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VIe Dimanche de Pâques (C)

La vraie paix -



Le visage de la paix,

Pablo PICASSO (Málaga, 1881 - Mougins, 1973),

29/09/1951. Textes de Paul ELUARD. Le Cercle d’Art éditeur. Ouvrage richement illustré de 29 lithographies et accompagné de sa lithographie originale figurant la tête à la colombe. Exemplaire numéroté 137/150. 28,5 x 22 cm,

Collection privée


Lecture de l’Apocalypse de saint Jean (Ap 21, 10-14.22-23)

Moi, Jean, j’ai vu un ange. En esprit, il m’emporta sur une grande et haute montagne ; il me montra la Ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu : elle avait en elle la gloire de Dieu ; son éclat était celui d’une pierre très précieuse, comme le jaspe cristallin. Elle avait une grande et haute muraille, avec douze portes et, sur ces portes, douze anges ; des noms y étaient inscrits : ceux des douze tribus des fils d’Israël. Il y avait trois portes à l’orient, trois au nord, trois au midi, et trois à l’occident. La muraille de la ville reposait sur douze fondations portant les douze noms des douze Apôtres de l’Agneau. Dans la ville, je n’ai pas vu de sanctuaire, car son sanctuaire, c’est le Seigneur Dieu, Souverain de l’univers, et l’Agneau. La ville n’a pas besoin du soleil ni de la lune pour l’éclairer, car la gloire de Dieu l’illumine : son luminaire, c’est l’Agneau.


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 14, 23-29)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé. Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens vers vous. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez. »


Multiples illustrations

Pour éclairer l’évangile de ce jour, et particulièrement ce verset : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne », je voudrais emprunter à diverses œuvres d’art les significations possibles de cette paix que Jésus nous promet.


La paix à la manière du monde

C’est celle que Jésus ne veut pas nous. Mais qu’est-elle ? Une paix qui serait une non-guerre :



Le retour de la paix

Theodor Van Thulden (Bois-le-Duc, 1606 - Bois-le-Duc, 1669)

Huile sur toile, 1657

Noordbrabants Museum, Bois-le-Duc (Pays-Bas)


En ce cas, ce serait une paix bien instable, qui ne tiendrait qu’à la volonté de l’ennemi de ne pas faire la guerre, ou à l’humilité de son adversaire de ne pas conquérir d’autres territoires, à ne pas chercher à dominer les autres.


Ou alors une paix qui n’existerait que par l’isolement des protagonistes. Moins on se voit, moins on risque de se faire la guerre. Mais, alors, on risque de sombrer dans la dépression, l’ennui ou la mélancolie...



Mélancolie

François-André Vincent (Paris, 1746 - Paris, 1816)

Huile sur toile, 1810, 54 x 46 cm

Musée des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau, Malmaison (France)


Ou une paix imaginaire qui ne serait que calme. Mais un calme qui friserait la sensation de mort. À tel point que cette paix ne pourrait au bout d’un moment que faire naître en nos cœurs l’angoisse...



Lever de lune sur la mer

Caspar David Friedrich (Greifswald, 1774 - Dresde, 1840)

Huile sur toile, 137 x 170 cm, 1821

Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg (Russie)


Parfois, elle est vue comme une paix de compromis, de non-agression, voire de tolérance. Pourtant, comme disait Georges Clémenceau : « La tolérance ! La tolérance ! Il y a des maisons pour ça... » Le Marquis de Sade, quant à lui, considérait que la tolérance était la vertu des faibles. Bien que l’on ne puisse donner un grand crédit chrétien à cet auteur, il n’a peut-être pas tort !


Life's Balance (with Money)

John Anthony Baldessari (National City, 1931 - Venice, 2020)

Gravure, aquatinte et photogravure en couleurs, 1989-90, 124 x 103 cm

Collection privée


Alors, la Paix de Jésus ?

