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VIe dimanche de Pâques (B)

S’émerveiller…



Le miracle du Saint-Sacrement,

École douaisienne,

Huile sur toile, 117 x 202 cm, XVIIe siècle,

Collégiale Saint-Pierre, Douai (France)


Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 10, 25-26.34-35.44-48)

Comme Pierre arrivait à Césarée chez Corneille, centurion de l’armée romaine, celui-ci vint à sa rencontre, et, tombant à ses pieds, il se prosterna. Mais Pierre le releva en disant : « Lève-toi. Je ne suis qu’un homme, moi aussi. » Alors Pierre prit la parole et dit : « En vérité, je le comprends, Dieu est impartial : il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes. » Pierre parlait encore quand l’Esprit Saint descendit sur tous ceux qui écoutaient la Parole. Les croyants qui accompagnaient Pierre, et qui étaient juifs d’origine, furent stupéfaits de voir que, même sur les nations, le don de l’Esprit Saint avait été répandu. En effet, on les entendait parler en langues et chanter la grandeur de Dieu. Pierre dit alors : « Quelqu’un peut-il refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ? » Et il donna l’ordre de les baptiser au nom de Jésus Christ. Alors ils lui demandèrent de rester quelques jours avec eux.


Psaume 97

Chantez au Seigneur un chant nouveau,

car il a fait des merveilles ;

par son bras très saint, par sa main puissante,

il s’est assuré la victoire.


Le Seigneur a fait connaître sa victoire

Et révélé sa justice aux nations ;

il s’est rappelé sa fidélité, son amour,

en faveur de la maison d’Israël.


La terre tout entière a vu

la victoire de notre Dieu.

Acclamez le Seigneur, terre entière,

sonnez, chantez, jouez !


Lecture de la première lettre de saint Jean (I 4, 7-10)

Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui. Voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés.


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 15, 9-17)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. Voici ce que je vous commande : c’est de vous aimer les uns les autres. »


Le miracle eucharistique de Douai

Le prodige eucharistique de Pâques 1254 est évoqué par Thomas de Cantimpré dans son ouvrage Bonum universale de apibus rédigé entre 1256 et 1263 :


« Au temps de Pâques, un prêtre qui venait de donner la Sainte Communion au peuple [dans l'église de Saint-Amé] vit avec effroi qu'une Hostie se trouvait sur le sol. Il se mit à genoux et voulut recueillir le corps de Jésus-Christ, mais aussitôt, d'elle-même, l'Hostie s'éleva en l'air et alla se placer sur le purificatoire. Le prêtre [Thomas Pikète] pousse un cri, il appelle le peuple ; et ceux-ci, accourus à sa voix, aperçoivent sur le linge sacré un Corps plein de vie sous la forme d'un charmant Enfant. Averti de cet événement, je me rendis à Douai. Arrivé chez le doyen, je le priai de me faire voir le miracle. On ouvre le Ciboire ; le peuple accourt, et peu après, chacun de s'écrier : Le voici, je Le vois ! Le voici ! je vois mon sauveur ! Bientôt je vis distinctement la face de Notre Seigneur Jésus-Christ dans la plénitude de I'âge. Sur sa tête était une couronne d'épines et du front coulaient deux gouttes de sang qui descendaient sur chaque joue. A l'instant, je me jette a genoux, et j'adore en pleurant. Quand je me relevais, je vis une face d'homme, radieuse et éblouissante de beauté vénérable au-delà de tout ce qui peut s'imaginer. Elle était tournée à droite, en sorte que l'œil droit se voyait à peine. Le nez était long et droit, les sourcils arqués, les yeux très doux et baissés ; une longue chevelure descendait sur les épaules, la barbe, que le fer n'avait point touché, se recourbait d'elle-même sous le menton, et, près de la bouche, qui était très gracieuse, elle s'amincissait. Le front était large, les joues maigres, et la tête ainsi que le cou qui était assez long, s'inclinaient légèrement. Voilà le portrait, et telle était la beauté de cette face très douce. En l'espace d'une heure, on voyait ordinairement le Sauveur sous différentes formes : les uns l'ont vu étendu sur la Croix ; d'autres, comme venant juger les hommes ; d'autres, enfin, et c'est le plus grand nombre, le virent sous la forme d'un Enfant ».


