, la figue est un aliment important (1 Ch 12, 41).

Mais il faut ajouter à cette description le sens symbolique du figuier. Rappelez-vous, lorsqu’Adam et Ève ont mangé du fruit défendu, ils se découvrent nus et s’habillent de feuilles de figuier (Gn 3, 7). Le figuier symbolise la Loi divine, et ses feuilles, par conséquent, des articles de loi. C’est la Loi qui va maintenant les protéger. Rappelez-vous aussi Nathanaël qui est décrit comme un homme juste par Jésus, car il a été vu assis sous le figuier (Jn 1, 48). Cet arbre symbolise aussi la paix, et par extension Jérusalem, ville de la paix. Jérusalem n’est-elle pas aussi la ville où la loi divine de paix et d’amour devrait porter du fruit ?


Ne lisons donc pas ce texte de façon trop littérale. Jésus avait suffisamment de notions arboricoles pour savoir qu’il ne pourrait trouver de figues à cet époque. Par son geste symbolique, il nous dévoile une autre réalité, un autre message.


Ne devrions-nous pas être, nous-mêmes, assis sous le figuier de la Loi d’amour qu’Il nous a donnée ? Et, arrosés des sacrements qui ont coulé de son côté, laissant la fumure (l’humus) de notre humanité faire son œuvre (le bon grain sera séparé de l’ivraie aux derniers jours - Mt 13, 30), nous devrions porter du fruit. Mais si Jésus nous trouve secs... Le cœur sec, les paroles sèches, la miséricorde sèche, bref, sans fruit, alors... il nous dessèchera, comme le vigneron le fera pour sa vigne (il suffit de relire le chapitre 15 de l’évangile johannique). Si nous ne produisons que des feuilles... nos règlements, nos procédures (comme je l’écrivais il y a quelques semaines), notre morale sèche et sans cœur, ou nos oukases de pouvoir, alors nous serons desséchés et brûlés par le Seigneur, car Jean le Baptiste nous avait prévenu depuis longtemps (Mt 3, 10) : « Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. »


Ces mauvais arbres, ceux qui ne donnent que des feuilles, sont ceux que Jésus chassent ensuite : les marchands qui ne pensent qu’à leurs gains, ceux qui ont transformé cette maison de prière et temple de l’économie... bref, ceux qui ont mis un mouchoir sur leur foi.


La preuve en est, la fin de la péricope évangélique : si vous aviez la foi, vous pourriez produire du fruit. Tout tient à notre foi ! Et la foi s’acquiert dans une prière sincère et régulière. La foi c’est de croire que l’impossible est possible.