Elle n’est pas une paix de solitude mais plutôt de communauté en harmonie, malgré les différences entre tous les membres. Comme l’avait promis Isaïe (Is 11, 1-12) :

Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur – qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas sur l’apparence ; il ne se prononcera pas sur des rumeurs. Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins. Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. Ce jour-là, la racine de Jessé, père de David, sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure. Ce jour-là, une fois encore, le Seigneur étendra la main pour reprendre le reste de son peuple, ce reste qui reviendra d’Assour et d’Égypte, de Patros, d’Éthiopie et d’Élam, de Shinéar, de Hamath et des îles de la mer. Il lèvera un étendard pour les nations ; il rassemblera les exilés d’Israël ; il réunira les dispersés de Juda des quatre coins de la terre.


The Peaceable Kingdom of the Branch

Edward Hicks (Langhorne, 1780 - Newtown, 1849)

Huile sur toile, 82 x 96 cm, 1822-1825

Colonial Williamsburg Foundation, Williamsburg (Virginie, U.S.A.)


Une paix où, comme le dit le Psaume 22, « nous reposerons sur des près d’herbes fraîches ».


Le bon berger (détail)

Anonyme

Mosaïque du Ve siècle

Mausolée de Galla Placidia, Ravenne (Italie)

Une terre où chacun pourra travailler, cultiver, élever dans la joie et sans peine.


The Valleys also Stand Thick with Corn: Psalm LXV.

Richard Redgrave

1864, Huile sur toile, 71.1 cm x 96.5 cm

Birmingham Museums and Art Gallery, Birmingham (Royaume-Uni).

Une paix où les anges nous nourriront du fruit de l’olivier.


Ange avec une branche d’olivier

Hans Memling (Seligenstadt, vers 1435 - Bruges, 1494)

1475-1480, Huile sur panneau, 16 x 10 cm.

Musée du Louvre, Paris (France)


Une paix qui s’unira avec la justice (Ps 84, 9-14) :

J'écoute : que dira le Seigneur Dieu ? Ce qu'il dit, c'est la paix pour son peuple et ses fidèles ; qu'ils ne reviennent jamais à leur folie ! Son salut est proche de ceux qui le craignent, et la gloire habitera notre terre. Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s'embrassent ; la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice. Le Seigneur donnera ses bienfaits, et notre terre donnera son fruit. La justice marchera devant lui, et ses pas traceront le chemin.


Paysage avec la Justice et la Paix s’embrassant

Laurent de la Hire (Paris, 1606 - Paris, 1656)

1654. Huile sur toile. 55 x 76 cm.

Toledo Museum of Art, Toledo (Ohio, U.S.A.)


Une paix céleste où nous rendrons grâce à Dieu en ne lui faisant offrande que de notre amour.


Noé offrant un sacrifice de paix

Joseph Anton Koch (Elbigenalp, 1768 - Rome, 1839)

Vers 1803. Huile sur toile. 86 × 116 cm

Städelsches Kunstinstitut, Frankfurt (Allemagne)

Une paix où notre unique souci sera d’aimer, louer et servir Dieu en le contemplant dans sa Gloire.



Justice et vérité s’embrassent

William Blake (Soho, 1757 - Londres, 1827)

Crayon, plume et encre, peinture à l’eau, 51.5 x 43.0 cm

Victoria & Albert Museum, London (Grande-Bretagne)


À vrai dire, n’est-ce pas tout le sens de notre vie ? N’est-ce pas cette soif d’absolu que nous avons au fond de nous-mêmes ? Comme l’écrivait dans cette lettre Guy de Larigaudie, lettre retrouvée sur son corps en 1940 :

« Voulez-vous, lorsque vous apprendrez ma mort, écrire à maman pour la consoler. Vous lui direz qu’il ne faut pas qu’elle pleure. Je serai tellement heureux là-haut. Qu’elle pense que je suis parti pour une terre lointaine bien plus belle encore que les îles de corail, où je possèderai toute la lumière, toute la beauté, tout l’amour dont j’avais tellement, tellement soif. Il n’est plus maintenant que de courir joyeusement ma dernière aventure. »

Voilà ce qu’est la Paix que nous promet Jésus : ce pays où coulera l’amour dont nous avons tellement soif !