Au cours des siècles qui suivent le miracle, on célébrera par des jubilés et solennités exceptionnelles les anniversaires et centenaires de cet évènement mémorable. L’Hostie miraculeuse conservée dans la chapelle du Saint-Sacrement de Miracle à la collégiale Saint-Amé est sauvée du pillage de la période révolutionnaire par le dernier prévôt de Saint-Amé. Après la destruction de l’église, le culte du Miracle de l’Hostie est restauré dans l’église Saint- Jacques chargée de continuer cette grandiose tradition. Un jubilé séculaire a lieu en juillet 1855 et dure huit jours. La procession réunit plus de six mille personnes. En 1875, le Pèlerinage Eucharistique réunit des milliers de pèlerins venant de la France entière.


Le tableau

C’est le récit de Thomas de Cantimpré qui est relaté sur ce tableau où l’on voit successivement la scène de l’Hostie au premier plan et les trois apparitions du Christ sous la forme de l’Enfant sur l’autel, du Christ qui porte sa croix à gauche et du Christ triomphant à droite.


Cette hostie, conservée dans la collégiale Saint-Amé jusqu’en 1790, fut ensuite providentiellement sauvée des pillages qui suivirent la Révolution. Elle est aujourd’hui conservée à la collégiale Saint-Pierre, dans le tabernacle de la chapelle Notre-Dame des miracles.


Au-delà du prodige merveilleux, ce miracle eucharistique invite le fidèle à entrer dans le mystère de la présence réelle du Christ en cette hostie consacrée. Le souvenir de ce miracle et l’adoration de cette Sainte Hostie ont forgé la très riche histoire religieuse et missionnaire de Douai. Chaque année, l’hostie est présentée dans la ville lors de la procession publique de la fête du Saint Sacrement.


Ce que je vois

Hormis la description assez fidèle du récit de Thomas de Cantimpré, deux autres éléments me touchent. D’abord, cette révélation, c’est-à-dire cette « levée de voile » tenue par deux anges dans les coins supérieurs du tableau, qui nous donnent à voir cette scène du miracle, et qui donc nous indiquent que nous assistons à un dévoilement de la vérité. Et même, pour reprendre la description que Jésus fit de lui-même, du Chemin, de la Vérité et de la Vie (Jn 14, 6). Le Christ portant sa croix ne nous indique-t-il pas le chemin à suivre : sa Passion ? L’Enfant-Jésus n’est-il pas le signe par excellence de la Vérité, lui qui, enfant, en remontait aux docteurs (Lc 2, 46) ? Et le Christ ressuscité ne nous invite-t-il pas à la Vie parachevée qu’est la Vie éternelle (Jn 3, 16) ? Cette triple apparition est d’autant plus mystérieuse qu’elle offre aux regards des fidèles le message essentiel du Christ.


Et puis il y a cette foule de fidèles et de religieux à genoux devant le miracle. Aucun ne fuit, alors que l’évènement est malgré tout spectaculaire et aurait pu en effrayer plus d’un. Non, tous sont émerveillés comme le rappelle le narrateur : « le peuple accourt, et peu après, chacun de s'écrier : Le voici, je Le vois ! Le voici ! je vois mon sauveur ! » C’est à cet émerveillement que nous sommes invités et appelés.


Un miracle ?

Peut-être serait-il bon de se rappeler cette célèbre citation (attribuée faussement à Conficius alors que ce n’est qu’un proverbe chinois) que beaucoup utilisent à tout va : « Quand le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt. » Le miracle montre la lune, et beaucoup s’ingénient à ne regarder que le doigt. Et ce sous forme d’un continuel questionnement : comment est-ce possible ? La science peut-elle l’expliquer ? Est-ce une supercherie ? J’en passe et des meilleures. En fait, ce questionnement est révélateur d’un scientisme qui habite toujours notre époque, une sorte de refus de croire que quelque chose, ou quelqu’un de plus grand que nous puisse exister. L’orgueil humain est indéracinable, voulant toujours détenir, prendre plutôt que recevoir. J’y pense à chaque fois que je prends ma douche : quand je veux enserrer ma savonnette, elle me glisse des doigts ; alors que si je la reçois humblement, elle reste ! Donc, avant de chercher des réponses aux questionnements (bien légitimes en soi), il est bon de commencer par s’émerveiller (et j’oserais dire, même si c’est une supercherie !). L’émerveillement est la clef de la foi, la clef de notre humanité. S’émerveiller, c’est admirer ce qui est étonnant. Et ce qui est étonnant, c’est ce qui crée un « coup de tonnerre » dans ma vie, ce qui me bouleverse. Le psaume nous dit-il autre chose : « Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles ».


La merveille (et non la mère Veil !)