Les cinq leçons de vie d’un scout de légende, article d’Agnès Pinard-Legry

« Il faut coller à la vie comme on colle à un cheval. Il faut en suivre souplement les moindres mouvements, sans jamais se raidir contre elle ». Guy de Larigaudie a été de ces hommes qui ont aimé la vie, la croquant à pleines dents et la savourant avec délice. S’il est tombé au champ d’honneur à la frontière du Luxembourg le 11 mai 1940 à seulement 32 ans, il a marqué des générations entières de jeunes, de scouts, qui ont trouvé dans ses écrits un appel à l’aventure, un chant d’espérance et le témoignage vibrant d’une quête spirituelle intense et exigeante.


Marqué par ses années de scoutisme, Guy de Larigaudie a été par la suite journaliste pour la revue Le Scout de France. Son métier tout autant que sa soif de découverte l’ont amené à voyager sur les cinq continents. Mais c’est en 1937 qu’il se fait connaitre du grand public en réalisant la première liaison automobile entre Paris et Saïgon avec son ami Roger Drapier. Un raid qu’il a raconté dans La Route aux aventures et qui donne à comprendre l’état d’esprit dans lequel il se trouvait pour réaliser cet exploit.


Souvent considéré comme son testament spirituel, Étoile au grand large a été publié quelques années après sa mort, en 1943. Se présentant comme un recueil de pensées, Guy de Larigaudie partage ici des réflexions qui l’ont animé tout au long de son existence. Des leçons de vie telles que la force du sourire, l’Amour et la soif d’infini qui animent chaque homme mais aussi la place de l’aventure dans nos vies et de celle, plus discrète mais ô combien nécessaire, de la flânerie.


Conseil n°1 : semer la joie par le sourire

« Il est un bon moyen de se créer une âme amicale : le sourire. Pas le sourire ironique et moqueur, le sourire en coin de lèvres, qui juge et rapetisse. Mais le sourire large, net, le sourire scout à fleur de rire. Savoir sourire : quelle force ! Force d’apaisement, force de douceur, de calme, force de rayonnement », écrit Guy de Larigaudie. Pourquoi ne pas user et abuser de ce moyen si simple ? « Le sourire est un reflet de joie. Il en est source. Et là où la joie règne – je veux dire la vraie joie, la joie en profondeur et en pureté d’âme – là aussi s’épanouit cette « âme amicale » dont parlait si bien Schaeffer. Routiers, soyons des porteurs de sourires, et par là des semeurs de joie », enjoint l’aventurier.


À ceux qui pestent dans les transports en commun ou dans la rue, il rappelle que le sourire est une charité : « Souris à ce pauvre à qui tu viens de donner deux sous…, à cette dame à qui tu viens de céder ta place… ; à ce monsieur qui s’excuse parce qu’il t’a écrasé le pied en passant. Il est malaisé parfois de trouver le mot juste, l’attitude vraie, le geste approprié. Mais sourire ! c’est si facile… et cela arrange tant de choses ! » Le sourire, s’il réchauffe le cœur de celui qui le reçoit, peut aussi se mettre au service d’un message en contrebalançant la dureté, parfois nécessaire, des mots. « Tu veux faire à un camarade une critique que tu juges nécessaire, lui donner un conseil que tu crois utile. Critique, conseil, choses dures à avaler. Mais souris, compense la dureté des mots par l’affection de ton regard, le rire de tes lèvres, par toute ta physionomie joyeuse. Et ta critique, ton conseil porteront mieux… parce qu’ils n’auront pas blessé », précise Guy de Larigaudie.


Conseil n°2 : comprendre et accepter sa soif d’infini

Dans ses Pensées, Blaise Pascal expliquait que « nous avons un instinct qui nous élève et que nous ne pouvons réprimer ». Cet instinct est un moteur qui encourage l’homme à toujours repousser ses limites. Mais parce que l’homme est un être fini, sa quête d’infinie peut paraître vaine. « Je ressens que ce qu’il y a de plus vrai, de plus beau, de plus juste en moi est aussi ce qu’il y a de plus éloigné, de plus inaccessible », écrivait encore le philosophe. Cette quête d’infini, cette soif d’absolu, Guy de Larigaudie l’a expérimentée à de nombreuses reprises lors de ses voyages. « Le monde où nous vivons n’est pas à notre taille et nous avons le cœur gros parfois de toute la nostalgie du ciel, décrit-il avant de détailler : « À la pomme du grand mât sur un voilier, lorsque plus aucune terre n’est en vue, on possède pour soi seul le cercle d’horizon. On voudrait pourtant pouvoir repousser plus loin encore cette ligne, faire éclater cette limite, qui malgré tout nous emprisonne parce que nous sommes faits pour des lointains plus vastes que les étendues rabougries des horizons terrestres. »


Pour lui ce désir d’absolu ne sera rassasié que dans l’au-delà, par la présence de Dieu. « Lorsque, devant la mer, le désert ou une nuit lourde d’étoiles on se sent le cœur tout gonflé d’amour inachevé, il est doux de penser que nous trouverons dans l’au-delà quelque chose de plus beau, de plus vaste, quelque chose à l’échelle de notre âme et qui comblera cet immense désir de bonheur, qui est notre souffrance et notre grandeur d’homme », souligne Guy de Larigaudie. « Je me suis promené à travers le monde comme dans un jardin clos de mur. J’ai mené l’aventure d’un bord à l’autre des cinq continents et j’ai réalisé les uns après les autres tous les rêves de mon enfance. Le parc de la vieille demeure périgourdine où je fis mes premiers pas s’est élargi aux limites de la terre et j’ai joué sur la mappemonde le beau jeu de ma vie. Pourtant les murs du jardin n’ont fait que reculer et je suis toujours en cage. Mais un jour viendra où je pourrai chanter mon chant d’amour et de joie. Toutes les barrières se briseront. Et je posséderai l’Infini. »


Conseil n°3 : mettre l’aventure à notre portée

Parcourant les chemins du monde, Guy de Larigaudie a choisi l’aventure. « L’avion découvre à l’homme son Empire et lui réapprend qu’il est Roi », écrit-il. À l’image de l’avion, ses voyages lui ont donné à comprendre toutes les possibilités qui s’offraient à l’homme sur terre. Autant d’opportunités de découvrir, de comprendre et de cheminer… y compris à l’intérieur de soi-même. À chacun de trouver son aventure : « Des rêves trop grands pour notre carrure pèsent parfois sur nos épaules, rêves de conquérant, de saint ou de découvreur du monde, rêves qui furent ceux réalisés d’un Mermoz, d’un Gengis-Khan ou d’un François d’Assise. Il ne faut pas nous désoler d’être seulement ce que nous sommes. L’aventure la plus prodigieuse est notre propre vie et celle-là est à notre taille », indique-t-il.


Et qu’importe la durée de cette aventure, tant qu’on maintient le cap ! « Aventure brève : trente, cinquante, quatre-vingts ans peut-être qu’il faut franchir durement, gréé comme un voilier cinglant vers cette étoile au grand large qui est notre repaire unique et notre unique espérance. Qu’importent les coups de chien, tempêtes ou calme plat, puisqu’il y a cette étoile », affirme le routier de légende. « Sans elle il n’y aurait plus qu’à cracher son âme et à se détruire de désespérance. Mais sa lumière est là et sa recherche et sa poursuite font d’une vie humaine une aventure plus merveilleuse que la conquête d’un monde ou la course d’une nébuleuse. Cette aventure-là ne dépasse pas notre carrure. Il nous suffit de marcher vers notre Dieu pour être à la taille de l’Infini, et cela légitime tous nos rêves ».