Je me suis donc interrogé sur le sens de ce mot, merveille, et je suis allé me plonger dans le Dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey :

n. f. est issu (1050) du latin populaire mirabilia ou miribilia, forme altérée phonétiquement (par assimilation de a aux deux i qui l'entourent) du latin classique mirabilia. Ce dernier est le pluriel neutre substantivé, au sens de « choses admirables, étonnantes » et, surtout en langue de l'Église, « miracles », de l'adjectif mirabilis « admirable, merveilleux ». Il s'agit d'un dérivé de mirus « étonnant, étrange, merveilleux » que l'on a rapproché de plusieurs mots du domaine indoeuropéen signifiant « sourire ».

Les merveilles sont donc, en premier lieu des choses admirables, c’est-à-dire qui mérite notre regard (avec nos mirettes !). C’est bien le cas quand je me promène dans la forêt que je vois changer de jour en jour, quand j’aperçois un chevreuil détaler, ou quand je me penche sur la beauté d’une fleur. Ce sont des merveilles de la nature, admirables, et qui… m’émerveillent. Au point, parfois, que l’on a envie de s’arrêter, de mirer et de ne rien dire. On passe alors à une sorte de contemplation (étymologiquement : action de regarder attentivement en considérant par la pensée). N’est-ce pas le cas lorsque l’on aperçoit au fond de la baie le Mont-Saint-Michel ? Et l’on comprend mieux pourquoi on l’a appelé « la merveille »…


C’est peut-être la première leçon de ce verset de psaume : ré-apprendre à s’émerveiller, à nous arrêter pour contempler. Rassurez-vous, je m’en fais aussi la leçon ! Nous courrons tout le temps après diverses activités, ou dans mon cas après diverses idées. Mais avons-nous le temps d’en profiter, ou butinons-nous à 100 à l’heure ? Car on ne peut pas s’émerveiller et contempler sans s’arrêter. Alors, bien sûr, il faut parfois s’en donner les moyens. J’en fais l’expérience avec cette heure de marche quotidienne en forêt, ou lors de la Semaine Sainte en l’Abbaye de Saint-Wandrille. On ne s’arrête pas sur une aire d’autoroute pour contempler ! Il faut quitter les chemins battus et s’aventurer dans les lieux de silence, de calme et de beauté.


Sourire

Mais vous avez entendu cette curiosité linguistique soulignée par Alain Rey :

…que l'on a rapproché de plusieurs mots du domaine indoeuropéen signifiant « sourire » comme le sanskrit smáyate « il sourit », le vieux slave smijati se « rire », l'anglais to smile « sourire » (le sens du latin n'en est toutefois que médiocrement expliqué).

La merveille crée donc le sourire ! C’est, en aparté, pour moi un des repères pour désigner ce qu’est une œuvre d’art. Un tableau de Maurice Denis me fait sourire de joie et de paix, parfois béatement. Une enluminure peut aussi me faire sourire par son humour. Un beau paysage me fait sourire d’aise, de bien-être. Une belle liturgie monastique me fait sourire de béatitude, comme si le ciel s’ouvrait devant moi. La beauté nous donne de sourire à la vie. Je dois avouer que ce n’est pas le cas devant La fontaine de Marcel Duchamp… Et même l’icône du Christ devant laquelle je prie chaque jour me sourit. En fait, elle est le miroir de mon âme, de mon état d’âme. Si elle sourit, c’est que je souris. N’en est-il pas de même devant un visage. Ce qui fait sa beauté ne tient pas à ses qualités plastiques, mais à sa capacité à sourire. Et remarquez que sur notre tableau, le Christ sourit à trois reprises, ainsi que beaucoup de ceux qui le contemplent.


La beauté, les choses merveilleuses nous apaisent, elle nous font sourire, et nous invitent à les contempler dans le silence, ou pour reprendre le psaume, en chants joyeux : « Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles ».


Admirable, miraculeux

Une nouvelle fois, je me reporte aux propos d’Alain Rey :

En langue de l'Église, « miracles », de l'adjectif mirabilis « admirable, merveilleux ». Il s'agit d'un dérivé de mirus « étonnant, étrange, merveilleux »

Je m’émerveille, je souris, et le miracle se produit ! Car ce miracle (qu’il soit identique à celui de Douai, ou bien plus prosaïque) est étonnant. Je l’ai déjà signalé : ce qui est étonnant est ce qui donne un coup de tonnerre dans ma vie, ce qui détonne. Et en fait, ce que vient nous dire le psaume est que, plus que les miracles reconnus par l’Église, chaque instant de ma vie est truffé de miracles, de choses admirables, merveilleuses, étonnantes et parfois étranges, qui m’invitent à les contempler, à le regarder avec attention en les considérant par la pensée, qui me font sourire, et qui me guident vers le Sauveur. Écoutons le psaume :


Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles ; par son bras très saint, par sa main puissante, il s’est assuré la victoire.


Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations ; il s’est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d’Israël.


La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu. Acclamez le Seigneur, terre entière, sonnez, chantez, jouez !


Dieu, à chaque instant de ma vie, m’assure la victoire sur la mort. Dieu me rappelle sa fidélité et son amour. Dieu a mis sous mes yeux sa création qui, elle-même, a vu sa victoire. Dieu, si je le veux, si je combats l’acédie décrite la semaine dernière, nous dit : « Acclamez le Seigneur, terre entière, sonnez, chantez, jouez ! » Ce ne sera pas systématiquement dans un bonheur passager, mais ce sera toujours pour une joie promise et assurée.


Miracle sous nos yeux

On peut lire dans le livre du Deutéronome (Dt 6, 22-23) :

22 Sous nos yeux, le Seigneur a accompli des signes et des prodiges grands et funestes contre l’Égypte, Pharaon et toute sa maison.
23 Mais nous, il nous a fait sortir de là pour nous faire entrer dans le pays qu’il voulait nous donner, celui qu’il avait promis par serment à nos pères.

Les miracles sont donc sous nos yeux. Mais nous ne nous en apercevons pas toujours… Ce que vient confirmer un autre psaume (ps 117, 22-24) :

22 La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle :
23 c'est là l'œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux.
24 Voici le jour que fit le Seigneur, qu'il soit pour nous jour de fête et de joie !

« C'est là l'œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux »… Mais quelle est cette merveille devant nos yeux ? Tout simplement ce miracle qui va se dérouler maintenant : l’eucharistie. Dans un instant, Dieu va être présent au milieu de nous, et une présence substantielle. Dans un instant, après l’avoir entendu, nous allons voir Dieu, toucher Dieu, goûter Dieu. Ce sont les mots mêmes de Jean (I Jn 1, 1) :

Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l’annonçons.

Dans un instant, nous allons devenir des Christs, être renouvelés dans toute notre nature humaine. Ainsi Saint-Augustin l’explique-t-il aux néophytes (Sermon 272) :

Pourquoi donc le corps est-il dans le pain ? Ici encore, ne disons rien de nous-mêmes, écoutons encore l'apôtre qui, en parlant de ce sacrement, nous dit : « Puisqu'il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps » (1Corinthien 10,17). Comprenez cela et soyez dans la joie : unité, vérité, dévotion, charité ! « Un seul pain » : qui est ce pain unique ? « Un seul corps, nous qui sommes multitude. » Rappelez-vous qu'on ne fait pas du pain avec un seul grain, mais avec beaucoup... Soyez donc ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes.

Devenons donc ce que nous recevons ! Chaque messe est un miracle sous nos yeux : « Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles ; Acclamez le Seigneur, terre entière, sonnez, chantez, jouez ! » Et si regarde de nouveau ce tableau, c’est sur ce miracle que les anges lèvent le voile. Émerveillons-nous, contemplons, sourions pour devenir nous-même, par cette communion, un miracle divin.




Jean-Paul II, Mercredi 3 avril 2002

1. La lumière, la joie et la paix, qui au cours du temps pascal inondent la communauté des disciples du Christ et se diffusent dans toute la création, imprègnent notre rencontre, qui a lieu dans le climat intense de l'Octave de Pâques. C'est le triomphe du Christ sur le mal et sur la mort que nous célébrons au cours de ces journées. Par sa mort et sa résurrection, le royaume de justice et d'amour voulu par Dieu est définitivement instauré.


C'est précisément au thème du Royaume de Dieu que se réfère la catéchèse d'aujourd'hui, consacrée à la réflexion sur le Psaume 96. Le Psaume s'ouvre par la proclamation solennelle : « Yahvé règne ! Exulte la terre, que jubilent les iles nombreuses » et cette célébration du Roi divin, Seigneur de l'univers et de l'histoire, fait la singularité de ce Psaume. Nous pourrions donc dire que nous nous trouvons en présence d'un Psaume « pascal ».


Nous connaissons l'importance de l'annonce du Royaume de Dieu dans la prédication de Jésus. Ce n'est pas seulement la reconnaissance de la dépendance de l'être créé à l'égard de son Créateur ; c'est également la conviction qu'au sein de l'histoire existent un projet, un dessein, une trame d'harmonies et de biens voulus par Dieu. Tout cela s'est pleinement réalisé dans la Pâque de la mort et de la résurrection de Jésus.