Conseil n°4 : pratiquer la flânerie pour redécouvrir l’essentiel

« La ville, anonyme, cacophonique et haletante, où l’esprit est malaxé à une cadence de riveteuse ou de machine à emboutir, ne permet que difficilement la flânerie dans le silence et la solitude », rappelle Guy de Larigaudie. Pourtant, elle est essentielle à notre équilibre intérieur. « Il nous faut réapprendre la flânerie. Non pas celle où l’on promène un cœur vide et une âme sans pensée. Mais la flânerie féconde qui est comme une retraite en soi-même. Au hasard de mille promenades solitaires, on découvre plus de trésors que n’en contiendront jamais tous les lagons secrets des îles de corail. »


C’est aussi dans ce dialogue silencieux, que peut s’entendre la voix de Dieu. « Il fait bon mesurer, prêtant l’oreille à cette longue chanson de la terre. Elle est propice aux souvenirs, aux rêves d’avenir, à la conversation familière avec Dieu. Elle est féconde, parce qu’il est plus facile de se sculpter une vie plus belle lorsque l’on peut la rêver ainsi avant de la vivre », décrit avec délicatesse l’aventurier. « Il faut nous habituer au cœur à cœur avec Dieu dans la solitude et le silence de sa création. »


Conseil n°5 : garder l’Amour comme ligne d’horizon

« J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante », a écrit saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens (1 Co 13, 1). Sans amour, l’homme n’est rien. « Nous ne comprenons rien à rien. Il y a autant de mystère dans la croissance d’un grain de blé que dans le mouvement des étoiles. Mais nous savons bien que nous sommes seuls capables d’aimer, et c’est pour cela que le moindre des hommes est plus grand que tous les mondes réunis », affirme Guy de Larigaudie. Mais cet amour ne doit pas devenir une chaîne. Il doit au contraire nous élever vers Dieu. « Il faut tout aimer, une orchidée brusquement épanouie sur la jungle, un beau cheval, un geste d’enfant, un trait d’esprit, un sourire de femme. Il faut admirer toute beauté au passage, la découvrir, fût-ce dans la boue, et l’élever vers Dieu. Mais ne pas s’y attacher. Elle n’est qu’un scintillement et nous sommes faits pour le soleil, non pour la mare obscure où se jouent ses reflets ».


Homélie de saint Bernard (+ 1153), Sermon 27, 8-10, éd J. Leclercq, 1, 188. 189

Le Père et moi, disait le Fils, nous viendrons chez lui, c'est-à-dire chez l'homme qui est saint, nous irons demeurer auprès de lui (Jn 14,23). Et je pense que le prophète n'a pas parlé d'un autre ciel, lorsqu'il a dit : Tu habites chez les saints, toi la gloire d'Israël (cf. Ps 21,4) ! Et l'Apôtre dit clairement : Par la foi, le Christ habite en nos coeurs (Ep 3,17).

Il n'est donc pas surprenant que le Christ se plaise à habiter ce ciel-là. Alors que pour créer le ciel visible il lui a suffi de parler, il a lutté pour acquérir celui-là, il est mort pour le racheter. C'est pourquoi, après tous ses travaux, ayant réalisé son désir, il dit : Voici le lieu de mon repos à tout jamais, c'est là le séjour que j'avais choisi (Ps 131,14). Et bienheureuse celle à qui il est dit : Viens, mon épouse choisie (Ct 2,10-13), je mettrai mon trône en toi.


Pourquoi, maintenant, te désoler, ô mon âme, et gémir sur moi (Ps 41,6) ? Penses-tu trouver en toi aussi une place pour le Seigneur ? Et quelle place en nous est digne d'une telle gloire, et suffit-elle à recevoir sa Majesté ? Puisse-je seulement l'adorer aux lieux où se sont arrêtés ses pas ? Qui m'accordera de pouvoir au moins suivre les traces d'une âme sainte qu'il s'est choisie pour son domaine (Ps 32,12) ? Cependant puisse-t-il aussi daigner répandre en mon âme l'onction de sa miséricorde, si bien que je sois capable de dire, moi aussi : Je cours dans la voie de tes volontés, car tu mets mon coeur au large (Ps 118,32). Je pourrai peut-être, moi aussi, montrer en moi, sinon une grande salle toute prête, où il puisse manger avec ses disciples (Mc 14,15), du moins un endroit où il puisse reposer sa tête (Mt 8,20).


Il est nécessaire que l'âme grandisse et s'élargisse pour être capable de Dieu. Or, sa largeur, c'est son amour, comme dit l'Apôtre : Élargissez-vous dans la charité (2 Co 6,13). Car, bien que l'âme n'ait aucune quantité corporelle puisqu'elle est esprit, la grâce lui confère ce que sa nature exclut. Oui, elle grandit et elle s'étend, mais de façon spirituelle. Elle grandit et elle progresse vers l'état de l'homme parfait, à la plénitude de la stature du Christ (Ep 4,13). Elle grandit aussi pour devenir un temple saint dans le Seigneur (Ep 2,21). La grandeur de chaque âme est donc à la mesure de sa charité. Si bien que celle qui a beaucoup de charité est grande, celle qui en a peu est petite, celle qui n'a rien est néant. Saint Paul affirme en effet : Si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien (1Co 13,12).



Homélie de saint Léon le Grand (+ 461), Sermon 77, 5, CCL 138 A, 490-493.

Nous avons entendu dans l'Évangile le Seigneur dire à ses disciples : Si vous m'aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi (Jn 14,28). Mais nous avons aussi entendu souvent ces autres paroles : Le Père et moi, nous sommes UN (Jn 10,30), ou bien encore : Celui qui me voit voit aussi le Père (Jn 14,9). Aussi nous comprendrons le premier passage sans mettre une différence dans la divinité, dans cette essence que nous avons toujours reconnue comme coéternelle et consubstantielle avec le Père.


Donc, ce que le Christ souligne, même pour les Apôtres, c'est l'élévation procurée à l'homme par l'incarnation du Verbe. Alors qu'ils étaient troublés par l'annonce du départ du Seigneur, celui-ci vient les élever jusqu'aux joies éternelles en leur montrant l'accroissement de sa gloire : Si vous m'aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père. C'est-à-dire, vous seriez dans la joie si vous pouviez voir, par une connaissance parfaite, quelle gloire vous apporte le fait que, engendré par le Père, je suis engendré aussi d'une mère appartenant à l'humanité : Oui, moi-même, Seigneur de l'éternité, j'ai voulu être l'un des mortels ; invisible par nature, je me suis rendu visible ; étant éternellement dans la condition de Dieu, j'ai pris la condition de serviteur (Ph 2,7). Vraiment, en voyant tout cela, vous devriez être dans la joie puisque je pars vers le Père.


En effet, cette ascension vous est avantageuse, et c'est votre bassesse qui, en ma personne, doit être établie au-dessus de tous les cieux, à la droite du Père. Quant à moi, qui suis avec le Père ce que le Père est lui-même, je demeure inséparable de celui qui m'engendre. Et ainsi, en venant vers vous, je ne m'éloigne pas de lui, de même qu'en venant vers lui je ne vous abandonne pas.


Soyez donc dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. Je vous ai unis à moi, en effet, et je suis devenu fils d'homme pour que vous puissiez être fils de Dieu. Aussi, bien que je sois le même dans l'un et l'autre de ces états, du fait que je me rends semblable à vous, je suis inférieur au Père. Mais du fait que je ne me sépare pas de lui, je suis encore supérieur à moi-même.


Que la nature qui est inférieure au Père aille donc vers le Père, afin que la chair soit toujours là où est le Verbe. Et que l'unique foi de l'Église catholique, sans refuser qu'il soit inférieur au Père par son humanité, croie fermement qu'il lui est égal par sa divinité.


Prière

Dieu tout-puissant, accorde-nous, en ces jours de fête, de célébrer avec ferveur le Christ ressuscité: que le mystère de Pâques dont nous faisons mémoire reste présent dans notre vie et la transforme. Par Jésus Christ.

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