2. Parcourons à présent le texte du Psaume que la Liturgie nous propose dans la célébration des Laudes. Immédiatement après l'acclamation au Seigneur roi, qui retentit comme le son d'une trompette, une grandiose épiphanie divine s'ouvre devant l'orant. En ayant recours à des citations ou des allusions à d'autres passages des Psaumes ou des prophètes, en particulier Isaïe, le Psalmiste décrit l'irruption sur la scène du monde du Grand Roi, qui apparait entouré d'une série de ministres ou d'intendants cosmiques : les nuages, les ténèbres, le feu, les éclairs.


À côté d'eux, une autre série de ministres personnifie son action historique : la justice, le droit, la gloire. Leur entrée sur scène fait trembler toute la création. La terre exulte en tous lieux, y compris les iles, considérées comme l'endroit le plus reculé (cl. Ps 96, 1). Le monde entier est illuminé par des éclairs et secoué par un tremblement de terre (cf. v. 4). Les montagnes, qui incarnent les réalités les plus anciennes et les plus solides selon la cosmologie biblique, fondent comme de la cire (cf. v. 5), tel que le chantait déjà le prophète Michée : « Car voici Yahvé qui sort de son lieu saint.... les montagnes fondent sous ses pas, les vallées s'effondrent, comme la cire devant le feu » (Mi 1, 3-4). Les cieux retentissent d'hymnes angéliques qui exaltent la justice, c'est-à-dire l'œuvre de salut accomplie par le Seigneur pour les justes. Enfin, l'humanité tout entière contemple la révélation de la gloire divine, c'est-à-dire de la réalité mystérieuse de Dieu (cf. Ps 96, 6), alors que les « ennemis », c'est-à-dire les iniques et les injustes, cèdent face à la force irrésistible du jugement du Seigneur (cf. v. 3).


3. Après la théophanie du Seigneur de l'univers, le Psaume décrit deux types de réactions face au Grand Roi et à son entrée dans l'histoire.


D'une part, les idolâtres et les idoles tombent à terre confus et vaincus ; d'autre part, les fidèles rassemblés à Sion pour la célébration liturgique en l'honneur du Seigneur, élèvent joyeusement une hymne de louange. La scène des « servants des idoles » (cf. vv. 7-9) est essentielle : les idoles se prosternent devant l'unique Dieu et leurs fidèles se couvrent de honte. Les justes assistent avec joie au jugement divin qui élimine le mensonge et la fausse religiosité, sources de misère morale et d'esclavage. Ils entonnent une profession de foi lumineuse : « Car toi, tu es Yahvé, Très-Haut sur toute la terre, surpassant de beaucoup tous les dieux » (v. 9).


4. À la scène qui décrit la victoire sur les idoles et sur leurs adorateurs, s'oppose celle que nous pourrions appeler la splendide journée des fidèles (cf. vv. 10-12). En effet, on parle d'une lumière qui apparait pour le juste (cf. v. 11) : c'est comme si se levait une aurore de joie, de fête, d'espérance, car - comme on le sait - la lumière est aussi un symbole de Dieu (cf. 1 Jn 1, 5).


Le prophète Malachie déclarait : « Mais pour vous qui craignez mon Nom, le soleil de justice brillera, avec la guérison dans ses rayons » (MI 3, 20). On associe le bonheur à la lumière : « Pour l'homme au cœur droit, la joie. Justes jubilez en Yahvé, louez sa mémoire de sainteté » (Ps 96, 11-12).


Le Royaume de Dieu est source de paix et de sérénité, et il efface l'empire des ténèbres. Une communauté juive contemporaine de l'époque de Jésus chantait : « L'impiété recule devant la justice, comme les ténèbres reculent devant la lumière ; l'impiété s'évanouira pour toujours et la justice, comme le soleil, se révèlera le principe de l'ordre du monde ».


5. Avant de quitter le Psaume 96, il est important de retrouver en celui-ci, outre le visage du Seigneur roi, également celui du fidèle. Celui-ci est décrit par sept caractéristiques, signe de perfection et de plénitude. Ceux qui attendent la venue du Grand Roi divin haïssent le mal, aiment le Seigneur, sont des hasidim, c'est-à-dire des fidèles (cf. v. 10), ils marchent sur la voie de la justice, ont le cœur droit (cf. v. 11), se réjouissent devant les œuvres de Dieu et rendent grâce au saint nom du Seigneur (cf. v. 12). Demandons au Seigneur que ces traits spirituels brillent également sur nos visages.

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